Auteur : Sylvie Allouche
Date de saisie : 10/02/2006
Genre : Arts
Editeur : Félin, Paris, France
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 978-2-86645-284-1
GENCOD : 9782866452841
Paris. Dans la cité, par centaines, ils sont venus reposer leurs ailes. Statues de pierre figées dans leur éternelle jeunesse, les anges sont à jamais gardien du lieu.
C'est à l'abri du tumulte de la ville, dans les jardins d'éternel repos, où toute vie semble s'être retirée que commence mon histoire d'anges...
Au cimetière du Père-Lachaise, je me souviens d'une douce lumière d'automne, des longues allées pavées jonchées de feuilles brunes. Du silence. De l'absence. Rien de particulier n'arrête mon regard. Mon appareil photo ne me quitte pas. Troisième oeil. Quelques clichés de-ci, de-là. Puis un autre jour, et un autre. Les photos s'amoncellent sur mon bureau, différentes. Enfin, je le croyais. Sur presque tous les clichés s'était faufilé un ange. Le sujet s'était imposé à moi.
Les jours qui suivirent furent alors une véritable chasse. Il fallait que je retrouve chacune de ces créatures ailées. Dix fois, vingt fois j'ai arpenté les allées ; aucun ange ne devait plus m'échapper. Obsession. Étrange pari... des anges. Non contente d'avoir lassé le Père-Lachaise et ses gardiens de mes allées et venues, j'emmenais mon regard dans tous les cimetières parisiens. Puis, pendant des mois, à la recherche des divins messagers, j'ai erré longtemps, patiemment, au rythme des saisons et des humeurs, j'ai arpenté les rues, lu les livres ouverts des façades des églises et des cathédrales, traversé les ponts, flâné dans les jardins. À la vue d'une aile, je tressaillais, tournais autour, m'accroupissais, me grandissais pour trouver l'angle, le cadre, la lumière qui révèle la beauté, la poésie, l'irréalité de ces statues de pierre que je voulais de chair.
Les saisons passèrent qui couvrirent les anges de pluie, de brume, de soleil. Mon oeil, au début pudique, se fit plus curieux, plus proche, plus profond. Il fallait que je sache, mais peut-on pressentir l'invisible ?
Le temps, la matière, le lieu se sont évanouis. Reste le regard qui perce la pierre.
Je n'entretiens aucun culte des anges. Seules leurs lignes pures, leurs brisures, leurs blessures ont attiré mon regard. Les textes qui accompagnent les images tentent de replacer la figure de l'ange, chargé d'un important symbolisme religieux, dans l'histoire, la poésie, la littérature, qui mêlent mort et beauté, humain et divin, lumière et ténèbres.
Sylvie Allouche
Les anges sont les sentinelles de Paris, invisibles promeneurs, ils peuplent les rues de la capitale. Ils vivent sous les étoiles, vigies plantées au hasard des rues, des jardins, des églises, des fontaines et des tombeaux. Ils veillent sur la Cité, sur le cortège de ses ombres timides et de ses lueurs vacillantes. Corps célestes issus de la matière, les anges sculptés planent par milliers au-dessus de nos têtes. Ils attendent de revivre sous la caresse d'un regard... Le temps sur eux a fait son oeuvre. Il a marqué les corps, et les visages blessés de siècles vieillissent aussi. Ces anges-là ont fini leur course céleste et "empreintent" à jamais la pierre, le marbre, le bois, le métal qui glace l'antique fragilité de leur corps. Seule la lumière habille les silhouettes, peint une à une les plumes, recrée les regards, et peu à peu s'échappe de leur bouche un souffle que l'on croyait à jamais perdu dans le clair éther, suspendu dans le pur azur. Journaliste, photographe, auteur de nombreux ouvrages, Sylvie Allouche nous invite à suivre dans Paris, pour une promenade insolite, les messagers de l'éternité.
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