Auteur : Smail Goumeziane
Date de saisie : 22/02/2006
Genre : Politique
Editeur : C. Corlet, Condé-sur-Noireau, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-84706-123-9
GENCOD : 9782847061239
Désormais, il n'y aurait qu'un seul monde façonné par une globalisation triomphante et bienfaitrice. Les pays du Sud seraient en phase d'émergence et ceux de l'Est en transition.
S'inscrivant en faux contre cette idéologie ultra libérale, Smaïl Goumeziane retrace l'histoire mouvementée de ces pays et identifie les mécanismes concrets d'une mondialisation qui restructure de fond en comble la planète. Désormais, nous dit l'auteur, un nouveau monde tripolaire se construit avec brutalité. A son sommet, une nouvelle aristocratie mondiale dirige la planète grâce à des fortunes colossales et à la magie de l'informatique, des satellites et des marchés financiers, soutenus en permanence par l'hyper puissance américaine. Face à elle, les autres Etats des pays riches subissent son diktat et reculent devant les forces du marché. Hors de ces deux mondes, la plupart des pays du Sud et de l'Est subissent avec plus ou moins de violence une véritable tiers mondialisation : plus de 5 milliards d'habitants y ont en permanence des conditions de vie et de travail insupportables, sur fond de misère, de revenus dérisoires, de montée en puissance de l'économie informelle, de criminalité et de conflits armés en tous genres. On assiste en fait, selon Smaïl Goumeziane, à une dangereuse dérive économique des continents, dont on ne pourra sortir qu'en s'engageant, à l'initiative des sociétés civiles, dans une autre mondialisation favorisant le développement humain et durable, et l'expansion des libertés pour tous.
Smaïl Goumeziane, ancien ministre algérien du commerce (19891991), professeur d'économie du développement à l'Université Paris IX Dauphine, est un spécialiste de la mondialisation et des rapports Nord-Sud. Il a déjà publié : Le mal algérien (Fayard 1994) ; Le pouvoir des rentiers (Paris Méditerranée 2003) ; Fils de Novembre (Paris Méditerranée 2004).
Extrait de l'introduction :
«La disparition du tiers monde.
D'aucuns penseront qu'il est pour le moins saugrenu de parler de tiers monde en ce début de troisième millénaire. Ceux qui emploient ce terme ne prennent-ils pas le risque d'être traités de soixante-huitards attardés ou de tiers mondistes rétro ? Il est tellement plus simple en effet de le faire disparaître ou de le remplacer par des synonymes de plus en plus nombreux et au look plus moderne.
Ce terme, si judicieusement inventé par Alfred Sauvy au début des années 1950, en pleine guerre froide, semble bien démodé, désuet, ringard, affirment les penseurs «branchés». Pour cet immense démographe, il ne s'agissait pourtant pas, à l'époque, d'un jeu de mots, encore moins de mode. Par ce terme, il qualifiait la réalité économique et sociale complexe de «l'ensemble de ceux que l'on appelle, en style Nations Unies, les pays sous-développés», et dont l'explosion démographique «devrait être accompagnée d'importants investissements pour adapter le contenant au contenu». Car, ajoutait- il, «ce tiers monde ignoré, exploité, méprisé comme le tiers état, veut lui aussi être quelque chose».
Très vite pourtant, on réduisit cette géniale définition à une notion purement politique regroupant, sous le vocable de «pays non alignés», les pays n'appartenant ni à l'ensemble des pays capitalistes ni à celui du bloc socialiste. On décida même du lieu et de la date de naissance du tiers monde ainsi qualifié : la conférence afro-asiatique de Bandung qui se déroula, il y a tout juste un demi-siècle (en 1955), dans cette Indonésie aujourd'hui tragiquement frappée par un tsunami des plus dévastateurs, résultant tout autant de phénomènes naturels, que des effets collatéraux du développement inégal de la planète.
Plus tard, certains auteurs n'ont pas davantage hésité à signer l'acte de décès du tiers monde, après lui avoir accordé un pluriel bien singulier - les tiers mondes -, au motif que le second monde - entendez par là le monde soviétique - a lui-même sombré avec la chute du mur de Berlin en 1989, emportant avec lui son idéologie, son système politique monolithique et sa planification centralisée et bureaucratique. Il n'y aurait donc plus aucune raison, selon eux, de parler du tiers monde d'autant que celui-ci a largement échoué dans ses revendications économiques et sa quête d'un Nouvel ordre économique international (NOEI) plus juste, engagées dès les années 1970, face à un monde libéral triomphant et imposant, sous l'oeil vigilant de l'Amérique et de ses satellites, la mondialisation à la planète entière...»
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