Auteur : Gisèle Bienne
Date de saisie : 26/08/2004
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Climats, Paris, France
Collection : Arc-en-ciel
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-84158-260-0
GENCOD : 9782841582600
J'allume une cigarette et me sers un petit ballon de rouge, ça m'aidera à me rapprocher de Marcel et à l'écouter. «Je suis rentré mais je ne suis pas revenu...» Voilà ce qu'il dit, Marcel, quand il se sent complètement décalé. Mais à qui s'adresse-t-il ? A sa femme, la vertueuse Irénée ? A sa mère qui a tellement tremblé en attendant son retour du front et ne le reconnaît plus ? A son enfant, le petit Lucas ? A Klébert le vieux commis de ferme qui n'a plus grand-chose à apprendre des hommes ? A Mathilde, sa maîtresse et complice d'un moment ? Des cigarettes et des ballons de rouge, Marcel en consomme au «Café d'en haut» avec ses trois camarades, des rescapés comme lui, et ceux-là ont laissé un morceau de leur corps sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale. Marcel, c'est dans sa tête que ça chahute. Voilà... J'ai remonté le temps. Je me suis propulsée jusqu'aux années vingt, et je l'ai entendu, Marcel, quand il parle à sa femme comme un mécréant, quand il a trop bu et s'emporte contre ce qu'on a fait aux hommes pendant cette guerre interminable, quand il s'occupe du syndicat agricole ou qu'il écrit à Franz, l'Allemand. Je l'entends aussi quand il se tait, quand ça parle à l'intérieur de lui et que ça dit ce que personne n'a envie d'entendre, maintenant qu'il est «rentré». Il est rentré, mais comme il n'est pas «revenu», malgré les grandes décisions qu'il prend chaque jour pour se ressaisir, malgré les efforts des femmes, tout part à vau l'eau dans la ferme... Et Marcel, dans ses insomnies, s'éloigne des siens nuit après nuit. C'est dur de se remettre, après une guerre. (Gisèle Bienne)
LA PRESENTATION DE L'OUVRAGE : «Gisèle Bienne vit en Champagne, mais il semble bien que ce nom n'évoque jamais pour elle le pétillant vin des fêtes. La Champagne, c'est le Chemin des Dames, la Ferme de Navarin. Là, en guise de vendanges, on récolte encore d'innombrables bouts de ferraille incrustés dans la terre où des milliers de jeunes hommes perdirent la vie, et, pour ceux qui ont survécu, le goût de vivre. L'originalité de son livre, c'est qu'elle n'y décrit pas la guerre, la vie dans les tranchées, les attaques, les bombardements, les gaz asphyxiants. Elle décrit l'après. Cela me fait penser à Erich Maria Remarque qui, à son très célèbre A l'ouest rien de nouveau, a donné comme suite un beau roman intitulé Après. Paysages de l'insomnie nous raconte ce que deviennent un ancien combattant, Marcel, sa famille, ses amis, dans les années vingt. [...] L'homme qui a traversé la guerre n'est plus fait pour la vie de famille que lui proposent sa femme, sa mère, sa belle-mère et l'enfant qui est né, le petit Lucas. Il se sent mieux dans Le café d'en haut où il retrouve des camarades. Comment s'entendre avec Irénée, trop pieuse, indifférente aux choses de la chair, infiniment malheureuse devant ce mari impie, antimilitariste, révolté contre tout et tous ? La vie désormais ne sera que désordre et malheur, pour les siens et pour lui-même.
Si ce roman nous bouleverse, c'est qu'à la brutalité du sujet se mêle une grande délicatesse de touche. Les rapports entre Marcel et sa mère, Marcel et Irénée, évoluent de façon nuancée et complexe. Et toujours, sous-tendant le récit, une immense révolte contre la société en général et l'armée en particulier. Mais ces pages, qui disent si bien le malheur, ne seraient rien si elles ne disaient pas aussi la richesse de l'amour.» Extraits de la préface de Roger Grenier.
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