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Le dernier crime de Staline : retour sur le complot des blouses blanches

Couverture du livre Le dernier crime de Staline : retour sur le complot des blouses blanches

Auteur : Jonathan Brent | Vladimir P. Naumov

Traducteur : Elie-Robert Nicoud

Date de saisie : 21/04/2006

Genre : Histoire

Editeur : Calmann-Lévy, Paris, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-7021-3621-8

GENCOD : 9782702136218


  • La présentation de l'éditeur

Le 13 janvier 1953, la Pravda révèle qu'un complot odieux a été découvert visant à assassiner plusieurs dirigeants du Kremlin. L'apparatchik Jdanov en aurait déjà été victime. Les coupables ? Les médecins chargés de les soigner... et qui se trouvent être en majorité Juifs. Le «complot des blouses blanches» aura un retentissement mondial. Les arrestations vont se succéder, les suspects seront soumis à des interrogatoires musclés. L'Occident se passionnera pour ce feuilleton, les «parti-frères» réclameront là tête des félons tandis que les antistaliniens dénonceront un coup monté dans la grande tradition soviétique. Le caractère manifestement antisémite de la campagne gênera cependant bon nombre de communistes. L'affaire, à la différence des précédentes purges, fera long feu. En effet, la mort inopinée de Staline le 5 mars désamorce la machine infernale, et les inculpés seront relaxés, quoique jamais réhabilités.

La signification politique de cette purge n'avait jamais été analysée en profondeur, faute d'informations concrètes sur ses circonstances et ses protagonistes.

C'est chose faite aujourd'hui, grâce à Jonathan Brent et Vladimir Naumov. Profitant de l'ouverture des archives soviétiques sous Gorbatchev et Eltsine, ils ont reconstitué de façon détaillée, pour la première fois, le vrai complot des blouses blanches - un complot imaginé par Staline pour attiser l'antisémitisme en Russie et purger la société soviétique de ses Juifs. Staline rêvait-il d'une shoah à la russe ? Les travaux entrepris pour agrandir les camps de concentration du goulag au-delà du cercle polaire, dont les auteurs ont découvert la trace le laissent penser. Sa mort subite et mystérieuse sept semaines après la «découverte» du complot laisse également planer un doute : ses âmes damnées du politburo, survivants (pour combien de temps ?) des purges staliniennes, ont-elles pris peur ? Ont-elles pensé que cette fois, le «petit père des peuples» allait trop loin ? L'ont-elles, en un mot, empoisonné ?


Jonathan Brent est directeur éditorial des éditions Yales University Press et fondateur des séries des Annales du communisme. Il a écrit une biographie de l'auteur juif soviétique Isaac Babel. Il vit dans le Connecticut.

Vladimir Pavlovich Naumov est professeur d'histoire. Sous Gorbatchev, il a été le secrétaire exécutif de la Commission présidentielle pour la réhabilitation des personnes opprimées. Il a écrit plusieurs articles et ouvrages sur l'histoire soviétique. Il vit en Russie.





  • La revue de presse Thomas Wieder - Le Monde du 21 avril 2006

Un écheveau de calomnies, de trahisons et de morts suspectes, où les protagonistes sont des ronds-de-cuir ambitieux et sans scrupule, des ministres disgraciés du jour au lendemain, et un dictateur dont l'âge avancé n'a pas émoussé la paranoïa criminelle : début 1953, en URSS, tout cela a un air de déjà-vu. Quinze ans après la "Grande Terreur" (700 000 morts entre 1936 et 1938), l'heure d'une nouvelle répression à grande échelle a-t-elle sonné ? Tout semble possible après l'annonce par la Pravda, le 13 janvier, de l'arrestation d'une "bande de médecins empoisonneurs" en poste au Kremlin. Ils sont neuf, bientôt quarante, juifs pour la moitié d'entre eux, tous soupçonnés d'avoir conspiré pour assassiner plusieurs dirigeants soviétiques. A leur tableau de chasse figurerait notamment Andreï Jdanov, dauphin potentiel de Staline, mort en 1948 à l'âge de 52 ans.

Connue sous le nom de "complot des blouses blanches", l'affaire est fort complexe. Sans en percer tous les mystères, Jonathan Brent et Vladimir P. Naumov aident à comprendre, documents inédits à l'appui, pourquoi Staline a personnellement voulu que le scandale éclate à cette date...

Parfois ardu - c'est au lecteur qu'il incombe bien souvent d'assembler les pièces du puzzle -, le récit de Brent et Naumov est éloquent : "dernier crime de Staline", l'affaire des blouses blanches est l'illustration même d'un système ubuesque où les enquêtes "commenc(ent) par un but politique et fini(ssent) par la fabrication de "preuves" pour y parvenir".



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

««Rien ne m'a davantage impressionné que l'histoire des médecins», écrivit Winston Churchill au président Eisenhower le 11 avril 1953, environ un mois après la mort de Staline. Il ajoutait : «Cette affaire est sûrement très révélatrice de la structure et de la discipline communistes.» Churchill avait compris intuitivement que cette histoire était extrêmement «signifiante» quant aux affaires soviétiques et à la situation mondiale. Même s'il était difficile d'en comprendre la signification précise, il invitait le président des États-Unis à voir là un signe des changements futurs dans les relations entre les États-Unis et l'Union soviétique.

Comme Churchill l'avait pressenti, l'«histoire des médecins» était une affaire compliquée, aux nombreuses ramifications prenant leur source au plus profond des structures dirigeantes du Kremlin. Elle reflétait les multiples intentions de Staline en matière de politique extérieure ainsi que les tensions au sein de son gouvernement. Si le complot contre les médecins juifs avait abouti, l'histoire du monde en aurait été changée. De nombreux personnages hauts placés du Kremlin auraient été supprimés à l'occasion de purges. Les services de sécurité et l'armée auraient été décimés, les artistes et les intellectuels soviétiques, et les Juifs en particulier, auraient subi une répression féroce, et les survivants de la communauté juive d'Europe de l'Est et d'Union soviétique auraient encouru un grave danger, peut-être un danger de mort, tandis que l'ensemble des habitants de l'URSS auraient connu de terribles souffrances. Une autre Grande Terreur, semblable à celle des années trente, fut évitée grâce à la mort de Staline, le 5 mars 1953. La Solution finale version Staline ne devint jamais réalité, et les nouveaux dirigeants soviétiques firent immédiatement machine arrière pour que la société ne sombre pas dans le gouffre vers lequel elle se dirigeait.

La Grande Terreur fut pour Staline un prélude à la préparation de la Seconde Guerre mondiale, et de nombreuses preuves récemment découvertes confirment que le complot contre les médecins aurait joué un rôle semblable. Dans les années trente, l'ennemi était l'Allemagne, après la guerre, ce furent les États-Unis.

Il est difficile de décomposer le complot en une suite chronologique d'événements. Une multitude de détails provenant de sources très diverses au sein du gouvernement soviétique ainsi qu'à l'étranger contribuèrent à l'alimenter. Pour déceler la signature de Staline dans chacun de ces détails, il faudrait posséder l'oeil perçant de l'artisan gaucher atteint de strabisme du célèbre conte de Leskov, qui grava ses initiales sur la tête de chaque clou microscopique utilisé pour ferrer la puce d'or du tsar. L'affaire des médecins comporte elle aussi de nombreux clous minuscules, et ce livre tente d'en déchiffrer les inscriptions. Ces clous minuscules, et pourtant si lourds, trahissent un savoir-faire tout aussi impressionnant...»


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