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Ariel Sharon et ses batailles politiques

Couverture du livre Ariel Sharon et ses batailles politiques

Auteur : Robert Assaraf

Date de saisie : 20/04/2006

Genre : Politique

Editeur : J.-C. Gawsewitch éditeur, Paris, France

Prix : 26.00 € / 170.55 F

ISBN : 978-2-35013-064-4

GENCOD : 9782350130644


  • La présentation de l'éditeur

Jusqu'à fin 2003, Ariel Sharon passait pour l'un des faucons de la vie politique israélienne et pour le symbole de l'idéologie du Grand Israël. Beaucoup voyaient en lui le seul responsable du déclenchement de la seconde Intifada, du fait de sa visite controversée sur l'esplanade des Mosquées en septembre 2001. Encore étaient-ce là ses péchés les moins graves. Ils ne faisaient pas oublier la tache indélébile attachée à son nom sa responsabilité morale dans les massacres de Sabra et Chatila en septembre 1982.

En 2004, l'annonce qu'il fait du retrait unilatéral israélien de Gaza et de l'évacuation de toutes les implantations juives montre que l'homme, devenu Premier ministre en 2001, a radicalement modifié ses positions. Son ralliement à l'idée de la création d'un État palestinien indépendant, à côté d'Israël, et à la nécessité d'autres retraits territoriaux en Cisjordanie le range désormais dans le camp des colombes. La révolution sharonienne est telle qu'il rompt, en novembre 2005, avec son parti, le Likoud, pour former un parti centriste, Kadima.

A l'apogée de sa popularité, Ariel Sharon fut frappé d'une première attaque cérébrale, le 18 décembre 2005, puis d'une seconde attaque, le 4 janvier 2006, d'une extrême gravité, qui contraignit les médecins à le plonger dans un coma profond, dont l'issue ne fait guère de doute.

Ariel Sharon est-il un «caméléon», un «traître» ou, plus prosaïquement, un militaire et un politique, peu féru de théorie, dont les évolutions sinueuses obéissaient à un sens aigu de l'adaptation aux nouvelles réalités ? De simple politicien s'était-il élevé au rang d'homme d'État ? Cette dernière hypothèse est celle défendue par Robert Assaraf, au terme d'une analyse détaillée de l'histoire politico-diplomatico-militaire d'Israël et de la carrière d'Ariel Sharon.


Né en 1936, ancien vice-président de Marianne et président de Radio Shalom, Robert Assaraf a consacré à la vie politique israélienne différents ouvrages, dont Une crise et des hommes (1999) et le Drame d'Israël : de la paix à la guerre (2001). Il est aussi l'auteur d'Une certaine histoire des juifs du Maroc (Jean-Claude Gawsewitch Éditeur).



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  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Frappé le 18 décembre 2005 par une première hémorragie cérébrale qu'on a pensée bénigne, Ariel Sharon a été la victime, le mercredi 4 janvier 2006, alors qu'il devait subir le lendemain une opération, d'une nouvelle attaque beaucoup plus grave, qui a nécessité plusieurs interventions chirurgicales très lourdes et a contraint le gouvernement israélien à le remplacer, conformément à la loi, par son vice-Premier ministre, Ehoud Olmert, qui mènera la campagne pour les élections législatives du 28 mars 2006 à sa place. Avec l'énergie qu'on lui connaissait, Ariel Sharon a mené contre la mort un combat acharné : «L'ultime combat», titrait Yediot Aharonot de manière un peu prématurée dès le 5 janvier.

L'émotion manifestée par la société israélienne quasi unanime et par l'opinion publique internationale ainsi que les éloges flatteurs sur l'ancien chef du gouvernement émis par tous les dirigeants de la planète, à l'exception du président iranien et de quelques autres, ont mis en évidence l'extraordinaire crédit dont bénéficiait depuis plusieurs mois, après avoir été la cible d'attaques virulentes, Ariel Sharon. Un crédit qu'il devait à son revirement d'attitude, à ses spectaculaires initiatives et à ses déclarations : retrait unilatéral de Gaza avec évacuation totale des colonies, reconnaissance du droit des Palestiniens à avoir un état souverain et indépendant aux côtés d'Israël, départ du Likoud, création d'un nouveau parti, Kadima, donné grand vainqueur des futures élections et promesse d'une reprise du processus de paix, selon la formule dite de la «feuille de route».

Avant même que la maladie ne le terrasse, nombreux étaient ceux qui s'interrogeaient : «Ariel Sharon serait-il le de Gaulle israélien ?» En apparence pertinente, la question ne l'était pas, en fait. Le conflit israélo-arabe a peu à voir avec la guerre d'Algérie et avec les problèmes posés par la décolonisation. Le système politique israélien, en dépit de ses multiples défauts, est loin de connaître la paralysie qui frappa les institutions de la Ive République. On pourrait multiplier à l'infini les raisons qui rendaient, et rendent encore, aléatoire pareille comparaison. Mieux vaut s'en tenir au sage jugement du principal intéressé, le chef de la France libre, qui, dans ses Mémoires, recommandait aux lecteurs de ne pas faire comme lui, c'est-à-dire «s'envoler vers l'Orient compliqué avec des idées simples». C'est une région du monde où la complexité est de mise et où il faut bien se garder de la froide logique qu'on peut appliquer à d'autres aires géopolitiques.

Reste qu'il était, qu'il est tentant et possible, en prenant beaucoup de précautions, d'esquisser un parallèle entre les deux hommes. Ils ont en commun de s'être, chacun à sa manière, considérablement écartés des forces et de l'idéologie qui les portèrent au pouvoir et dans laquelle, quoi qu'ils aient dit, ils avaient sincèrement cru. Ils y avaient cru jusqu'au moment où la dure réalité des faits les contraignit, en bons militaires qu'ils étaient, à «changer leur fusil d'épaule», voire à troquer celui-ci pour un rameau d'olivier, et à mettre en oeuvre la politique qui leur semblait être le plus à même de garantir l'avenir et le développement harmonieux de leur pays.

Revenu aux «affaires» après une longue traversée du désert, de Gaulle fut accueilli par les pieds-noirs comme le sauveur potentiel de l'Algérie française, et son célèbre «Je vous ai compris» du 5 juin 1958 suscita beaucoup d'illusions. Le fondateur de la Ve République ne tarda pas à réaliser que le «boulet algérien» empêchait la France de moderniser son état, son économie et sa société. Il en tira les conséquences, affirmant que la nostalgie impériale ne se différenciait pas sensiblement du regret qu'éprouvaient certains de la disparition, disait-il, «de la marine à voile et de la lampe à huile».

De même, Ariel Sharon, longtemps considéré comme le plus chaud partisan du Grand Israël, à défaut d'en être l'idéologue, et du refus de voir s'ériger sur Eretz Israël deux états, l'un juif, l'autre arabe, a fini par s'y résoudre. Il accepte désormais cette partition de facto de l'héritage biblique, et la création d'un état palestinien géré par l'Autorité palestinienne, issue de l'OLP, à laquelle il porta jadis des coups furieux qui se voulaient mortels. Un revirement si total qu'après son discours devant l'Assemblée générale de l'ONU, le 15 septembre 2005, dans lequel il affirma le droit des Palestiniens à posséder «une entité nationale souveraine», un éditorialiste du Maariv put écrire

«L'homme qui, durant ces quatre dernières décennies, a intimidé, menacé, torpillé, empêché, montré du doigt et tonné de sa voix sèche, a remis les pendules à l'heure et s'est lui-même remis en question.»


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