Auteur : Sandrine Devaux
Date de saisie : 24/01/2006
Genre : Société Problèmes et services sociaux
Editeur : Belin, Paris, France
Collection : Europes centrales
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 978-2-7011-3854-1
GENCOD : 9782701138541
Le cas de la République tchèque.
En 1978, Vâclav Havel évoquait le «pouvoir des sans pouvoir», celui des gens ordinaires, vivant dans les régimes communistes. En 1989, le Mur de Berlin s'écroulait et Prague retrouvait ses libertés politiques. Que devenaient alors ces gens ordinaires, ceux qui n'avaient pas été des responsables du parti, pas des dissidents non plus ?
L'étude des engagements associatifs permet de saisir toute la complexité des attitudes à l'égard de l'ancien système politique, comme la manière dont les individus s'approprient la démocratie dans toute société postcommuniste. Rien ne laissait penser que certaines organisations communistes se perpétueraient après 1989, comme l'association de jeunesse des pionniers. Rien ne laissait non plus penser que des associations d'aide sociale innovantes verraient le jour si vite.
Par un mode d'analyse original, historique, politique et social, étayé de documents d'archives et de nombreux entretiens, ce livre retrace le parcours d'hommes et de femmes, devenus de fervents bénévoles et des acteurs fondamentaux de la «société civile» tchèque en cours de réorganisation.
Sandrine Devaux est docteur en science politique, spécialiste des transformations sociales et politiques en Europe centrale et orientale, et notamment des nouvelles formes de militantisme.
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«La multiplication des organisations à but non lucratif a été constatée dans l'ensemble des pays sortant du système de type soviétique en Europe centrale et orientale comme dans les anciens pays membres de l'URSS. D'un point de vue juridique, ce processus s'est manifesté de différentes manières. En Roumanie par exemple, plus de 12 500 associations ont été créées entre 1990 et 1996 sur la base de la loi n° 21 du 6 février 19242. En Pologne, en revanche, une loi a été adoptée le 7 avril 1989 et on comptabilisait, à la date du 1r septembre 1996, 14 654 associations. Dans ce pays, des fondations existaient depuis la loi du 6 avril 1984, dont le nombre s'élevait à près de 4 000 à la même date. Enfin, en Lettonie, le régime juridique des associations a été établi par un article de la loi constitutionnelle du 10 décembre 1991 sur la liberté de créer des organisations non gouvernementales et parla loi sur les «associations et leurs unions» du 15 décembre 1992.
En Pays tchèques comme en Slovaquie, le renouveau du phénomène associatif s'est effectué selon un double processus. Les organisations civiques qui sont apparues au tout début du changement de système, pour certaines à la fin de l'année 1989, se sont appuyées sur les dispositions prévues dans le droit socialiste. Ensuite, c'est l'introduction d'une nouvelle loi relative à la liberté d'association en date du 27 mars 19903 qui a régi les nouvelles créations. Cela signifie donc que pendant quelques mois une utilisation «démocratique» de l'ancien droit a eu cours, ce qui tend à relativiser l'importance des nouvelles nonnes politiques et juridiques sur la modification des comportements collectifs.
La diversité des situations juridiques renvoie aux différentes manières dont les régimes communistes ont encadré et contrôlé les pratiques antérieures mais aussi à la façon dont a été conçue la nouvelle légitimité politique. C'est ce qu'il est désormais convenu d'appeler les «trajectoires de sortie du communisme». Celles-ci s'assortissent en général d'une rupture sémantique révélatrice des modifications de l'ordre symbolique. Alors que le système de type soviétique en Pays tchèques a modifié la typologie des organisations traditionnelles et a introduit sa propre terminologie, la libéralisation politique à partir de 1990 a permis la réapparition de notions, qui avaient disparu pendant quatre décennies du discours officiel, le renouvellement du sens de celles qui avaient été utilisées par le régime socialiste et l'émergence de néologismes...»
Extrait de la préface :
«L'ouvrage de Sandrine Devaux, tiré de sa thèse portant sur le phénomène associatif dans la société tchèque après l'effondrement du communisme, est intéressant à plusieurs titres. Il s'inscrit tout d'abord dans la lignée de travaux d'historiens, de sociologues et de politistes qui, chacun avec leurs outils et questionnements disciplinaires, ont renouvelé notre compréhension du passage d'un régime autoritaire ou totalitaire à la démocratie. Les apports de ces recherches sur les «transitions démocratiques» ont été nombreux. Elle ont à la fois complexifié nos connaissances sur les conditions qui présidaient à l'émergence et la stabilisation de la démocratie après l'effondrement du soviétisme et réfuté les présupposés les plus centraux des analyses classiques de ces processus, présupposés très souvent liés à une vision normative de la démocratie et de l'autoritarisme. Observant plus particulièrement les élites politiques, elles ont montré, par exemple, que ce n'était pas les dissidents d'hier et les opposants déclarés au régime. soviétique qui se retrouvaient en mesure de participer à l'avènement démocratique, mais le plus souvent ceux qui avaient acquis compétences et formes de légitimité sous ce même régime...»
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