Auteur : William Marx
Date de saisie : 21/01/2006
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Minuit, Paris, France
Collection : Paradoxe
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-7073-1936-4
GENCOD : 9782707319364
La littérature n'a peut-être jamais été plus mal considérée qu'aujourd'hui. Tous les signes montrent cette fragilisation. Mais plutôt que de s'arrêter à la description d'un mal contemporain dont nul ne doute, ce livre propose de retrouver les causes profondes de cette baisse d'influence, qui résulte d'une évolution de longue durée. La thèse est simple : entre le XVIIIe et le XXe siècle eut lieu en Europe une transformation radicale de la littérature ; sa forme, son idée, sa fonction, sa mission, tout fut bouleversé. Du magnétisme animal aux cultural studies, du sublime selon Boileau au plaisir selon Barthes, du tremblement de terre de Lisbonne au camp d'Auschwitz, de l'apothéose de Voltaire au départ de Rimbaud et aux silences de Beckett, le récit des métamorphoses de la littérature est présenté en une vaste fresque européenne, qui met en évidence un mouvement de bascule conduisant inévitablement du sommet à l'abîme. Comprendre ce mécanisme de dévalorisation, ce traumatisme de l'adieu, c'est pénétrer au coeur de la crise existentielle permanente où se débat maintenant la littérature. Mais c'est aussi se donner les moyens d'en sortir...
Entretien avec William Marx, par Laurent Margantin
«Laurent Margantin : Dans votre livre L´adieu à la littérature, vous défendez la thèse suivante : après une époque (environ deux siècles) où l´on vit la littérature bénéficier d´un prestige considérable, le vingtième siècle se caractériserait par une dévalorisation brutale de celle-ci. Pouvez-vous nous dire en quelques mots les facteurs déterminants dans ce processus, et quels en sont les acteurs principaux : écrivains eux-mêmes, lecteurs, critiques, institutions littéraires, ou la société (française ? européenne ?) dans son ensemble ?
William Marx : En fait, si dévalorisation il y eut, elle ne fut pas réellement brutale. Mais elle le parut : tout d'un coup, à la fin du XIXe siècle, on vit des écrivains, et non des moindres, faire mine de renoncer à la littérature - ou y renoncer pour de bon - comme si cette activité avait perdu toute valeur. Plutôt que de mettre ces réactions sur le compte de caprices individuels, j'y vois le signe d'une évolution globale qui avait commencé quelques décennies auparavant. Elle se poursuivit au cours du XXe siècle, et nous en sommes sans doute encore les héritiers.
Une telle dévalorisation de la littérature a de multiples causes, qu'il serait absurde de vouloir réduire à une seule. En particulier, elle représente une conséquence ultime de cette autonomisation de l'art mise en évidence par Bourdieu. Mais alors que Bourdieu considère cette autonomisation comme le produit d'une pure évolution sociale, j'insiste au contraire sur une logique interne de l'histoire littéraire que la stricte sociologie me semble avoir négligée. Quand les écrivains se sont rendu compte des dégâts causés par l'autonomisation, il était trop tard : ils se mirent eux-mêmes à dénigrer leur art ; ce fut le temps de l'adieu.
Le basculement fatal se produisit en quelques décennies, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, avec la France en première ligne. Mais le reste de l'Europe suivit bientôt. Ainsi, en trois siècles, du XVIIIe au XXe, la littérature s'engagea dans un processus qui devait la conduire presque mécaniquement à l'état de dévalorisation que nous connaissons...»
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli