Auteur : Yasushi Inoué
Traducteur : Marie-Noelle Shinkai-Ouvray
Date de saisie : 28/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : P. Picquier, Arles, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-87730-850-2
GENCOD : 9782877308502
Dans le Japon du XVIe siècle, les seigneurs se disputent âprement leurs territoires : de bataille en bataille, c'est toujours un nouvel opposant plus dangereux qui se profile à l'horizon, dans un climat de violence où la force, la ruse et le courage ouvrent seuls les chemins du pouvoir. De cette période de chaos se détache une figure tout aussi prodigieuse, Yamamoto Kansuke, décrit comme nain, borgne, boiteux, de teint noir et marqué de petite vérole, devenu un chef mémorable, le stratège génial et secret du seigneur du clan des Takeda. Porteur d'un rêve immense, celui de l'unité du Japon, fidèle à son maître et à sa concubine Yubu, qu'il idolâtre pour sa beauté et son caractère indomptable, il mourra sans avoir vu se réaliser la vision qui soutient son existence.
De ce personnage historique célèbre entouré d'un halo de mystère, Inoué a tiré une chronique bruissante de batailles et d'épisodes héroïques, peinture effrénée d'une époque féconde en héros et qui parle puissamment à l'imaginaire, où l'absolue nécessité de vaincre pour survivre transforme un être disgracié en guerrier de légende.
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Extrait de la préface de Marie-Noëlle Shinkai-Ouvray :
Fû, rin, ka, zan. Ces quatre idéogrammes, respectivement ceux du vent, de la forêt, du feu et de la montagne, qui donnent son titre original à ce roman, renvoient en raccourci à un passage du plus vieux traité de stratégie connu, L'Art de la guerre, rédigé dans la Chine du IV siècle avant notre ère et tôt introduit au Japon. Son auteur, Sun Tse, y prône, entre autres vertus primordiales d'une armée, ses facultés à se montrer «rapide comme le vent, majestueuse comme la forêt, dévorante comme le feu, impassible comme la montagne». Ce fragment jouit dans l'histoire japonaise d'un renom supplémentaire pour avoir orné l'étendard familial du clan des Takeda, issu de Minamoto, dont le fameux lignage de guerriers aura été parmi les premiers à épauler sa fortune aux armes de la connaissance et de l'application des classiques chinois sur l'art militaire.
La figure de son plus illustre représentant, Takeda Harunobu Shingen (1521-1573), compte parmi celles des généraux les plus populaires de l'époque Sengoku, soit des Guerres des Provinces, longue d'un siècle environ et qui, par une pure coïncidence, s'achève pour la plupart des chronologies et manuels d'histoire du Japon l'année même de la mort du Tigre de Kai, Takeda. Jusque-là, dans un pays morcelé en vastes domaines qui peuvent couvrir plusieurs provinces et miné par une guerre endémique, Shingen n'aura eu de cesse d'étendre son territoire à l'exemple de ses puis- sants voisins, Hôjô ou Imagawa, qui partagent la même cupidité...
L'érudition et la minutie des recherches qui caractérisent les romans historiques les plus estimés d'Inoué ont beau à l'évidence étayer Fûrinkazan à leur égal, la force de l'Histoire dans laquelle se meut Kansuke tient sans doute à ce qu'elle tourne résolument le dos à l'infime détail matériel de la description, aux propos fameux, aux anecdotes épiques ou pittoresques - pourtant relatés en nombre incalculable sur tel ou tel de ses protagonistes -, qui l'animent si souvent dans notre imagination et lui confèrent un faux-semblant de proximité. Tout à l'inverse, elle se confond sobrement avec l'implacabilité et la nudité des rouages qui la meuvent. Tué ou être tué. Nulle trêve, nul compromis quand l'ennemi ne peut être ignoré ou tenu en respect. De bataille en bataille, c'est toujours un nouvel opposant plus dangereux que le précédent qui se profile à l'horizon du territoire gagné qu'aucune dimension ne saurait mettre à l'abri d'un anéantissement éventuel. Même soumis, l'adversaire reste un danger potentiel : une habile politique de mariages, qui vaut pour prise d'otage peut le neutraliser un temps mais l'occire demeure le seul règlement définitif.
Meneur d'hommes avisé et équitable, politique et administrateur magistralement doué, Shingen, rassemble autour de lui plus de généraux dévoués et compétents qu'aucun seigneur de ses pairs et c'est en se reposant sur eux qu'il va s'affirmant de plus en plus comme chef de légende. Cependant, c'est seul qu'il livre bataille et s'il arbore les emblèmes, casque et étendard, du dieu qu'il honore, la faveur divine n'est guère plus que ce qu'il en fait : son ennemi juré peut fort bien en tirer parti lui aussi. Sa concubine et son otage à la fois, Dame Yubu mène un combat intime et singulier contre Shingen qu'elle aime. Kansuke, qui idolâtre celle-ci, a voué sa vie au couple et à leur enfant mais sait ne pouvoir se fier aveuglément à aucun d'entre eux ni révéler à Shingen l'ultime ambition de sa vie. Ce qui les unit et les sépare, la tension même de leur existence, les laissent tous trois libres et seuls devant le défi ardu et dérisoire dont ils se sont fait un devoir par-delà le renoncement et que leur temps décompose en hasard : vivre, quel qu'en soit le tourment.
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