Auteur : Camille Laurens
Illustrateur : figures de Rémi Vinet
Date de saisie : 23/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : L. Scheer, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-915280-44-9
GENCOD : 9782915280449
LA PRESENTATION DE L'EDITEUR : Cet absent-là est celui qui hante l'oeuvre de Camille Laurens depuis toujours sous les traits de Philippe, l'enfant dramatiquement perdu, de tout être aimé qui échappe un jour ou l'autre, voire de l'amour même... Un roman poignant et lumineux. L'apogée d'une oeuvre au style touchant et sensuel. Par le biais d'une écriture directe et élégante, alliant simplicité et fluidité du style, Camille Laurens raconte l'absence qui hante la vie de chacun en narrant la sienne. L'absence de l'être aimé, l'absence de l'enfant. Malgré ces deuils poignants l'écriture de Camille Laurens reste d'une sensualité lumineuse, confiante en ce labyrinthe inattendu qu'est l'existence. De nouvelles rencontres animent la vie de la narratrice. D'un amour l'autre, peu à peu, le regard s'attache à d'autres traits, désire encore, aime ce désir... et la vie continue, comme l'amour... Les photographies de Rémi Vinet ponctuent le récit d'une esthétique sobre et généreuse.
(Agrégée de Lettres, Camille Laurens a enseigné en Normandie puis au Maroc, où elle a passé douze ans. Elle vit maintenant à Paris. Son roman d'inspiration autobiographique, Dans ces bras-là a reçu le Prix Femina et le Prix Renaudot Lycéen en 200. Parmi ses nombreuses publications, on peut noter (aux éditions POL) : L'amour, roman (2003) ; Le Grain des mots (2003) ; Quelques-uns (1999) ; L'Avenir (1998)...)
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... Le nouveau livre de Camille Laurens déambule dans les souvenirs comme dans une salle des pas perdus. Le temps d'une nouvelle histoire d'amour qui se défait, le texte accompagne des «figures» de Rémi Vinet. Des images en noir et blanc de têtes anonymes, au grain incertain. L'artiste isole des personnages, projette sur un écran leur empreinte photographique et la saisit à nouveau. Et fait naître des visages, aux expressions intenses mais hermétiques, qui semblent s'adresser à d'autres, à ceux qui les aiment ou les ont aimés, à ceux qui les reconnaissent... L'écriture suit les à-coups de la pensée, revient en arrière, assassine. Camille Laurens dépiaute son amour fini. Mais, sous chaque vacherie, il y a toutes les choses douces, dites et disparues, qui affleurent. C'est une déclaration d'amour à l'envers, le négatif d'une photo qui ne sera plus jamais développée.
Les mots de Camille Laurens et les «figures» de Rémi Vinet jouent sur la même gamme du dévoilement et de l'apparition. Mais chez l'une, l'écrivain, comme chez l'autre, le photographe, l'enjeu de la quête n'est pas l'image fixe, le récit cadré. Ce que tous deux cherchent à exprimer, c'est le mouvement insaisissable, l'incertitude des êtres qui apparaissent et disparaissent selon que l'oeil ou l'objectif les ignorent ou les font exister. Devenir corps, forme, visage sous la lumière d'un regard désirant est au commencement du livre de Camille Laurens. Une femme, la narratrice, se trouve dans une boîte de nuit. Elle est invisible parmi l'agitation des danseurs et le vacarme de la musique. Et soudain, elle perçoit un regard. Elle ne le voit pas, elle le sent. Et ce regard la redessine, la remodèle. Elle n'est plus un corps perdu parmi tant d'autres, elle devient femme visible, apparition charnelle et désirante. Partant de cette expérience à la frontière du mysticisme et de l'érotisme, Camille Laurens mène une réflexion sur les images, les visages, les fantômes qui ont traversé sa vie. Les Figures, portraits énigmatiques de Rémi Vinet, ne viennent pas illustrer les mots de l'écrivain. Elles parlent leur propre langue, déroulent leur logique en marge d'un récit qui est à la fois autobiographie et réflexion philosophique... L'écriture de Camille Laurens cerne ces histoires d'une vie - divorce, nouvel amour, séparation, deuil d'enfant... -, qu'elle fait passer de l'intime à la littérature, les délestant de leurs douleurs précises, de leur impudeur par l'élégance de son style. Les photos, elles aussi, transfigurent le sujet pour n'en garder qu'une vision mouvante et émouvante...
Par quel miracle apparaît-on dans le champ de vision d'un inconnu, jusqu'à progressivement l'envahir, et par quelle malédiction disparaît-on de son horizon affectif ? Quel précipité chimique fixe notre image dans la rétine de cet être qui vivait loin de nous, et quel révulsif lui fera, tout aussi sûrement, détourner un jour le regard ? La passion, suggère Camille Laurens, agit comme la photographie : elle donne une consistance au vide qui nous habite, celle de l'être qui nous occupe... Pourquoi cette ascension est-elle si souvent éphémère ? Et par quelle fatalité la chute qui la conclut a-t-elle un tel goût de mort ? A leur dernier rendez-vous amoureux, le regard de celui que Camille Laurens aimait la traversa sans même s'arrêter ; elle était redevenue transparente, presque gênante ; l'oeil qui l'avait chargée de vie la lui retirait sans phrase. La photo remplace à nos yeux ceux qui sont partis ; mais pour ceux qui s'en vont, c'est notre image qu'il faut déchirer...
C'est le premier soir, il y a beaucoup de monde, on danse, on parle, on boit. Je suis là depuis une heure, je danse, je bois, je parle. Et soudain m'arrive une chose extraordinaire, imprévisible, imprévue : j'apparais. J'en ai conscience dans l'instant, on dirait un éclair de flash, dont la surprise me serre la gorge comme on cligne des paupières, je le sais aussitôt, c'est fulgurant : on me voit ; quelqu'un est en train de me voir.» (Camille Laurens)
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