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Contre-histoire de la philosophie. Volume 2, Le christianisme hédoniste

Couverture du livre Contre-histoire de la philosophie. Volume 2, Le christianisme hédoniste

Auteur : Michel Onfray

Date de saisie : 12/03/2006

Genre : Philosophie

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-246-68901-0

GENCOD : 9782246689010


  • La présentation de l'éditeur

La Contre Histoire de la philosophie de Michel Onfray se propose d'examiner en six volumes, vingt-cinq siècles de philosophie oubliée.

Les manuels, les Histoires, les Encyclopédies, les travaux universitaires, les programmes scolaires, les colloques, les éditions, les traductions évitent soigneusement cet immense continent de la philosophie. Voilà pourquoi nous ne connaissons de cette discipline que ses protagonistes les plus austères et les moins drôles. Pour quelles raisons ?

Parce que l'histoire de la philosophie est écrite par les vainqueurs d'un combat qui opposa idéalistes et matérialistes. Avec le christianisme, les premiers accèdent au pouvoir intellectuel pour vingt siècles. Dès lors, ils favorisent les penseurs qui travaillent dans leur sens et effacent consciencieusement toute trace de philosophie alternative. D'où une occultations des matérialistes, des cyniques, des cyrénaïques, des épicuriens, des gnostiques licencieux, des frères et soeurs du Libre Esprit, des libertins baroques, des ultras des Lumières, des utilitaristes anglo-saxons, des socialistes dionysiens, des nietzschéens de gauche et autres continents peuplés de furieux personnages. Cette Contre histoire en raconte l'aventure.

Le point commun de tous ces individus ? Leur goût d'une sagesse praticable, d'un vocabulaire clair, d'un exposé limpide, d'une théorie à même de produire une vie philosophique. A la manière des sages antiques, tous tournent le dos au langage obscur, à la philosophie pour philosophes, aux discussions de spécialistes, aux sujets professionnels, pour faire de la philosophie un art de vivre - de bien vivre, de mieux vivre.

Ces six volumes rassemblent sept années de travail effectué par Michel Onfray pour nourrir et préparer son séminaire de philosophie hédoniste à l'Université Populaire de Caen, créée par ses soins en 2002 pour permettre cet enseignement alternatif de savoirs marginaux. Ces textes servent de support à ses improvisations effectuées chaque mardi soir devant plus de cinq cents personnes. Ses cours sont diffusés par France Culture depuis trois années et édités en coffrets de douze CD audio par Frémeaux, France Culture et Grasset.





  • La revue de presse Robert Maggiori - Libération du 9 mars 2006

Il faut l'avouer : on ne connaît pas très bien Heilwige de Bratislava, Bentivenga de Gubbio ou Eloy de Pruystinck. Ni d'ailleurs Willem van Hildervissem de Malines. On ignore tout aussi de Cérinthe. Et de Carpocrate on ne sait même pas qu'il était le père d'Epiphane, c'est dire. Mais à l'ignorance, quand on le veut, on peut toujours porter remède. Rien n'empêche personne ­façon de parler ­ de séjourner en bibliothèque, devenir un spécialiste de Philodème de Gadara, et être incollable sur Jean de Brno. A ceci près que, comme le chercheur d'or qui tamise des tonnes de boue et de caillasse avant de trouver une minuscule pépite, on devra la fouiller de fond en comble, la bibliothèque, avant de dénicher quelque fragment de ou sur ces penseurs... une Contre-histoire de la philosophie, dont deux des six volumes prévus, les Sagesses antiques et le Christianisme hédoniste, viennent de paraître. Il n'est pas difficile de prévoir que, comme le Traité d'athéologie, cette entreprise vaudra à Michel Onfray la même haine que celle qui s'est manifestée depuis toujours contre les auteurs qu'il défend. Pourtant, ce qu'il fait semble parfaitement légitime, sinon nécessaire. Il n'est pas douteux que «l'historiographie relève de l'art de guerre», que la façon dont on fait l'histoire résulte de rapports de forces, de stratégies, de feintes, de calculs, d'affrontements réels ou symboliques, ni, pour le dire avec Marx, que les idées dominantes d'une époque soient celles par lesquelles la classe dominante justifie sa domination. L'histoire, autrement dit, est toujours écrite par les vainqueurs. D'où l'absolu besoin d'une «contre-histoire», qui récupérât sous les décombres le discours des vaincus, des exclus, des dominés, des minoritaires, des oubliés. C'est cette exigence, politique et morale, qui a renouvelé l'historiographie contemporaine, en intégrant l'histoire des femmes, l'histoire de l'homosexualité, l'histoire de la folie, l'histoire de l'enfermement, l'histoire des colonisés, des ouvriers, des paysans... /... Il est tout à fait légitime que Michel Onfray veuille regarder les «débris» ensevelis sous les statues monumentales de Platon, Descartes et Kant, qu'il s'efforce de faire entendre les voix de chrétiens hérétiques étouffées par celles d'Augustin ou de Thomas d'Aquin, qu'à côté de la lignée dominante de Pythagore, Parménide, Platon, Marc-Aurèle ou Sénèque, il creuse le sillon de Leucippe, Démocrite, Diogène, Epicure ou Lucrèce, qu'il proteste contre la (relative) dévaluation d'Erasme ou de Montaigne, que pour répondre à la question «que peut le corps ?», il se réfère à Spinoza, Nietzsche ou Deleuze plutôt qu'à ceux qui en ont fait un lieu de méconnaissance et de malédiction, et qu'à la philosophie idéaliste, spiritualiste, ascétique, il préfère une philosophie «matérialiste, sensualiste, existentielle, utilitariste, pragmatique, athée, corporelle, incarnée...». Mais quelques questions demeurent... Michel Onfray livre une galerie de portraits intellectuels, lisibles par tous, où, outre Démocrite, Diogène le cynique, Lucrèce, sont mis en évidence des philosophes souvent marginalisés... La galerie présentée dans le deuxième tome, le Christianisme hédoniste, est encore plus étonnante...



