Auteur : Philippe Besson
Date de saisie : 23/08/2004
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Julliard, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-260-01641-0
GENCOD : 9782260016410
En mai 1891, Arthur Rimbaud, surdoué scandaleux, revient en France après plus de dix ans d'exil en Afrique. Il ne lui reste que six mois à vivre. Contre toute attente, il choisit de les passer aux côtés d'Isabelle, sa soeur cadette, âgée de trente ans. Celle-ci va veiller sur lui, balançant entre l'effroi intime et la folle espérance.
Philippe Besson invente le journal de la jeune femme, confrontée à l'incompréhensible et à l'irréparable.
Rimbaud vu par Isabelle : accusée d'avoir faussé, après sa mort, l'image du poète, sa soeur n'était, comme leur mère, qu'une femme de sens commun et moyen; et c'est là une excellente invention de romancier que d'essayer de reconstituer la personnalité d'un être hors du commun par le biais d'un témoin dont les idées étroites se heurtent, épouvantées, à l'immensité du génie. Après son retour d'Afrique et l'amputation d'une jambe à Marseille, Rimbaud revint dans ses Ardennes natales, chez sa mère et sa soeur, malade, gangrené, saignant de son moignon purulent, à bout de forces ; pour trente jours exactement, du 23 juillet au 23 août 1891. Après quoi, repris par le démon de l'errance, il s'échappa à nouveau, pour échouer et mourir à Marseille. C'est ce séjour qui fait la matière du roman, chronique des derniers jours de Rimbaud, sous forme du Journal qu'aurait tenu Isabelle... On retrouve dans ce cinquième roman de Philippe Besson ce qui a toujours distingué son écriture : la simplicité, la clarté, l'absence de pose, de chichis, le don de communiquer une émotion, de faire battre le mystère des êtres et des choses, grâce à une syntaxe limpide et à un vocabulaire de tous les jours, qualités rafraîchissantes en ces temps de tarabiscotages expérimentaux. Nous tenons en lui un raconteur d'histoires, un tempérament généreux, un faiseur de songes, traits qu'il eût été inutile, il y a encore cinquante ans, de signaler chez un romancier, mais qui sont aujourd'hui à souligner comme une vertu des plus rares.
Ils sont nombreux, les écrivains qui ont tenté de comprendre les derniers jours de Rimbaud... Philippe Besson, lui, renoue avec une thématique qui lui a inspiré Son frère (Julliard, 2001), roman bouleversant adapté par Patrice Chéreau au cinéma. C'est à travers le filtre de ce livre et de ce film qu'il faut lire Les Jours fragiles. Les libertés que l'écrivain prend avec la personnalité d'Isabelle sont en effet trop nombreuses pour qu'on veuille voir dans ce roman une approche biographique de cette femme étrange... Le problème que devait rencontrer Philippe Besson était de faire coïncider sa propre conception de la compassion avec celle, imaginaire, de cette soeur choisie tardivement par le poète pour faire fructifier un lourd héritage... Les portraits psychologique ou littéraire que l'écrivain prête à Isabelle sont moins frappants que certaines images, certaines saynètes où affleurent mieux la sensibilité et l'originalité de Philippe Besson : notamment le chapitre où frère et soeur feuillettent un album de photographies et cette très belle page où le poète immobilisé sur un fauteuil voit venir à lui un adolescent inconnu. "Peut-être vient-il au spectacle, pour contempler le phénomène de foire ? Mais non. Il faut se rendre à l'évidence : le garçon, visiblement, ignore qui est notre malade. Son regard se pose sur lui comme une question."
On reconnaît un écrivain à la force de ses obsessions. Il en est ainsi de Philippe Besson, qui, de livre en livre, creuse ses interrogations sur l'écriture, la création, la solitude, le lien familial et le lien amoureux. Ici, c'est Rimbaud, dont il retrace les derniers jours à travers un journal qu'il attribue à Isabelle, la soeur du poète... Philippe Besson bouleverse par la simplicité de l'approche, par cette voix si pure qui interroge l'existence de Rimbaud. En filigrane, il trace le portrait de la mère austère, dissuasive, contre laquelle le fils a toujours buté. Fantôme évanescent, clé possible de toutes les errances du fils, la silhouette du père toujours parti et qui un jour n'est plus revenu. Et dans le silence qui unit et sépare les trois membres de cette famille, s'inscrit en lettres de feu et de glace la poésie de Rimbaud.
... Avec Les jours fragiles, le romancier Philippe Besson poursuit son oeuvre sensible, comme elle vibrait entre les pages de L'arrière-saison ou de Son frère. Prêtant voix à Isabelle Rimbaud pour dire l'agonie d'Arthur rentré d'Afrique, il cisèle les relations entre les êtres, sonde les abîmes d'incompréhension de la soeur face aux amours garçonnières d'Arthur, à son insatiable liberté, et à ses fulgurances. Les derniers jours du poète s'effritent donc entre les pages du journal intime d'Isabelle, qui suit, de loin, l'amputation de son frère à Marseille, avant que celui-ci ne la rejoigne sur sa terre natale, ne lui confesse son existence, n'expire à ses côtés. Et ce filet de vie qui s'épuise donne lieu à un intense récit, âpre et maîtrisé - l'une des promesses tenues de la rentrée littéraire...
... Philippe Besson, 37 ans,... est devenu un écrivain accompli, traduit dans 12 langues. Le cinquième, Les Jours fragiles - toujours chez Julliard, heureux éditeur - ne dépare pas dans ce parcours sans faute. L'auteur y cisèle avec subtilité un de ces délicats huis clos humains dont il semble avoir le secret. Inspirés du Arthur Rimbaud de Jean-Jacques Lefrère (Fayard, 2001), ces Jours fragiles sont les derniers que vécut le poète. Besson les raconte dans le journal inventé de sa soeur, Isabelle, seul membre chéri d'une famille rigide toujours fuie, à laquelle, pourtant, Arthur revint toujours... Mais c'est à celui, trop fugace, du poète que Besson rend le meilleur hommage. Avec une incroyable sensibilité, il sait en briser l'intimité à force de pudeur, de non-dits et de retenue. Et nous replonge, l'automne de sa mort, un 10 novembre, dans une délicieuse, parce que ultime, saison en enfer.
... Philippe Besson, 37 ans,... est devenu un écrivain accompli, traduit dans 12 langues. Le cinquième, Les Jours fragiles - toujours chez Julliard, heureux éditeur - ne dépare pas dans ce parcours sans faute. L'auteur y cisèle avec subtilité un de ces délicats huis clos humains dont il semble avoir le secret. Inspirés du Arthur Rimbaud de Jean-Jacques Lefrère (Fayard, 2001), ces Jours fragiles sont les derniers que vécut le poète. Besson les raconte dans le journal inventé de sa soeur, Isabelle, seul membre chéri d'une famille rigide toujours fuie, à laquelle, pourtant, Arthur revint toujours... Mais c'est à celui, trop fugace, du poète que Besson rend le meilleur hommage. Avec une incroyable sensibilité, il sait en briser l'intimité à force de pudeur, de non-dits et de retenue. Et nous replonge, l'automne de sa mort, un 10 novembre, dans une délicieuse, parce que ultime, saison en enfer. (Critique de Anne Berthod parue dans L'Express)
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