Auteur : Daniel Charneux
Date de saisie : 22/02/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : L. Wilquin, Avin, Belgique
Collection : Sméraldine
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-88253-303-6
GENCOD : 9782882533036
Norma Jean Baker était une femme, Marilyn Monroe était un mythe. Une idée m'a traversé l'esprit. Et si Norma n'était pas morte le 4 août 1962 ? Et si, ce jour-là, elle avait tué le mythe ? Si elle vivait, depuis, recluse quelque part dans le désert de Mojave ? Si, depuis plus de quarante ans, elle regardait couler sa vie en spectatrice amusée, feuilletant les pages des albums anciens, réécoutant en boucle l'autre Norma, celle de Bellini chantée par Maria Callas, tentant de combler son désert intérieur par le spectacle du désert, passant parfois, pour s'entraîner à mourir vraiment, une nuit dans son cercueil...
Né en 1955, romaniste et romancier, Daniel Charneux a publié deux romans - Une semaine de vacance (2001), Recyclages (2002) - et un recueil de nouvelles - Vingt-quatre préludes (2004) - à propos desquels on a pu parler de «légèreté du désespoir». Persuadé que l'écriture est avant tout partage, il organise des rencontres littéraires et donne à découvrir diverses facettes de sa personnalité sur son site Internet www.gensheureux.com.
«J ai posé le CD sur le plateau de la chaîne et j'ai pressé le bouton «play». Ça peut commencer. Ça commence.
Ça commence en sol mineur. C'est une vieille ouverture tragique, une ouverture à l'italienne.
C'est une ouverture romantique un peu pompeuse, un peu pompière. Les rideaux tirés et l'orchestre dans sa fosse; ouverture au noir.
D'abord, ce sont les bois qui ont le chant : hautbois, clarinette et flûte. Ce sont les bois qui dévoilent les principaux thèmes de l'opéra. J'ai lu tant de fois les commentaires... Ce sera l'histoire déjà écrite d'un destin et d'une passion. Ce sera l'aventure sans surprise d'une femme comme moi. Ce sera Norma.
Je m'enfonce dans le fauteuil, je me laisse emplir de sons. J'écoute. J'attends. C'est le meilleur moment peut-être. Sur la pochette, elle sourit, la Grecque. Elle aussi a connu la gloire, le faste, le lustre clinquant des paillettes. La Grecque à la voix d'or, au manteau de fourrure. Le manteau de fourrure blanche fermé jusqu'au cou, les gants blancs, le sourire apprêté, le grain de beauté menteur, les yeux mi-clos, serrant sa pelisse tout contre elle comme si elle avait froid, comme si elle avait peur. Serrant sur sa peau la peau de l'animal, ours peut-être, ou vison, zibeline, hermine, comme les reines des contes de fées. Les reines transformées en sorcières.
Le grain de beauté, il faut l'enterrer profond, le semer en terreau riche pour espérer une bonne récolte, un épi blond comme ses cheveux. Elle le pourrait, peut-être, ce tour de passe-passe. Elle le pourrait, ce prodige, la princesse. Elle aurait pu moissonner les épis, faire des provisions, des meules de jeunesse, engranger son été pour les faims de l'hiver. De la beauté, elle en avait pour plusieurs vies, Norma Jean.
Le grain de beauté, le faux grain de beauté maintenant remplacé par de vraies taches de vieillesse, marques brunes sur la peau comme les tavelures d'une pomme de terre. Tout fait farine au moulin des jours. Elle a fait son temps, la vieille. Elle a eu son heure...»
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