Auteur : Anne Weber
Date de saisie : 18/02/2006
Genre : Essais littéraires
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Fiction et Cie
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-02-084745-2
GENCOD : 9782020847452
Chers oiseaux est une lettre d'adieu - un adieu furieux, révolté, dégoûté d'une employée de bureau à ses anciens collègues. Emprisonnée dans une existence salariale aussi rassurante qu'une condamnation à mort, l'employée se libère d'un violent coup d'aile, à force de haine, de lassitude, de hargne, de répulsion mêlées. Sa fuite lui permet d'échapper enfin à l'agression muette des trombones et des classeurs comme aux griffes affûtées des collègues, ces oiseaux aigris. La vie de bureau est humiliante parce qu'elle rend inévitable une intimité avec des inconnus, la répétition douloureuse des mêmes mots et des mêmes gestes, la soumission aux horaires et donc, jour après jour, au temps, et à la transformation du temps en argent. Oui, la vie de bureau est insupportable. Envolons-nous.
Anne Weber est allemande et vit à Paris. Elle écrit dans sa langue maternelle et en français.
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... la vie de bureau décortiquée comme une langoustine, aucun détail n'échappe à l'examen, trombones compris... Cet inventaire minutieux est évidemment destiné à décrire un lieu d'aliénation... Anne Weber sait mettre l'eau à la bouche grâce à sa manière d'écrire. Son incantation rageuse et ironique à la fois plaît d'emblée. Elle a une allégresse de deuil, elle glisse dans ses paragraphes des remarques d'une cruauté glacée...
... Chers oiseaux, date d'une époque où Anne Weber travaillait à Paris, dans l'édition. Pleine de colère et de drôlerie, la narratrice s'adresse à ses collègues, que l'on pourrait aussi bien appeler codétenus, dans une entreprise semblable à une volière géante. L'oeil, impitoyable, s'attarde sur chacune des manies du prisonnier qui tente, par divers menus grignotages, de s'aménager une petite niche dans la grande cage. Depuis l'examen des fonds de tiroirs ("Vous voir ranger votre vaisselle dans vos tiroirs me donne des haut-le-coeur matin et soir") jusqu'aux "offrandes" déposées aux pieds du "Grand oiseau" - le patron, naturellement - tous les aspects d'une vie d'employé sont examinés avec dans une langue sèche, élégante, cruelle et formidablement inventive. Concrète comme un coup de poing, aussi : le lendemain du jour où elle mit un point final à ce cri de rage, l'auteur a démissionné de la cage, sans se retourner... l'écriture d'Anne Weber est un merveilleux instrument de liberté, et pas seulement quand elle décrit les oiseaux posés sur l'appui de la fenêtre, prêts à s'envoler. C'est même quand elle évoque le monde intérieur du bureau paysager, ses formes géométriques, ou la façon dont les employés sont découpés en lamelles par la lumière qui filtre des persiennes, comme des prisonniers, que cet écrivain trouve la meilleure manière de repousser les murs de toutes les prisons - par l'imaginaire.
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