Auteur : Gilbert Lascault
Date de saisie : 22/02/2006
Genre : Arts
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Prix : 35.00 € / 229.58 F
ISBN : 978-2-7427-5975-0
GENCOD : 9782742759750
Markus Raetz, dont le travail a commencé vers 1968 au moment de l'art conceptuel et du Land Art, est un artiste polyvalent, â la fois peintre, sculpteur, photographe, poète et plasticien. Son intérêt pour l'anamorphose a fait naître des dispositifs invitant le spectateur â se mettre en mouvement, â interroger sa perception et réfléchir sur la construction de l'oeuvre. Ses sculptures éveillent ainsi la curiosité du spectateur, amené â approcher l'oeuvre de près, pour en comprendre la technique, puis à prendre du recul, pour en saisir pleinement le sens. Son travail, déclinant les principes binaires d'ombre et de lumière, de forme et de contour, de net et de flou, surprend toujours et ouvre une réflexion sur le statut et l'essence de l'image.
L'exposition rétrospective au Carré d'Art de Nîmes réunit une centaine d'oeuvres en provenance de l'atelier de l'artiste, de collections publiques et privées, dans une mise en espace originale. Elle porte un éclairage tout particulier sur les oeuvres de papier : dessins, aquarelles et gravures qui, parallèlement aux carnets remplis dans les années 70, sont le laboratoire d'une oeuvre qui trouve son développement et sa cohérence dans la continuité et le temps. Les sculptures ici présentées, des assemblages légers aux fontes récentes ou aux mobiles, mettent en évidence un univers instable et fluide, qui ne cesse de se recomposer sous le regard du spectateur.
On découvre ainsi une oeuvre discrète, poétique et éphémère, jouant sans cesse sur la confusion entre le réel et le virtuel, dans un univers poétique nourri de multiples références.
Depuis la fin des années 60, Markus Raetz, originaire de Berne où il réside encore, est une figure importante de l'art suisse. Il a effectué de nombreux séjours à l'étranger, notamment dans les pays méditerranéens, et son travail a été montré à Paris, New York, Londres ou Amsterdam. Il associe la mise en valeur du dessin et de la photographie comme instruments de recherche et de perception, à des travaux relevant de l'art conceptuel et cinétique. Il a développé une oeuvre remarquable, centrée sur la question de la perception et du langage, en écho à certains de ses écrivains favoris, tels Robert Walser ou Raymond Roussel, et dans la lignée de Duchamp et du Land Art.
Gilbert Lascault a écrit plusieurs essais sur l'ouvre de Markus Raetz, notamment dans la revue Parkett et pour le catalogue de l'exposition à Zurich en 1986. Ce nouveau projet est l'occasion de poursuivre une collaboration de longue date entre l'écrivain et l'artiste, sur le thème de la ligne et du dessin.
Extrait de la présentation :
«La création de Markus Raetz peut être un peu mieux comprise en lisant Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien (1957) du philosophe Vladimir Jankélévitch. "Une oscillation dialectique infinie chasse l'insaisissable d'un extrême à l'autre et le renvoie du Pour au Contre. [...] Le Je-ne-sais-quoi implique bien l'apparition disparaissante; en sorte qu'au lieu de dire : il y a quelque chose qui n'est pas une chose, il faudrait dire tout simplement : il advient un presque rien. Comment l'impondérable, impalpable, inattingible presque-rien ne serait-il pas merveilleusement facile à manquer ?" Vladimir Jankélévitch définit l'occasion, la chance, la capture du bon moment : "L'instant ne veut pas l'attente quiétiste, mais la tension aigué et l'attention lucide. [...] Attendre ne suffit plus : il faut maintenant se tenir prêt, faire le guet et bondir comme fait le chasseur qui capture une proie agile ou le joueur qui attrape au vol une balle insaisissable." Selon Vladimir Jankélévitch, "le bon usage de l'occasion suppose une technique acrobatique".
Markus Raetz croit à un sourire de la Fortune, à une surprise heureuse, à la faveur capricieuse d'une rencontre, à un état de grâce, à l'immédiat, à la baraka. Il se prépare pour toucher l'imprévisible. Il doit d'abord préméditer, calculer, se mettre en état afin de saisir le soudain, le subit, le fulgurant.
Dans l'atelier et par l'atelier, le peu invente, imagine, innove, improvise, engendre, crée. Le peu est une force, un potentiel, une intensité à venir. Le peu est une énergie douce et discrète, une vigueur retenue, une puissance recueillie, réservée. Le peu bouleverse, émeut, déconcerte, chavire.
Markus Raetz aime le léger, l'impondérable, le subtil. Epinglées sur un mur, onze feuilles d'eucalyptus Forment deux visages... Par exemple, dans l'atelier, l'artiste tord une tige de fer pour modifier une courbe.
A certains moments, pourtant, Markus Raetz emploie le dense, le compact : le basalte ; le bronze ; une fonte partiellement rouillée, peinte à l'huile de lin brûlée. Certains petits moteurs calmes éveillent des têtes qui tournent doucement et les hanches d'une femme...»
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