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Le prince de Dieu : sur les traces d'Abraham

Couverture du livre Le prince de Dieu : sur les traces d'Abraham

Auteur : René Guitton

Date de saisie : 28/02/2007

Genre : Religion, Spiritualité

Editeur : Flammarion, Paris, France

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-08-068844-6

GENCOD : 9782080688446

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  • La présentation de l'éditeur

Au coeur du berceau de la civilisation est apparue la figure d'Abraham qui incarne la foi de trois milliards de croyants.
Pour en rappeler le sens, René Guitton a reconstitué l'épopée mythique du Patriarche. Depuis Ur et Babylone, il a arpenté durant des années les rives de l'Euphrate, Damas, Beyrouth, Jérusalem, le delta du Nil et La Mecque, explorant avec archéologues, historiens des religions et théologiens, la mémoire des peuples et des Livres. Avec cette pérégrination - jamais effectuée auparavant - où la violence dont il est témoin se superpose à la mythologie, aux légendes, aux récits bibliques et coraniques, René Guitton souligne l'impérieux besoin du principe unificateur d'Abraham dont se réclament juifs, chrétiens et musulmans.





  • La revue de presse Stéphane Boiron - Le Figaro du 18 mai 2006

D'entrée de jeu, René Guitton nous prévient : d'Abraham, on ne sait rien. «Aucun écrit, aucun objet du passé n'a jamais révélé la moindre trace du patriarche ; aucune attestation scientifique ou épigraphique ne témoigne de ce qu'il ait vécu.» Pourtant, aujourd'hui encore, trois milliards de croyants se réclament d'un ancêtre commun dont ils font leur père dans la foi. Si Abraham est une des principales figures de la tradition juive, qui voit en lui le premier ancêtre du peuple d'Israël, les chrétiens vénèrent aussi le patriarche comme «notre père à tous», selon l'expression de saint Paul. C'est d'ailleurs le personnage biblique le plus souvent cité dans le Nouveau Testament après Moïse. Abraham (Ibrahim en arabe) est également une figure centrale du Coran, un des grands prophètes de l'islam.

Pour approcher la personne, historique ou symbolique, d'Abraham, René Guitton a, durant six années, exploré les terres qui racontent la vie du patriarche, tentant de «se frayer un chemin entre histoire et légendes, entre science et croyance». Sans négliger aucune tradition, aussi bien orale qu'écrite, il a rencontré des croyants de toute confession, nous faisant partager leur vision d'Abraham. Il a également interrogé les scientifiques archéologues, exégètes, historiens ou théologiens, confrontant avec eux les divers récits qui rapportent son épopée... Le grand intérêt du livre est de dérouler, dans un récit continu, des traditions qui, fondées sur une même trame, n'en présentent pas moins d'importantes contradictions. Ainsi, l'enfant du sacrifice est-il Isaac, fruit de la promesse accomplie en Sarah, comme le soutiennent les traditions juive et chrétienne ? Ou est-ce Ismaël, fils de la servante Hagar, conduit par son père sur le mont Mina, près de La Mecque, pour y être offert en holocauste ? On saura également gré à M. Guitton de s'être attaché à restituer l'atmosphère des villes d'hier comme d'aujourd'hui...

La figure d'Abraham devrait permettre à l'homme de se réconcilier avec lui-même, quand on sait que le commandement adressé par Dieu au père des croyants recèle en hébreu tout à la fois une dimension de rupture, mais aussi de quête intérieure : «Lékh lekha» (Genèse 12, 1). «Va vers toi, va pour toi.»



  • Les premières lignes

««Ur des Chaldéens», comme il est écrit.., après une nuit agitée dans un modeste hôtel de Nasiriyah, je parviens enfin au coeur du berceau biblique, devenu aujourd'hui zone militaire du grand sud de l'Irak. Le désert m'a brûlé tout au long de cette route qui aboutit à un amas de tôles noircies. Ces vestiges de la guerre du Koweït constituent le dernier poste de contrôle avant Abraham.

Poussé par l'irrépressible besoin de reconstituer la pérégrination physique et symbolique du patriarche, j'avance entre science et croyances, entre le lointain passé et le présent menaçant.

En ce mois de septembre 2002, la rumeur de guerre se précise chaque jour davantage et peu d'étrangers se risquent dans ces zones éloignées de la capitale. Malgré cette perspective, et pour la première fois, j'ai obtenu l'autorisation d'accéder à la région. Deux sbires m'escortent depuis Bagdad, car sous l'ère de Saddam le visiteur ne peut voyager seul. Comme pour mes précédents séjours, le ministère de la Communication m'a imposé ses agents de la sécurité militaire. Ils seront, m'a-t-on assuré, tout à la fois mes chauffeurs, guides, interprètes et protecteurs dans ces zones chiites, donc «dangereuses» selon les autorités sunnites. Aucun d'eux ne connaît le chemin, ne parle le français et à peine mieux l'anglais. Notre unique moyen d'échange se limite à quelques mots d'arabe, souvenir de mon lointain lycée, au langage des mains et au billet vert.

La Toyota ralentit devant les restes d'un camion carbonisé d'où s'extirpe une sentinelle assommée de chaleur. Le soldat, qui nous a d'abord mis en joue dès que nous avons percé l'horizon, se fige soudain au garde-à-vous. Il a repéré l'immatriculation officielle du véhicule. Brun, le teint mat, moustachu comme de nombreux Irakiens, il ressemble à tous ces portraits de Saddam qui surchargent les murs des villes et des campagnes.

Mon conducteur et mon accompagnateur, assis à l'avant, se lancent en palabres de pure forme avec le militaire. Je sens la discussion prête à s'éterniser à quelques pas du but de mon voyage. Les billets verts me paraissent être le seul sésame susceptible d'emporter la décision. L'homme me fait signe mollement qu'il ne mange pas de ce pain, mais un coup d'oeil plus appuyé à l'épaisseur de ma liasse lui permet de surmonter rapidement ses blocages psychologiques. Il lève alors la barrière et, dans la perspective d'autres dollars, prend même place à mes côtés, sur la banquette arrière, n'hésitant pas à abandonner son poste de surveillance, désormais vide.

Nous sommes tous enfants d'Abraham, clament en choeur juifs, chrétiens et musulmans. Mais d'Abraham on ne sait rien. Le désert d'Orient, aride et immobile en apparence, a livré plus d'un demi-million de tablettes et de rouleaux d'argile, sculptés depuis des lustres, dont les énigmes ont été peu à peu résolues. Néanmoins aucun écrit, aucun objet du passé n'a jamais révélé la moindre trace du patriarche ; aucune attestation scientifique ou épigraphique ne témoigne de ce qu'il ait vécu. Sur ce point la terre se refuse obstinément à livrer le moindre secret, si elle en détient...»


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