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

«L'invention de Jésus, la construction violente et autoritaire du christianisme devenant religion de l'Empire tout entier avec le coup d'Etat de Constantin, le vandalisme volontaire de la soldatesque à ses ordres, la destruction des hommes, l'incendie des bibliothèques, la persécution des philosophes, la fermeture de leurs écoles, l'inscription dans le corpus juridique - Codes de Théodose et de Justinien - du statut d'extraterritorialité citoyenne des païens, le devenir culturel et planétaire de la névrose de saint Paul, le triomphe du paulinisme - haine des femmes, du corps, de la chair, des désirs, des plaisirs, des passions, de la science, de l'intelligence, de la philosophie -, le devenir persécuteur, et pour longtemps, des anciens persécutés, tout cela produit une saignée dans l'Histoire qui prive les siècles suivants, le nôtre donc, d'une somme considérable d'informations sur cette longue période.

Le monde antique s'effondre, disparaît, meurt, et avec lui la philosophie païenne, dont une grande partie ne traversera pas les siècles pour des raisons ne procédant pas toutes de la volonté délibérée des hommes de tirer un trait sur le patrimoine des Anciens grecs et romains. Certes, les hommes brûlent des bibliothèques, incendient, pillent, assassinent leurs semblables, dont des gens de lettres, mais le temps efface lui aussi les traces de cette civilisation devenue champ de ruines.

On comprend que les livres des philosophes matérialistes abdéritains - les six cents titres de Démocrite... -, que les ouvrages des cyniques ou des épicuriens, que les abondants volumes - trois cents, dit-on - d'Epicure ou de ses disciples, disparaissent prioritairement. Les copistes chrétiens ont d'autres priorités que de sauver ces volumes subversifs. Le platonisme et le stoïcisme, revendiqués parfois par les Pères de l'Eglise comme sagesses propédeutiques au christianisme, disposent d'un avantage sur les pensées réellement ennemies de l'idéal ascétique catholique.

Et puis, le livre antique sert de pense-bête accessoire, dans une époque où priment l'oralité et la transmission verbale. La parole évanescente que ne consignent pas les scribes ou les copistes s'évanouit pour toujours. Ainsi de l'enseignement oral de Platon, probablement très différent de l'enseignement des textes qui subsistent. Obstacle de l'oralité donc. Obstacle de la fragilité du support également: le papyrus, égyptien d'origine, supporte mal l'hygrométrie, les climats et saisons de Rome. Il pourrit, part en poussière, et avec lui ce qu'il transmet... De plus, le nombre d'exemplaires constituant une édition originale n'excède jamais la trentaine...»


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