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L'histoire : des avant-dernières choses

Couverture du livre L'histoire : des avant-dernières choses

Auteur : Siegfried Kracauer

Préface : Jacques Revel

Traducteur : Claude Orsoni

Date de saisie : 19/08/2006

Genre : Histoire

Editeur : Stock, Paris, France

Collection : Un ordre d'idées

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-234-05786-9

GENCOD : 9782234057869


  • La revue de presse André Burguière - Le Nouvel Observateur du 4 mai 2006

Siegfried Kracauer a rejoint Walter Benjamin et Norbert Elias au panthéon des «penseurs de l'ailleurs» (comme les appelle Nicole Lapierre) que les Français célèbrent aujourd'hui avec d'autant plus d'enthousiasme qu'ils les ont découverts sur le tard. Chassés d'Allemagne par le nazisme, ces intellectuels formés dans la république de Weimar ont fait de leur destin d'exilés le ferment de leur pensée. La traduction du dernier livre de Kracauer, resté inachevé à sa mort en 1966, offre une excellente occasion de découvrir cet auteur très tendance.
La lecture de cette superbe méditation sur la manière de penser et d'écrire l'histoire est en elle-même une expérience singulière. Comme le narrateur chez Proust se disant sur le point d'écrire un roman, Kracauer annonce une théorie de l'histoire qu'il nous livrera après avoir dissipé les chimères des grands systèmes historiques. Et quand nous arrivons à «l'antichambre» de sa théorie, nous découvrons qu'elle est déjà là dans les plis de son travail de démolition, comme nous découvrons à la fin du «Temps retrouvé» que le roman annoncé par le narrateur était déjà écrit. C'est celui que nous venons de lire.

Car la réflexion historique pour Kracauer refuse l'esprit de système. Comme le diable, c'est dans le détail que s'apprécie le métier d'historien. Non pas le détail des faits que l'érudition collectionne en attendant une synthèse toujours remise à plus tard, mais le détail qui change tout parce qu'il nous oblige à revoir notre conception des agencements humains...


  • La revue de presse Jean-Baptiste Marongiu - Libération du 23 février 2006

Un peu abscons, le titre intrigue : l'Histoire des avant-dernières choses. Serait-ce un ouvrage qui, constatant ou contrastant la fin de l'histoire, mesure, décrit, discute le temps qui reste ? Ou bien ­ vu la personnalité de son auteur, grand intellectuel de la République de Weimar rescapé du nazisme ­ serait-on face à l'une de ces nombreuses tentatives de fixer un monde avant qu'il s'effondre, ou de le sauver de son engloutissement après le désastre ? Il y a de cela, mais en diagonale et comme à contrecoeur, puisque Siegfried Kracauer, qui n'a jamais eu ni la fibre ni l'approche historienne de la réalité (1), a consacré l'essentiel de ses écrits au cinéma, à la photographie, au roman policier, bref à des genres sans passé et qui étaient pourtant en train d'inventer le futur. Aussi cet ouvrage inachevé, paru en 1968, deux ans après sa mort, n'est-il pas un livre de mais sur l'histoire et tout d'abord sur la substance même qui doit être la sienne aux yeux de Kracauer, le monde de la vie quotidienne, le Lebenswelt. C'est justement cela le monde des avant-dernières choses : les dernières ou si l'on veut les premières étant les Idées, apanage des philosophes, voire des théologiens. Inclassable, cette entreprise se propose néanmoins de réhabiliter, en partie, les modes de pensée des historiens, praticiens et théoriciens, d'en condamner certains et d'en discuter d'autres, pour faire de l'histoire un domaine intermédiaire, à égale distance de la philosophie et de la science mais plus proche de l'art, notamment la littérature et, pourquoi pas, le cinéma... A l'instar de la littérature, du cinéma, de la photographie, l'histoire peut donc sauver des pans de la réalité qui lui est propre, ce monde humain de la vie ordinaire et non pas les événements dont les historiens se veulent les vestales. On dirait du Benjamin et, de fait, toute l'Histoire des avant-dernières choses peut être lu comme une confrontation de Kracauer avec les thèses de son ami disparu et finalement avec sa propre jeunesse...


  • La revue de presse Nicolas Weill - Le Monde du 24 février 2006

Trop longtemps méconnu en France, Siegfried Kracauer (1889-1966) avait jusque-là fait l'objet de l'attention quasi exclusive des spécialistes d'esthétique, que fascinaient ses réflexions pionnières sur le cinéma, la photographie et la culture populaire en général. Ce livre posthume consacré à l'histoire a l'immense avantage de restituer une cohérence à l'oeuvre en projetant sur elle une lumière d'autant plus nouvelle que Kracauer a longtemps pâti de l'éclat des philosophes et sociologues de l'école de Francfort, à la marge desquels il fut rangé alors qu'il avait fréquemment devancé certaines de leurs thématiques.

Ecrit à la fin de sa vie, au cours des années 1960, contemporain des grandes réflexions sur la science historique dont Kracauer était parfaitement informé, ce texte inachevé publié pour la première fois en 1969 par Oxford University Press confirme qu'il s'agit, avec cette oeuvre, d'une philosophie à part entière, qui se ressent des tribulations du XXe siècle, et non du corpus hétéroclite d'un épigone. La revendication d'"extraterritorialité" maintes fois énoncée par son auteur fait écho aux errances d'un intellectuel juif allemand, sociologue, journaliste et philosophe, qui, installé aux Etats-Unis à la fin des années 1930, décida, au rebours des "rémigrants", de demeurer dans son exil linguistique et géographique.

Toutefois, il serait trop simple d'amalgamer le nomadisme théorique de Kracauer aux aléas de sa biographie...

Kracauer tisse un lien d'une originalité profonde entre son travail sur l'image et l'histoire. L'archive comme la photographie n'ont-elles pas en commun de prendre la nature "sur le fait" (ce que Kracauer désigne par l'expression de "caméra-réalité") dans un cadre provisoire dont la précarité signale l'incomplétude et fait signe vers l'infini ?...


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