Passion du livre - tout sur le livre : A propos de Grace

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A propos de Grace

Couverture du livre A propos de Grace

Auteur : Anthony Doerr

Traducteur : Judith Roze

Date de saisie : 21/02/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Terres d'Amérique

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-226-17223-5

GENCOD : 9782226172235


  • La présentation de l'éditeur

"Il y a presque quelque chose de futile dans le fait de dire que ce roman est magnifique, extraordinaire ou émouvant. Comparée à la perfection de l'écriture d'Anthony Doerr, toute description de son livre paraîtrait banale. Courez l'acheter, faites-vous porter pâle, débranchez le téléphone et rendez-vous compte par vous-même de la qualité que la littérature contemporaine peut atteindre." The Guardian

A cinquante-neuf ans, David Winckler n'est plus que l'ombre de lui-même. Il fut autrefois, dans une autre vie, un mari, un père et surtout un hydrologue. Mais le temps et les intempéries de l'existence ont brisé cet homme sensible, fasciné par les merveilles de la nature, gouttes d'eau ou flocons de neige. Ce qui reste de lui s'étiole sous le soleil des Caraïbes, à des milliers de kilomètres de son Alaska natale. Quel crime cet homme peut-il avoir commis pour s'infliger pareil châtiment ?

Après un quart de siècle passé loin de chez lui, David Winckler se décide enfin à entreprendre une longue odyssée à la recherche de souvenirs avortés et d'un présent incertain. Dans l'avion qui le ramène à Cleveland, où tout a commencé (mariage avec Sandy, naissance de leur petite fille, Grace) et où tout a fini, ce revenant revisite les fantômes de sa vie antérieure...

Avec ce roman, Anthony Doerr confirme l'originalité de son univers et la singulière beauté de son écriture. Il sait convoquer des images d'une puissance inouïe et sa perception de la condition humaine comme sa compassion pour ses personnages fragiles forcent l'admiration. Lumineux et lyrique, ce livre touché par la grâce a reçu un formidable accueil de la critique anglo-saxonne.


Anthony Doerr est l'auteur d'un recueil de nouvelles très remarqué, Le nom des coquillages (Albin Michel, 2003 et Livre de Poche, 2005). Déjà récompensé par une demi-douzaine de prix et distinctions littéraires aux Etats-Unis, il est l'un des auteurs les plus prometteurs de la jeune génération.



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  • Les premières lignes

«Il traversa le hall, s'arrêta près d'une vitre et regarda un homme agiter deux palettes orange pour guider un jet vers sa porte d'embarquement. Au-dessus du tarmac, le ciel était limpide, de cet implacable bleu des tropiques auquel il ne s'était jamais complètement habitué. A l'horizon, des nuages s'étaient amoncelés - des cumulus congestus, signe qu'une perturbation passait là-bas, au-dessus de la mer.

La frêle silhouette d'un détecteur de métaux attendait le passage d'une file de touristes. Dans la salle d'embarquement, du rhum détaxé, des oiseaux de paradis sous cellophane, des colliers de coquillages. Il sortit un bloc-notes et un stylo de sa poche de chemise.

Le cerveau humain, écrivit-il, est constitué à soixante-quinze pour cent d eau. Nos cellules ne sont guère plus que des poches destinées à contenir de l'eau. Quand nous mourons, elle quitte notre corps pour passer dans la terre et dans l'air, puis dans la panse d'animaux, puis dans autre chose encore. Les propriétés de l'eau à l'état liquide sont les suivantes : elle conserve sa température plus longtemps que l'air ; elle est adhérente et élastique; elle est en perpétuel mouvement. Tels sont les principes de l'hydrologie ; telles sont les choses à savoir si l'on veut se connaître soi-même.

Il passa la porte d'embarquement. En haut des marches menant à l'avion, une sensation proche de l'étranglement le saisit à la gorge. Il serra plus fort les poignées de son sac et se cramponna à la rampe. Des oiseaux volant en ligne - des colombes, peut-être - se posaient l'un après l'autre sur une pelouse de l'autre côté de la piste. Derrière lui, les passagers remuaient impatiemment. Une hôtesse de l'air joignit les mains, puis tendit le bras vers lui pour l'aider à pénétrer dans la cabine.

L'accélération et le décollage lui firent l'effet d'un rêve saisissant et dangereux. Il appuya son front contre le hublot. Sous l'aile, l'océan prenait de l'ampleur; la ligne d'horizon s'inclina, puis sombra. L'avion vira et l'île réapparut, soudaine et luxuriante, avec son ourlet de récifs. Il eut le temps d'apercevoir une nappe d'eau verte iridescente dans le cratère de la Soufrière, puis les nuages se refermèrent et l'île s'évanouit.

Sa voisine avait sorti un roman et commençait à lire. L'avion s'élevait dans la troposphère. De minuscules frondes de givre s'étendaient de l'autre côté de la vitre. Au-delà, le ciel était éblouissant et froid. Il cligna des yeux et essuya les verres de ses lunettes sur sa manche. Ils montaient vers le soleil...»


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