Auteur : André-Marcel Adamek
Date de saisie : 22/02/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Castor astral, Bègles, France
Collection : Millésimes
Prix : 7.00 € / 45.92 F
ISBN : 978-2-85920-627-7
GENCOD : 9782859206277
Malcolm Marloch est-il un artiste poussé au meurtre dans le délire de l'inspiration, ou bien un assassin chronique qui fait de la peinture pour se donner bonne conscience ? Sur son parcours chaotique, les têtes volent, roulent, grimacent.
Derrière la satire féroce d'un certain milieu de l'art contemporain, André-Marcel Adamek s'attache avec truculence à la solitude tragique de l'artiste perdu dans ses contradictions.
André-Marcel Adamek est né en 1946. Considéré comme l'un des plus grands conteurs belges, il a reçu le prix Rossel en 1974 pour Le Fusil à pétales. Largement traduit, il est l'auteur d'une dizaine de romans, dont Un imbécile au soleil, La Grande Nuit, L'Oiseau des morts, La Fête interdite et Le plus grand sous-marin du monde.
«Malcolm Marloch étale la carte sur le bitume et y dépose un caillou aux quatre coins. Son doigt pointu suit un mince filet qui serpente à travers le réseau coloré des routes, des lignes de chemin de fer, des rivières. La route qui devait le conduire d'une traite jusqu'à Gourdes s'arrête brusquement devant lui et disparaît sous les friches. Pourtant, à la sortie d'Arlesault, il a bien rencontré le lac qui figure sur la carte. Il se souvient très bien du lac, une grande flaque cernée de saules velus, aux rives bouillonnantes de moustiques. Il n'y comprend plus rien. Et pas un vivant à des lieues à la ronde pour le renseigner.
Il se redresse, déplie en craquant son interminable squelette. Avec son double mètre, il ne pèse plus soixante kilos. Sa peau est tendue sur les os, les nerfs de ses bras saillent comme des cordes de violoncelle et ses phalanges décharnées ressemblent aux serres d'un rapace. Un coup de vent le plaquerait contre les arbres. Il marche de long en large. Son chapeau de paille est enfoncé jusqu'aux yeux. L'ombre tranchée ne laisse apparaître que deux narines transparentes qui palpitent. Devant la route qui meurt à ses pieds, il s'immobilise, observe la plaine hérissée de fougères, de ronces, de chardons. De-ci de-là, un sureau balance dans le vent tiède ses grappes d'un violet foncé.
Marloch pense que s'il s'aventure à travers ces broussailles barbelées d'épines, les pneus de la charrette risquent d'en prendre un coup. Pour lui, voyageur rudimentaire, la charrette n'a pas de prix. Ce véhicule invraisemblable qu'il trimbale depuis le début de son odyssée n'est qu'une caisse aux planches grossières d'environ deux mètres sur un mètre vingt, percée d'un essieu et flanquée de deux roues de bicyclette. Pour la haler à travers vents et marées, une corde pelée nouée à des bretelles qu'il se passe aux épaules. L'intérieur est cloisonné en deux compartiments ; le premier pour ses effets personnels, les couvertures, les ustensiles et quelques provisions, le second pour les toiles, les pinceaux et les tubes de couleur. La bâche lui sert quelquefois de tente, quand il la tend sur une branche basse et qu'il en fixe les pans avec des pierres.
En s'arrêtant tous les quarts d'heure, il n'aura pas fait cinq kilomètres avant la tombée du jour. L'effort de halage est beaucoup plus important à fournir et le licol l'étrangle. Les ronces se prennent dans les rayons, des mûriers entiers s'enroulent autour de l'essieu. Marloch ruisselle d'une sueur qui tombe en longues coulées des profondeurs de son chapeau et s'égoutte à son menton plus aigu qu'une corne...»
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