Auteur : Paula Fox
Traducteur : Marie-Hélène Dumas
Date de saisie : 18/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : J. Losfeld, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-07-078930-6
GENCOD : 9782070789306
En 1941, Helen Bynum quitte pour la première fois le domicile familial et gagne le Quartier français de La Nouvelle-Orléans, où elle rejoint sa tante, une actrice aux charmes abîmés par l'alcool et une vie dissolue. Elle y découvre la vie dans ce qu'elle a de passionné et d'aventureux. Confrontée à des réalités et dilemmes jusqu'alors insoupçonnés, elle connaît en compagnie de ses amis, des intellectuels bohèmes, le désir et l'amour, l'amitié et ses déboires. Son univers se mêle au mystère étouffant d'une ville dont la sensualité est ici magnifiée.
La vie est un roman. Mais de qui ? La vie de Paula Fox n'est pas un roman de Paula Fox. Paula Fox écrit des romans modernes, où l'inconscient des personnages se joue d'eux. Prenons le Dieu des cauchemars, l'un des deux titres par quoi Joëlle Losfeld entame la publication en France de tous les livres (pour adultes) de l'Américaine. Le Dieu des cauchemars, paru en 1990, est l'histoire d'une jeune fille qui échappe à sa mère en tombant amoureuse, à La Nouvelle-Orléans, d'un groupe de gens pleins de tact, de générosité et de talent. La mère est une femme insupportable, dont la devise, faire contre mauvaise fortune bon coeur, est vécue par la fille comme un «optimisme inopportun». Quand la jeune héroïne pense à sa propre existence, c'est plutôt «eau et biscuits de mer», tais-toi et nage. Puis elle devient une adulte apaisée, encline à croire que tout finit par s'arranger. Un quart de siècle plus tard, sans qu'elle ni le lecteur ne se soient aperçus de rien, ça lui revient dans la figure comme un fantôme ligoté à un boomerang... L'auteur du Dieu des cauchemars, ce dieu qu'on prie pour cauchemarder en dormant plutôt qu'en plein jour, est une enfant perdue tout le temps retrouvée. Ce n'est pas seulement sa vie. Sa carrière d'écrivain, c'est pareil... Personnages désespérés, à présent retraduit avec une préface de Franzen, se réfère à une citation de Thoreau, «celle qui parlait du désespoir tranquille de la plupart des existences humaines». Le roman se passe à Brooklyn dans les années 60. Les hippies rêvassent dans un coin, la société est en pleine déréliction, les privilèges vacillent. La violence atteint de tous les côtés le monde feutré d'Otto et Sophie Bentwood, couple de bourgeois cultivés. Leur demeure, îlot d'ordre et de sophistication, est cernée par la misère et la saleté. Un chat affamé mord la main de Sophie qui le nourrit. La douleur va agir comme un philtre d'angoisse, cependant que le souvenir d'un amour illicite se faufile. La conscience du personnage principal : un attentisme limite dépressif. La vie conjugale : un fragile esquif insubmersible, secoué par les vents contraires de la constance et de la haine...
Un petit jeu : quel est le plus grand romancier américain du dernier demi-siècle ? Philip Roth, très en vogue depuis quelques années ? Saul Bellow, qui semble avoir acquis le statut immuable et distant des classiques ? John Updike, dont l'oeuvre, pour ne plus rencontrer en France le succès qui fut le sien, est toujours l'objet d'un véritable culte aux États-Unis ?
Non. Jonathan Franzen, le romancier branché des Corrections, nous affirme qu'il s'agit de Paula Fox. «La première fois que j'ai lu Personnages désespérés, en 1991, je suis tombé amoureux de ce livre. Il m'a semblé de toute évidence bien meilleur que n'importe quelle oeuvre des contemporains de Paula Fox, John Updike, Philip Roth ou Saul Bellow. (...) Ce roman se détache loin au-dessus de toute oeuvre de fiction réaliste écrite depuis la Seconde Guerre mondiale.»... A la première page, un chat errant mord Sophie, la quarantaine, épouse d'un avocat new-yorkais, Otto Bentwood. Otto et Sophie n'ont pas d'enfants. Ce sont des gens cultivés. Ils habitent dans une jolie maison d'un Brooklyn qui commence à être rénové par la bourgeoisie aisée. Si le roman, au lieu de se passer en 1968, se déroulait vingt ans plus tard, on aurait qualifié les Bentwood de «yuppies»... Paula Fox parvient à donner simultanément un instantané du crépuscule d'un monde, et le portrait d'une femme en plein désarroi... le roman de Paula Fox, sans véritablement atteindre les sommets annoncés, attire l'attention sur une oeuvre qui mérite une place en pleine lumière. Merci à Joëlle Losfeld.
Des années entières de silence. La rumeur qui se tait, des livres qui disparaissent peu à peu des vitrines, un nom qui ne dit plus grand-chose à personne : l'oubli, ou quelque chose de très approchant. Et puis un jour, sur le tard, une rencontre inattendue et, brusquement, l'espoir d'une résurrection, alors même qu'on s'était résignée au caractère éphémère du succès. Voilà le tour bizarre qu'a joué la vie à Paula Fox, merveilleuse romancière de 81 ans, reléguée au fin fond des bibliothèques pendant plus de vingt ans... Comme l'humidité qui suinte du sol, dans cette région "surtout constituée d'eau", les regrets et les remords des personnages, leurs tourments, s'insinuent dans les moindres recoins du champ visuel d'Helen. Tout est incertain, mouvant, plein de chausse-trappes pour la jeune femme qui découvre d'un seul coup la ségrégation, l'existence des pogroms en Europe et les joies de la poésie. C'est ce monde incroyablement ondoyant que Paula Fox a saisi de manière délicate et précise, accomplissant son "travail de romancier" comme elle le définit avec simplicité : "Retenir le présent. Arrêter le temps, l'agripper, en quelque sorte le congeler pour l'éternité."
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