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Ferdière, psychiatre d'Antonin Artaud

Couverture du livre Ferdière, psychiatre d'Antonin Artaud

Auteur : Emmanuel Venet

Date de saisie : 11/03/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Verdier, Lagrasse, France

Prix : 5.00 € / 32.80 F

ISBN : 978-2-86432-469-0

GENCOD : 9782864324690


  • La présentation de l'éditeur

Gaston Ferdière, c'est ce psychiatre inconnu qui a reçu et soigné Antonin Artaud à l'hôpital de Rodez entre 1943 et 1946. La mémoire collective a gardé de lui l'image tremblée d'un aliéniste incapable de distinguer la littérature de la graphomanie, d'un père-la-morale acharné à ramener Artaud au bercail de la raison ordinaire. Autant de contresens. Homme sensible et cultivé, praticien généreux et compétent, Ferdière n'a guère péché que par manque de souffle poétique et de foi en lui-même. Poète mort sans oeuvre et psychiatre injustement désavoué, il nous laisse l'énigme d'une vie ratée avec tant d'application qu'elle mérite, à coup sûr, le détour.

Emmanuel Venet est psychiatre, il vit à Lyon où il est né en 1959. Il a publié en 2005 aux éditions Verdier Précis de médecine imaginaire.


Début du livre :

«Le grand-père fabrique des billards à Saint-Étienne. Il sait l'ennui des campagnes alentour, hors les jours de kermesse et de batteuse; les salles d'auberge où l'on fait durer les histoires de chasse et les verres de gnole, et combien les pièces ont du mal à quitter les bourses de cuir. Bien que menuisier, il n'a pas le goût des fenêtres ou des placards à rafistoler, et trouve plus flatteur de visser sa raison sociale sur des billards à quatre ou six pattes joliment tournées dans le chêne, sans fioritures ni marqueterie mais roulants et taillés pour traverser les siècles: Billards Ferdière, Saint-Étienne. Les cafetiers lui achètent la fidélité de leur pratique, le filon rend bien. Sa veuve reprendra l'affaire, meilleure vendeuse à ce qu'on rapporte, mais peu soucieuse de la succession : leur fils deviendra gratte-papier, puis employé à la Caisse d'Épargne. À moins qu'elle ait voulu lui épargner la sciure, les râleries des ouvriers, la fatigue des tournées de plus en plus lointaines au fur et à mesure que le marché se sature. Voilà le fils casé, vite marié avec la fille du café Riche où la bonne société stéphanoise s'allume à l'absinthe. La famille savourera longtemps la fierté du nom répété sur des centaines de meubles que les aubergistes encaustiquent aux heures creuses, mais son honneur en veut davantage: Gaston, le petit-fils, ira préparer une plaque plus prestigieuse à la faculté de médecine de Lyon. C'est la fin des années vingt, il emporte avec lui ses baccalauréats, ses espoirs de notoriété et son cahier de poésie. Sa mère meurt peu après, atrocement, d'une tumeur au cerveau. Écrire, donc, et devenir neurologue pour entretenir l'illusion qu'on peut réparer ça...»



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  • La revue de presse Valérie Marin La Meslée - Le Point du 18 mai 2006

Son «Précis de médecine imaginaire» nous avait enchantés. Emmanuel Venet, psychiatre, signe un nouveau livre, sur l'un de ses confrères du siècle dernier, Gaston Ferdière. Lequel passa à la postérité pour avoir enfermé son célèbre patient, Antonin Artaud, à l'asile de Rodez (1943-1946), lui avoir fait subir des électrochocs... Autopsie d'une vie ratée, ce texte empathique, superbement écrit - à peine entré dans la première page, le charme Venet réopère.


  • La revue de presse Michèle Gazier - Télérama du 26 avril 2006

... Mais qui était Ferdière ?... Par petites touches, dans un style précis et précieux, acide et croquant, Emmanuel Venet trace le portrait d'un homme plus complexe, plus tourmenté, plus intéressant, en somme, que ne le laissent deviner ces trois années d'acharnement thérapeutique sur le cerveau d'Artaud.

Plaisir d'une lecture qui se déguste d'abord comme une gourmandise, et se poursuit comme une authentique réflexion sur la création.


  • La revue de presse Jean-Baptiste Harang - Libération du 9 mars 2006

Gaston Ferdière et Emmanuel Venet ont au moins ceci en commun, d'être psychiatres, plus ou moins lyonnais, de s'intéresser à la littérature. Ferdière est le seul des deux à avoir soigné Antonin Artaud et Emmanuel Venet un des rares à ne pas trop le lui reprocher. Lorsqu'Artaud est mort, le 4 mars 1948, d'un cancer, «non pas recroquevillé sur son énigme mais assis au pied de son lit, un flacon de Chloral ou de Laudanum vide à portée de main, simplement parce qu'il ne voulait mourir ni en psychotique ni en cancéreux mais en soudard», le petit Emmanuel avait encore une bonne dizaine d'années à patienter avant de voir le jour, tandis qu'à l'autre, Ferdière, il restait quarante-deux ans à vivre. Ces vies se sont croisées comme elles ont pu, comme on joue à la main chaude, et Venet en tire l'autobiographie d'un autre, dans un livre modeste par la taille (35 pages de texte) et par l'enjeu puisqu'il s'agit de faire le portrait d'un perdant, sinon d'un raté, dont il comprend le parcours dans une ornière où il espère lui-même ne pas s'enliser...

Malgré la publication de trois recueils de poésie, il ne sera que psychiatre («c'est-à-dire paria parmi les médecins») et ses meilleurs rapports avec les écrivains furent de s'être noué d'amitié avec Crevel la veille de son suicide, et se faire piquer sa femme par Michaux. Avant, bien sûr, ce 11 février 1943 quand, recommandé par Desnos, Antonin Artaud est admis à l'hôpital psychiatrique de Rodez (sous le nom de sa mère, Nalpas) où Gaston Ferdière poursuit une carrière plutôt sur le déclin...


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