Auteur : Tanella Boni
Date de saisie : 21/02/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Serpent à Plumes, Paris, France
Collection : Fiction française
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-268-05733-0
GENCOD : 9782268057330
La narratrice, une femme noire, auteure et chasseuse d'idées reçues, croise dans un aéroport un homme blanc, en boubou, qui l'intrigue lorsqu'il crie "les nègres n'iront jamais au paradis". Elle s'assied à côté de lui dans l'avion et il commence à lui raconter son histoire. Il s'appelle Amédée Jonas Dieusérail (certains l'appellent simplement Dieu), est éditeur, et travaille entre la France et l'Afrique. Il a connu une seconde naissance à l'âge de 22 ans lorsque, coopérant à Korhogo en Côte d'Ivoire, il a découvert l'Afrique. Il lui avoue avoir mis enceinte une de ses élèves, Sali, alors âgée de seulement 12 ans, et porter encore le poids de la culpabilité. II est d'ailleurs entré dans les ordres après ce viol. Puis en est sorti. Curieuse, la narratrice parvient à se procurer un tapuscrit avec les mémoires de «Dieu». Il y parle de sa maison d'édition, les "Éditions de la Perche du Lac", Une affaire très rentable grâce à laquelle il peut faire entendre la voix de certains exclus (des «nègres» en particulier) et du cours de son existence.
La construction de ce roman repose sur une série de retours en arrière qui éclairent l'existence d'Amédée Jonas Dieusérail à travers la vie des femmes qu'il a connues : Sali qu'il a violée à l'âge de douze ans et qui devient une femme d'affaires ; sa fille Wendy, qui elle aussi devient une femme d'affaires prospère ; Laurence, bonne soeur puis anthropologue, qu'il épouse, mais qui le quittera lorsqu'il décidera de se lancer dans le «business» et enfin, Iris, vendeuse sur un marché, puis rescapée émigrée à Paris.
Un roman ambitieux qui cherche à porter la voix des exclus (des "nègres") tout en explorant l'ambiguïté des rapports post-coloniaux à travers le portrait d'un homme qui en incarne différentes figures : celle du coopérant, du prêtre, de l'homme d'affaires, de l'éditeur, dont le surnom n'est pas anodin. La perspective est donc riche et les récits de vie qui lui donnent corps ne laisseront pas le lecteur insensible.
Tanella Boni y dénonce la non-existence des «itinérants», des «nègres déracinés» et analyse avec acuité, l'ambiguïté des rapports entre l'Afrique et les pays dits développés : à la fois une domination post-coloniale latente mais aussi la réussite sociale possible de certains africains, sur leur continent, mais aussi en Europe.
Le précédent roman de Tanelia Boni, Matins de couvre-feu (janvier 2005, Le Serpent à Plumes) s'est vu décerner deux prix littéraires, le Liberatur Foder Prize et le Prix Ahmadou Kourouma.
Début du prologue :
«Mes souvenirs me reviennent par vagues irrépressibles, par flots inénarrables, relançant de plus belle mes maux de tête. Je dois traverser cette épreuve sans perdre le fil des mots que j'ai lus, sans rompre l'enchaînement des images que j'ai captées.
Dans le hall de l'aéroport de Ouagadougou, à l'arrivée, j'avais perdu un objet qui ne me quittait jamais. Un livre précieux. Je l'ai cherché partout, je ne l'ai point trouvé.
Hier au soir, l'objet m'est revenu sous la forme d'un tapuscrit auquel je ne m'attendais guère. Je l'ai lu et relu. J'ai décidé de m'en séparer pour toujours, en le rendant public. Car je n'ai pas de secret à cacher. Et j'ai besoin de recouvrer la pleine santé, avant qu'il ne soit trop tard...
J'ai de terribles maux de tête. Et aussi de l'urticaire. J'ignore ce que cela peut être.
Je croyais pouvoir mieux résister au choc des mots. Je constate qu'il n'en est rien. Je suis littéralement sonné, comme si un événement imprévu me broyait les tripes.
Quand je me regarde dans un miroir, j'ai du mal à accepter l'image qui vient à ma rencontre. Je ne sais plus qui je suis. Pourtant, je ressemble au même homme qui ne cesse de porter ce double prénom d'Amédée-Jonas. Ce prénom qui me pèse si lourd sur les épaules comme un manteau incapable de faire corps avec moi, pendant un hiver si froid.
Il m'arrive parfois d'avoir des sautes d'humeur quand l'inquiétude me gagne ou quand je suis contrarié. Mais, en temps ordinaire, je suis un homme tranquille, flegmatique, sans état d'âme depuis que je suis devenu un chef d'entreprise pas comme les autres. Mon lieu de travail, je l'appelle ma boutique. Il faut savoir pourquoi. La boutique m'enveloppe de courants d'air bénéfiques, me protège de la grippe ou d'autres maladies virales, quelles que soient les saisons. Là, je me régénère dans la tête et dans la peau. Beaucoup de gens fuient leur lieu de travail, parce que c'est l'enfer, parce que les humeurs partagées en vase clos ne sont jamais bonnes pour la santé. Moi, j'adore passer des heures incalculables dans ma boutique, pour le plaisir de me retrouver seul à seul avec moi-même. La boutique, le lieu où tout peut m'arriver, le plus grand bonheur comme la fin de la vie terrestre...»
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli