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American vertigo

Couverture du livre American vertigo

Auteur : Bernard-Henri Lévy

Date de saisie : 21/08/2006

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 20.90 € / 137.10 F

ISBN : 978-2-246-68391-9

GENCOD : 9782246683919


  • La présentation de l'éditeur

Depuis la deuxième guerre d'Irak, et même bien avant, les Etats-Unis occupent, dans l'imaginaire mondial, une place symbolique qui dépasse largement les notions de puissance, de politique, de géographie. L'Amérique, en vérité, est devenue un concept, une «région de l'âme», une matrice de passions et de phobies dont le déploiement contradictoire n'en finit pas d'infuser nos propres débats. C'est, précisément, cette réalité diverse que Bernard-Henri Lévy a voulu cerner, observer, penser, dans ce livre où le reportage se mêle à la réflexion, et où le pittoresque emprunte à la philosophie de l'histoire.

A l'origine, ce livre est né d'une «commande» de l'influent magazine Atlantic Monthly : demander à un intellectuel français de visiter l'Amérique et de donner sens à ce pays-continent en refaisant le fameux voyage qu'Alexis Tocqueville avait entrepris au début du XIXe siècle, à partir duquel il avait écrit son désormais classique De la démocratie en Amérique. Pendant une année, B.-H. Lévy a ainsi sillonné les Etats-Unis. Plus de vingt mille kilomètrès d ést èh ouest et du nord au sud, la plupart du temps par la route : de Rikers Island à Chicago, des communautés islamiques de Detroit à une enclave Amish de l'Iowa, l'auteur interroge la nature du patriotisme américain, la coexistence de la liberté et de la religion, le système pénitentiaire, la «tyrannie de la majorité», le retour en force de l'idéologie...

B.-H.L. a rencontré les visages variés de l'Amérique : les illustres, les anonymes, ceux du désert ou des mégalopoles. De Sharon Stone à une veuve de mineur du Wisconsin, d'un milliardaire philanthrope à Norman Mailer, de Woody Allen à un «homeless» de Californie, de Hillary Clinton à un contestataire turbulent, de Barack Ohama, la star montante du parti démocrate, à la pensionnaire d'un bordel du Nevada, il écrit la comédie humaine de ce pays-continent. D'où la vitalité prodigieuse de ce reportage qu'on dévore, page après page, avec un enthousiasme qui ne se dément jamais. Un oeil de romancier, et une profondeur de penseur.

Les conclusions de ce voyage ? B.-H.L. les tire en chemin, et elles sont souvent contradictoires. A l'heure où la «démocratie en Amérique» est de plus en plus contestée, ce livre atteste, au contraire, de sa prodigieuse vitalité. A cet égard, l'épilogue substantiel de ce livre permet au «philosophe» de reprendre le pas sur le «journaliste» et le final de cet ouvrage conduit son lecteur au coeur des grands débats - des thèses de Fukuyama ou Huntington aux arrières-pensées des «néo-conservateurs» - dont la complexité, bien souvent, gouverne le destin du monde.


  • La présentation de l'éditeur

Où va l'Amérique ? Vers le destin impérialiste que lui prédisent ceux qui la haïssent ? Vers l'horizon démocratique qu'elle incarne aux yeux de ses amis ? Devant ce pays colossal et blessé, contradictoire et protéiforme, devant ce pays-concept dont les emblèmes, nobles ou infamants, tournent à n'en pas finir sur le manège médiatique mondial, chacun est pris de vertige. Pour explorer ce vertige, Bernard-Henri Lévy a parcouru plus de 20 000 km pendant presque une année. Du Nord au Sud. De l'Atlantique au Pacifique. De la prison de Rikers Island à la douce Savannah. D'une ville arabe près de Detroit aux communautés juives de Brooklyn. De La Nouvelle-Orléans avant et après Katrina aux déserts de l'Arizona. Des banlieues pauvres de Los Angeles à Guantanamo ou aux nouvelles grandes églises évangéliques. Là, dans ce chaos de perceptions, au fil de ce récit qui se lance sur les traces de Tocqueville mais où l'on croise très vite un vieux Sudiste blanc antiraciste et une fille de mineur du Wisconsin, un milliardaire philanthrope et Norman Mailer, Woody Allen, Hillary Clinton, Sharon Stone, un chef indien antisémite, une prostituée du Nevada, tant d'autres, c'est toute la comédie humaine d'un peuple en proie au doute et au messianisme qui se déploie sous nos yeux. Avec, au bout de l'enquête, une réflexion sur les modèles républicains comparés de la France et des Etats-Unis, la nature de leur patriotisme respectif, les formes inédites qu'y prennent les tyrannies de la majorité et des minorités, leur rapport à la religion, la politique, l'idéologie. American Vertigo ? Un livre-enquête mobile et chaleureux. Un reportage conceptuel et un "road book" sensuel, cérébral, drôle, véridique. La perspicacité du philosophe. L'oeil et le style du romancier.



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  • La revue de presse Sylvie Kauffmann - Le Monde du 10 mars 2006

... Lire ce dernier livre comme si c'était le premier d'un intellectuel français parti à la découverte de l'Amérique, tel Tocqueville il y a un peu plus de cent soixante-dix ans.

Et s'en tenir à cette ligne. American Vertigo est alors non pas une enquête, mais une quête, passionnée et insatisfaite, de l'identité américaine et des ressorts d'une nation qui n'a jamais cessé de nous fasciner. Que va chercher, au fond, à part la notoriété, l'auteur de La Barbarie à visage humain en Amérique ? Trois questions le taraudent, au moment du départ : l'anti-américanisme est-il justifié ? L'idée d'un Occident rassemblant l'Europe et l'Amérique du Nord conserve-t-elle un sens ? Où en est la démocratie ? Ou, formulées autrement : "l'Amérique serait-elle à un tournant de son histoire ? Qu'est-il arrivé au rêve fou ?" Questions importantes et légitimes.

Pour trouver la réponse, Bernard-Henri Lévy ne ménage pas sa peine. Voyageur de luxe, sans doute, mais voyageur quand même, il dévore 20 000 km en neuf mois, rencontre, observe, dîne (beaucoup), visite, lit, parle, questionne, écoute, s'étonne. Il y a, dans ce journal de bord, quelques moments forts...

Souvent, dans son récit, Bernard-Henri Lévy met le doigt sur de vraies questions, mais passe son chemin avant d'avoir trouvé la réponse. "C'est étrange, cette obsession du drapeau, observe-t-il. Peut-être le patriotisme américain est-il plus complexe, plus douloureux qu'il n'y paraît ?" On se contentera du point d'interrogation : l'étape suivante l'appelle. A Atlanta, il aperçoit la classe moyenne noire, mais ne va pas non plus à sa rencontre. C'est dommage. Au début de son voyage, l'auteur indique avoir "parcouru les premières pages" d'un livre que le sociologue Alan Wolfe lui a donné la veille à Boston. Ce livre, One Nation, After All, remarquable travail d'Alan Wolfe sur les classes moyennes américaines, peut-être BHL aurait-il dû le lire jusqu'au bout ?...

Bernard-Henri Lévy s'attarde longuement sur les néoconservateurs, stigmatisés par "l'épaisse ignorance de l'anti-américanisme européen", qui, finalement, le déçoivent, mais auxquels il rend grâce d'avoir remis des idées, voire de l'idéologie, dans le débat américain et d'avoir réinjecté la valeur démocratie dans la politique étrangère...

L'écrivain garde néanmoins confiance dans la prodigieuse capacité de l'Amérique à se réinventer...


  • La revue de presse Daniel Rondeau - L'Express du 2 mars 2006

Alexis de Tocqueville et son compagnon Gustave de Beaumont ont débarqué à Newport, en mai 1831, pour parcourir la seule grande république de leur temps. Un siècle et demi plus tard, Bernard-Henri Lévy a mis ses pas dans leurs pas pour un voyage de 20 000 kilomètres à travers les Etats-Unis. Le but du périple de Tocqueville, rapporte son biographe André Jardin, était «l'observation directe d'une société de type nouveau et des forces qui la liaient ou la faisaient mouvoir».

Le propos de Lévy est plus modeste, même s'il est parti avec une valise pleine de grandes questions éternelles. Il se débarrasse d'ailleurs de Tocqueville d'une façon aussi désinvolte que sincère dès ses premières pages, les plus brillantes de son American Vertigo. Disons que Lévy est allé voir ce qui se passait de l'autre côté de l'Atlantique. Il a tenté d'exprimer ce qu'il avait compris de ce pays et de son temps... C'est la route qui fait le livre, lance Lévy à l'orée de son vertige américain. C'est vrai. Il oublie que la lecture est un voyage à rebours et que, dans ce voyage, ce sont les mots qui font le chemin.


  • La revue de presse Marianne Wiggins - Los Angeles Times, traduit dans le n°796 de Courrier International

«Kevin Starr, incontestablement le meilleur guide de notre pays, lui fait visiter les monuments d'Olvera Street, "des endroits sans vie", écrit M. Lévy. "C'est un quartier figé dans le temps."
C'est peut-être vrai. Mais s'attendait-il vraiment à en savoir plus sur Los Angeles, sur ses peines, ses joies et ses délices en visitant ce piège à touristes ? Il a beau vouer une admiration sans bornes à notre pays et écrire avec enthousiasme sur l'Amérique, ses choix concernant les lieux à visiter et les personnes à rencontrer manquent cruellement de discernement. Après avoir fui Olvera Street, il court interviewer Cynthia Stamper Graff, la directrice de la clinique Lindora, spécialisée dans les problèmes de poids, qui est, selon lui, "l'un des établissements de pointe dans ce combat sanglant contre l'obésité". Cette visite éclair inspire à M. Lévy une conclusion très profonde : les Américains ne sont pas plus obèses que les Européens, mais l'industrie des régimes est trop lucrative pour les laisser nager tranquillement dans leur graisse. Pourquoi cette méditation sur la minceur coïncide-t-elle avec sa visite à Los Angeles ? Peut-être parce qu'il achève sa visite en discutant politique avec Sharon Stone. La ville de Cleveland a droit à une page dans l'ouvrage du philosophe, BHL en gratifie Sharon Stone de trois.
La méthode de travail de Bernard-Henri Lévy consiste à faire jouer à des célébrités le rôle d'oracle local. Jim Harrison pour le Montana, Charlie Rose pour la Caroline du Nord, Sharon Stone pour Los Angeles. Parsemer un article de noms de célébrités rend sa lecture plus aisée et plus agréable, le problème, c'est qu' «AmericanVertigo» aurait pu s'appeler "Célébrités en Amérique" ou "Dans l'intimité des stars".
Après les articles publiés dans The Atlantic Monthly, on a droit, dans cette nouvelle édition, à une postface fastidieuse où Bernard-Henri Lévy essaie de sauver sa réputation de penseur, mais n'allez pas croire que cette époque cruciale où la majorité blanche - et son pouvoir pour imposer son diktat - est en train de se réduire de façon draconienne lui inspire la moindre conclusion originale. Peu lui importe qu'en Amérique, comme dans les banlieues françaises, majoritairement arabes et musulmanes, la majorité blanche doive affronter de nouvelles réalités celles d'une population de couleur en plein essor et déterminée à réclamer sa part du gâteau. Le livre de M. Lévy aurait pourtant pu être l'occasion d'aborder ce sujet et d'y apporter un éclairage nouveau. Vive Monsieur de Tocqueville !...»



