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Au dieu des bagatelles

Couverture du livre Au dieu des bagatelles

Auteur : Botho Strauss

Traducteur : Claire de Oliveira

Date de saisie : 15/02/2006

Genre : Essais littéraires

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-267-01805-9

GENCOD : 9782267018059


  • La présentation de l'éditeur

Prince des bagatelles, Botho Strauss nous livre une collection privée qui recèle les détails les plus infimes, ces petits riens si essentiels, le coeur de notre existence étant à sa périphérie. Le plus anachronique des auteurs d'avant-garde n'a pas son pareil pour conjurer la mort tout en titillant le nerf de l'époque. Il est assisté par une multitude de narrateurs à la parole chaotique dont les récits éclatés révèlent l'illusion de la narration et «le tumulte définitif des choses». On y apprend l'usage des instruments chers au voyageur visionnaire, la lunette particularisante ou l'hypnoscope permettant d'observer la bagatelle au singulier. Et l'on découvre que l'échec de l'amour, religion de sentiments, ne fait pas perdre la foi.





  • La revue de presse Mathieu Lindon - Libération du 2 février 2006

Malaise dans la communication : tel pourrait être le titre de chaque oeuvre de Botho Strauss. Et le thème est exprimé concrètement par un personnage d'«Au dieu des bagatelles», texte du recueil homonyme : «Parfois, quand je veux ouvrir la bouche, j'ai l'impression qu'une peau se développe entre mes lèvres, une sorte de peau épaisse et vibrante, couleur de mucus, un véritable hymen oral ou une membrane vibratile qui, lorsque je veux émettre une idée déjà conçue en mon for intérieur avec une très grande clarté, empêche et dénature toute communication aboutie, la réduisant à l'émission d'un bruit sourd, d'un nasillement ou d'un raclement. Vous connaissez cette sensation ?»

Botho Strauss a toujours voulu allier modernité et tradition... Au dieu des bagatelles est composé de quatre textes, dont l'un, «Garde-la-trace», se présente comme un dialogue entre Enid et Geraint, deux personnages des Mabinogion, textes médiévaux gallois à l'origine de la tradition littéraire européenne. C'est l'occasion pour Botho Strauss d'aborder les thèmes universels qui forment son oeuvre. «Comment m'éloigner de toi ? C'est que mon corps est toute la terre», dit Enid, alors qu'en vérité l'inaccessible rapprochement entre homme et femme est au coeur du travail de Botho Strauss...



  • Les premières lignes

«La femme était assise sur la berge, tournant le dos à la voie express. À la lueur fugace des phares, on la vit durant une fraction de seconde rabaisser un peu son étole sur les épaules, la lisser, dresser sa nuque blanche, à croire qu'elle voulait une nouvelle fois prendre la décision déjà mise à exécution, ou que cette décision subite lui parcourait le dos d'un nouveau frisson ; or elle avait d'ores et déjà créé un fait accompli, elle était débarrassée une fois pour toutes de cette histoire, sortie de voiture, changement de cap, seule au bord de la voie express, prête à refaire la même chose

le geste de rabaisser vaguement l'étole, dont l'ourlet entoura le haut des bras et découvrit une nuque d'une blancheur lunaire, accrocha le regard du conducteur qui l'aperçut dehors en la dépassant, mais aussi celui de la passagère assise à côté de ce mauvais coucheur; il conduisait, les yeux rivés dans le sens de la marche, lui faisait des remontrances minables tout en tapant sur le volant avec l'annulaire et le dessous du pouce, criait après elle tandis qu'elle, regardant par la vitre, avait du mal à croire que là, sur la berge, se trouvait une femme qui aurait pu être elle-même, revenant de l'opéra ou d'une soirée de fête, une femme qui lui inspira d'emblée de la sympathie car elle avait sans nul doute pris la bonne décision, elle avait simplement crié au bon moment : «Arrête. Boucle-la. Laisse-moi descendre.»

Cette femme-là, en pleine nuit au-dessus du fleuve lent, y était parvenue, s'était fait violence...»


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