Auteur : Pierre Combescot
Date de saisie : 26/08/2004
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-246-60341-2
GENCOD : 9782246603412
Savez vous qui est Pétrone ? Il est l'auteur de ce que nous appelons aujourd'hui le Satiricon, dont Fellini a tiré une adaptation. Pétrone est mort en 66 après J.C. Des année après sa disparition, Lysias, le narrateur de ce roman, qui fut le secrétaire et le confident de Pétrone, nous raconte l'enfance à Marseille et les six derniers jours de cet auteur, et son voyage par mer de Rome à Cumes où il se donnera la mort au cours d'un ultime souper. Ce roman est l'occasion pour Pierre Combescot de faire revivre à sa manière toute une société disparate, décadente et savoureuse. C'est également l'occasion de faire surgir la figure complexe de Pétrone, lucide et désespérée, qui fait collection de monstres choisis...
Pierre Combescot écrit de son livre : "On y trouve bien évidemment de la toge, du drapé chic, de la chaise curule, du chapiteau corinthien, des petits musclés du cirque mais également des latrines bien romaines où il me plaît de siphonner tous les vices et bien des vertus ostentatoires des faux-culs de cette époque, qui peut, par certains côtés, renvoyer à la nôtre..."
Pierre Combescot est journaliste (il est Luc Décygnes au Canard Enchaîné, et Chroniqueur à Paris Match) et écrivain. Prix Médicis 1986 pour Les Funérailles de la Sardine, Prix Goncourt 1991 pour Les Filles du Calvaire, il a reçu le prix Prince Pierre de Monaco pour l'ensemble de son oeuvre. Son premier ouvrage fut une biographie de Louis II de Bavière (Lattès, 1974). Son dernier, Les Diamants de la guillotine (Laffont, 2003). Il est également l'auteur, chez Grasset, de La Sainte famille, Les petites Mazarines, Lansquenet.
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Erudit, crapoteux, capiteux, licencieux, merdouillard, parfumé, encanaillé mais un rien snob - voici un péplum de Pierre Combescot. De la jambe en l'air gréco-romaine. De la caleçonnade à l'antique, mais pratiquée par un amateur de haute volée !... Se laisser mener en promenade par Pétrone, apprécier sa culture, ses curiosités, c'est explorer une hypothèse sur «Rome au temps de Néron», comme disait naguère la célèbre collection «La vie quotidienne». Référence qui n'est pas absente du roman de Combescot. Son choix équivaut à une carte de sympathisant au Club des gréco-romains de Paris... Combescot a pour théorie que «la bande à Néron» était composée de nombreux Phocéens : parfums de bouillabaisse et argot local. Combescot traduit cela par une grande richesse de vocabulaire mal embouché, érotique et populaire. Pas de grand genre romain, mais quel brio dans le mauvais genre !
J'insiste là-dessus parce que la lecture doit beaucoup à cette forme familière. Savoir utiliser l'argot, les néologismes, les souvenirs de l'école et de l'armée, bref un langage inattendu et remuant, c'est un des plaisirs de lecture en cette aube du XXIe siècle. Combescot l'a compris, et qu'il s'agit moins de faire le beau avec du bon style, du «bien-écrire», que d'arracher un sourire à des lecteurs blasés ou méfiants... : il ose de plus en plus tranquillement être gai, trivial, savant, un peu hirsute, et prodiguer mots et caresses équivoques : c'est rudement amusant !
Parlons table, tout d'abord, puisque - et ce n'est plus un simple titre de roman, c'est une invitation, une promesse, et même tout un programme - «Ce soir on soupe chez Pétrone». De toutes les activités de l'homme, la manducation est la plus ancienne et la plus constante. Elle détermine ses humeurs, dissipe ses mélancolies les plus funèbres et favorise l'industrie de la bretelle réglable. Elle précède le rire, l'amour et la sieste, tous prodiges qu'elle conditionne à maints égards par une chimie complexe et méconnue... Pierre Combescot, chef magnifiquement «toqué» de la bacchanale la plus colorée qu'on puisse s'offrir en cette saison, chez Pétrone lui-même dont Lysias, qui fut son secrétaire et son confident, nous raconte ici la vie toute de grandeur impériale, de jouissance et de tumulte, en ces âges reculés où l'on savait «recevoir»... Pétrone est en réalité un inconnu et il faut l'énorme culture et le non moins énorme appétit de Combescot pour découvrir et imposer le portrait d'une sorte de railleur officiel, d'anarchiste mondain et tout à la fois de pontife corrupteur qui osa défier les conventions de son temps mais dont l'indolence naturelle, doublée d'une paresse raisonnable, plaisait à Néron, qui fit de lui l'arbiter elegantiae - l'arbitre des élégances -, le nomma consul, proconsul et l'on en passe, avant de le rejeter, convaincu de complot comme tous les autres, et de le conduire au suicide.
Pierre Combescot brosse un tableau extraordinaire de cette société où il n'était pas convenable de mourir sans abandonner sa fortune à l'empereur...
Parlons table, tout d'abord, puisque - et ce n'est plus un simple titre de roman, c'est une invitation, une promesse, et même tout un programme - «Ce soir on soupe chez Pétrone». De toutes les activités de l'homme, la manducation est la plus ancienne et la plus constante. Elle détermine ses humeurs, dissipe ses mélancolies les plus funèbres et favorise l'industrie de la bretelle réglable. Elle précède le rire, l'amour et la sieste, tous prodiges qu'elle conditionne à maints égards par une chimie complexe et méconnue... Pierre Combescot, chef magnifiquement «toqué» de la bacchanale la plus colorée qu'on puisse s'offrir en cette saison, chez Pétrone lui-même dont Lysias, qui fut son secrétaire et son confident, nous raconte ici la vie toute de grandeur impériale, de jouissance et de tumulte, en ces âges reculés où l'on savait «recevoir»... Pétrone est en réalité un inconnu et il faut l'énorme culture et le non moins énorme appétit de Combescot pour découvrir et imposer le portrait d'une sorte de railleur officiel, d'anarchiste mondain et tout à la fois de pontife corrupteur qui osa défier les conventions de son temps mais dont l'indolence naturelle, doublée d'une paresse raisonnable, plaisait à Néron, qui fit de lui l'arbiter elegantiae - l'arbitre des élégances -, le nomma consul, proconsul et l'on en passe, avant de le rejeter, convaincu de complot comme tous les autres, et de le conduire au suicide.
Pierre Combescot brosse un tableau extraordinaire de cette société où il n'était pas convenable de mourir sans abandonner sa fortune à l'empereur...
Critique de Jean-Louis Ezine parue dans le Nouvel Observateur
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