Auteur : Jean Pellet
Date de saisie : 22/02/2006
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Y. Michel, Gap, France
Collection : Santé
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-913492-36-3
GENCOD : 9782913492363
«Y aurait-il une voie qui réconcilierait la parole et la science, la technique et l'humain, la gestion des affaires médicales et la liberté ? Y aurait-il une perspective possible qui tiendrait compte du fait que la maladie ne se résume pas à l'organe malade ?»
Pourquoi accepter de laisser la place à de nouveaux maîtres que sont les politiques, les gestionnaires et les experts en matière de santé ? Comment réconcilier rigueur économique et prise en compte humaniste d'un patient en souffrance ? Pourquoi les avancées scientifiques ont-elles réduit l'homme à une machine ? Toutes ces questions et d'autres encore sont soulevées dans ce carnet de bord d'un médecin lucide, impliqué, généreux et sincère qui, au fil des années, a vu son métier se déshumaniser sous prétexte de déficit à combler, de dépenses à contenir, de rationalisation à accomplir.
Si le texte est pamphlétaire, parfois polémique, le ton est à l'humour, le style est alerte et provocateur, la langue riche de passerelles entre de nombreuses disciplines, notamment la psychanalyse. L'analyse est fouillée, détaillée et surtout passionnante car l'auteur s'est laissé guider par l'amour des mots et des hommes ce qui donne à ce livre une tonalité incroyablement optimiste. Optimiste car malgré son cri d'alarme, le Docteur Pellet a le mérite de placer chacun devant ses responsabilités : l'état, les professionnels de la santé, les médecins mais aussi, nous, les patients.
A lire absolument pour stopper les dérives des technosciences et restaurer une véritable relation humaine entre le médecin et le malade !
Jean Pellet est cardiologue à Grenoble ; interne et assistant-chef de clinique des hôpitaux, médecin à la Clinique Mutualiste de Grenoble de 1981 à 1989, puis installé en médecine libérale depuis 1989. Il participe à un travail de réflexion entre médecins et psychanalystes.
Extrait de l'introduction :
«Je ne suis pas un nostalgique de la médecine hippocratique, de la médecine d'«avant la science», d'avant la grande rupture historique de la pratique de la médecine inaugurée par Claude Bernard.
Je ne suis pas nostalgique d'un temps où l'espérance de vie était au mieux de 35 ans et où les médecins étaient condamnés à gloser sur l'âme chevillée au corps.
Il ne s'agit pas de cela.
Mais si nostalgie il y avait, elle pourrait se comprendre, car la médecine scientifique s'est éloignée de l'homme, de l'homme-sujet, d'une façon inexorable, et le médecin qui, comme moi, s'est engagé dans la carrière médicale avec l'idéal des années 70 d'une parole enfin libérée, d'un nouvel humanisme où science et philosophie pourraient se parler et trouver leur esperanto, ne peut que constater avec tristesse qu'il n'en est rien, et que le divorce est consommé.
Mais pourquoi, malgré la révolution technique, continue-t-on à faire prêter avec solennité au tout nouveau «docteur en médecine» le Serment d' Hippocrate (cf. p. 46). Survivance d'une médecine paternaliste antédiluvienne ? Snobisme universitaire revendiquant une tradition qui n'a plus cours ? Acte manqué, finalement, signifiant le regret d'une époque plus humaine ?
Comme le dit J.-P. Lebrun, malgré le fait que la médecine scientifique s'est en quelque sorte constituée «contre Hippocrate», «qu'est-ce qui nous donne à penser que comme médecin nous lui succédons, qu'il reste le père de la médecine ?».
Qu'est-ce qui explique que malgré un enthousiasme tout entier voué à la technicité souveraine, et l'admiration narcissique et la fascination devant les progrès galopants de celle-ci, malgré cette médecine en adoration d'elle-même, dans le beau miroir de la science, que malgré cela, donc, la mémoire profonde de cette médecine qui s'élaborait à partir d'une conception de l'homme est restée - et que l'on continue à y faire référence ?...»
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