Passion du livre - tout sur le livre : Insoupçonnable

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Insoupçonnable

Couverture du livre Insoupçonnable

Auteur : Tanguy Viel

Date de saisie : 26/02/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Minuit, Paris, France

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 978-2-7073-1941-8

GENCOD : 9782707319418


  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 24 mai 2006

C'est encore une histoire policière que raconte Tanguy Viel, cela on le comprend très vite. Une histoire à la structure hitchcockienne minutieusement nouée, implacablement organisée. L'image d'ouverture, la nappe blanche fatiguée, «saoule des conversations déjà évanouies» d'une soirée de noces à l'agonie, anticipe, avec une belle puissance, la chute de ses principaux protagonistes. Consciemment ou non, le lecteur s'imprègne déjà du destin crépusculaire qui va lui être raconté. Et l'essentiel est là, comme dans un film de Hitchcock : dans l'épaisseur d'une atmosphère, la tension d'un silence, la trajectoire d'un regard, la finesse d'un éclairage, le sens de l'ellipse et de la mise en scène. Pas de psychologie. Juste une inexorable mécanique du récit portée par de longues phrases à la puissance fluide, charriant mille détails, observations infimes, notations minuscules, traquant la moindre émotion, bifurquant brusquement pour chercher l'angle juste, poussant dans les recoins et les interstices. Parfaites. Virtuoses.

Qu'importe, dans ces conditions, les ficelles de l'intrigue. L'important est ailleurs...


  • La revue de presse Baptiste Liger - Lire, avril 2006

Un faux kidnapping organisé par des amants se faisant passer pour frère et soeur, une intrigue diabolique : Insoupçonnable de Tanguy Viel n'a rien du roman noir traditionnel... le plus hitchcockien des écrivains français.


Dernière oeuvre de Tanguy Viel, Insoupçonnable tourne autour d'un vaste complot de famille. Sam et Lise sont amants. Mais pour les besoins d'une diabolique arnaque (qui les mènerait peut-être «aux States»), ils jouent les frère et soeur auprès d'un riche commissaire-priseur, Henri. Lise n'a qu'à épouser ce dernier et organiser un vrai-faux kidnapping. Que faut-il faire quand une femme disparaît ? Payer. Il faut compter également sur le frère - bien réel - du mari. Ce mauvais coup qui, bien entendu, ne se déroulera pas comme prévu, nous est raconté par Sam - le malheureux Sam, serait-on tenté de dire. Pourquoi lui ? «Il y a un moment où je sens que l'histoire n'est racontable que d'un certain point de vue et souvent ce point de vue est celui du personnage qui se fait avoir, ou au moins de celui qui part en situation de faiblesse. Du coup, je ne cherche pas à manipuler le lecteur, mais le lecteur, malheureusement pour lui, ne peut lire le livre qu'avec les yeux du narrateur manipulé. Par voie de conséquence, il se retrouve dans la même situation de faiblesse.»

Cette réponse peut dérouter, tout autant que les longues phrases d'Insoupçonnable. Mais, grâce à son écriture sinueuse, Tanguy Viel analyse avec pertinence et férocité les ambitions de son quatuor. «Moins il y a de personnages et plus j'ai l'impression que je peux les charger en psychologie, les rendre plus intenses. Et puis, je voulais, je crois, que ça fasse un peu comme un huis clos, une tragédie intime, même si ça se passe en plein air.» Dehors, non loin de la plage, les oiseaux chantent, et Tanguy Viel regarde en voyeur ses héros. A travers une fenêtre sur cour.


  • La revue de presse Daniel Martin - L'Express du 9 mars 2006

Lecteur admiratif de Flaubert, Conrad, Duras, Tanguy Viel écrit des romans très littéraires qu'il relie à d'autres sources, cinématographiques ou musicales. Son premier livre, Le Black Note, était un hommage au jazz, à celui que distillaient dans des joutes demeurées célèbres John Coltrane et Miles Davis à la fin des années 1950. Vint ensuite Cinéma, un décalque du Limier, de Mankiewicz. L'Absolue Perfection du crime (prix de la Vocation en 2002), une variation sur le thème du hold-up, avec travellings, suspense, portait lui aussi la marque du 7e art et de thématiques très personnelles : la jeunesse est fragile; la naïveté, dangereuse ; le sentiment, un piège, surtout quand il est sincère. Pour gagner, il faut avoir de l'âge et de l'expérience, être sans merci.

Tanguy Viel les reprend dans son nouveau roman, Insoupçonnable. Ce qui laisse bien peu de chances aux deux héros de cette aventure...

Tanguy Viel travaille le mot, phrase pour donner le rythme et conjugue les temps passé et présent pour créer le trouble, tendre l'atmosphère. Sans se priver de constantes références à Hitchcock, pour le plaisir.


  • La revue de presse Josyane Savigneau - Le Monde du 24 février 2006

Faut-il priver le lecteur du bonheur de découvrir, détail après détail, le fin mot - s'il existe vraiment - de cette machination "à double fond", comme les valises en apparence insoupçonnables et dissimulatrices d'inquiétants secrets ? Certainement pas. Et, pourtant, tout révéler d'emblée n'aurait pas une importance capitale, car on n'est pas, avec Insoupçonnable, dans l'une de ces intrigues policières où connaître à l'avance certaines clés, voire le dénouement, gâche le plaisir.

Comme dans ses trois autres romans, Tanguy Viel, qui sait construire un suspense et ne s'en prive pas, s'intéresse plus profondément à autre chose qu'à ce schéma narratif. Aux atmosphères, qu'il sait remarquablement créer, aux lieux - la mer est souvent présente, est-ce parce qu'il est né à Brest ? -, aux objets, aux comportements effrayants, inimaginables, que peuvent avoir des gens au premier abord anodins, à leurs manies, à leurs secrets de famille, à leurs désirs inavouables.

Tanguy Viel ne fait pas mystère de sa passion pour Joseph Conrad - Lord Jim était devenu le nom d'un bar dans L'Absolue perfection du crime, son livre précédent, en 2001 - et il se souvient que "Koltès disait que Conrad est génial parce qu'il a réussi à mettre en scène le drame des hommes sur la mer. Ce qui compte dans l'expression, c'est bien sûr "le drame des hommes"". C'est ce drame des hommes que Viel veut mettre en scène. Et la mise en scène lui importe plus que le scénario. Et les mots lui paraissent, plus que les images, aller au coeur de ce drame...


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