  • Les premières lignes

«Lorsque l'Atlantic Monthly est venu me proposer l'idée de ce nouveau voyage en Amérique, lorsque ce vénérable magazine m'a offert de remettre mes pas, 173 ans après, dans ceux de mon compatriote, j'en savais moins, sur lui, que les Américains moyennement cultivés et habitués, depuis un siècle, à voir dans De la démocratie en Amérique, non seulement un monument, non seulement un manuel ou un bréviaire, mais une sorte de miroir où, comme dans les westerns, comme dans Naissance d'une nation de Griffith, comme à Rushmore, ils contemplent l'image anticipée de leurs vertus, de leurs vices, des heureuses ou fâcheuses tentations qui les guettent, de leur naissance providentielle, de leur destin.

Et ceci aussi pour avertir que, même si je me suis évidemment, et aussitôt, plongé dans ses textes, même si j'ai pris le temps, avant de me mettre en route, de refaire par la pensée l'itinéraire de cet aîné, même si ma passion neuve, ma volonté de rattraper le temps perdu ainsi que mon désir de voir ce grand esprit à l'oeuvre, m'ont conduit à reprendre, outre le livre, ses notes, ses correspondances, les relations de ses voyages en Algérie, en Angleterre, en Suisse ainsi que les écrits de son compagnon d'équipée Gustave de Beaumont, il ne faut pas s'attendre à voir ce livre honorer le bel et ambitieux programme proposé par l'Atlantic - ceci pour prévenir que les temps ont trop changé, que le périmètre du pays est devenu trop différent de ce qu'il était à l'époque où l'Amérique s'arrêtait aux rives du Mississippi et que je suis moi-même, encore une fois, un tocquevillien trop récent pour que le récit que je tire de l'aventure, le journal de voyage tenu au jour le jour et dont on trouvera ici la substance, puissent être lus comme la réplique, le prolongement, voire la reprise, auxquels devaient songer les initiateurs de ce périple.

Tout au plus ai-je repris, lorsque ce fut possible, certaines des étapes et des figures imposées du modèle : je pense - c'est un exemple - à cette enquête sur les prisons qui était le prétexte officiel du voyage de Tocqueville et Beaumont et que je me suis, celle-là, employé à réactualiser. Beaucoup de prisons dans ce texte. Cinq, exactement. Et une sixième, Guantanamo, dont on verra qu'elle n'est pas sans lien avec les autres et que ses traits les plus révoltants s'expliquent par le régime général de détention que j'ai pu observer ailleurs et qui en dit long, hélas, sur l'Amérique contemporaine. Alors, je sais que l'idée d'interroger un système pénitentiaire et d'attendre qu'il vous réponde sur la nature de la société où il s'inscrit, le réflexe qui consiste, pour en savoir plus sur les ressorts secrets d'un monde, à scruter, non seulement ce qu'il cache, mais la façon dont il le cache et, une fois qu'il l'a caché, l'exclut, je sais que tout cela relève d'une vision des choses moderne et, en l'occurrence, foucaldienne et nietzschéenne qui n'avait nul besoin de Tocqueville pour être mise en oeuvre. Mais enfin... Je crois, tout de même, que ceci est lié à cela. Je ne pense pas que je me serais attardé dans les quartiers haute sécurité de la prison de New York, dans les ruines d'Alcatraz ou les couloirs de la mort du Nevada et de Louisiane, si je n'avais eu en tête, aussi, le précédent tocquevillien; je ne pense pas que j'aurais passé ce temps à explorer, depuis le pénitencier d'inspiration quaker de Pennsylvanie jusqu'aux camps de Guantanamo Bay, l'envers du décor américain sans cette contrainte, finalement assez formelle, mais qui, comme toutes les contraintes formelles, aura été un bon opérateur de vérité et de sens.

Tout au plus me suis-je armé, chaque fois que je l'ai pu, de certaines de ses intuitions, si extraordinairement prémonitoires, et dont je n'ai cessé, livre en main, de vérifier avec quel talent la réalité américaine s'ingénie à les valider. Le triomphe qui, à son époque, n'était pas joué de l'égalité sur la liberté...»


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