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Une visite à Brangues : Conversation avec Jacques Madaule et Pierre Schaeffer en février 1944 + 2 CD audio

Couverture du livre Une visite à Brangues : Conversation avec Jacques Madaule et Pierre Schaeffer en février 1944 + 2 CD audio

Auteur : Paul Claudel | Jacques Madaule, Pierre Schaeffer

Date de saisie : 21/01/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Les cahiers de la NRF

Prix : 27.00 € / 177.11 F

ISBN : 978-2-07-077490-6

GENCOD : 9782070774906


  • La présentation de l'éditeur

Le 27 février 1944 - un dimanche -, Jacques Madaule et Pierre Schaeffer rendent visite à Paul Claudel dans son château isérois de Brangues. Le poète a accepté de lire pour la radio française un hommage à Jean Giraudoux, décédé quelques semaines plus tôt. Les deux hôtes - l'un claudélien reconnu, l'autre déjà versé dans l'exploration des ressources radiophoniques - installent leurs appareils d'enregistrement et laissent les disques tourner. La conversation s'engage. Vive et souriante, elle ne suit pas de plan préconçu. Claudel évoque ses travaux en cours, journal et commentaires bibliques ; puis on l'entreprend sur ses pratiques d'écriture et ses brouillons. Il poursuit sur son rapport tumultueux à l'exégèse contemporaine et, changeant de registre, livre quelques éléments de sa conception de la prosodie française. L'époque est également présente : Claudel dénonce l'attitude bienveillante d'une partie du haut clergé français à l'égard de l'occupant et informe ses visiteurs de ses propres démêlés avec la Gestapo. Après avoir évoqué la jeune génération - Sartre, en particulier -, le poète parle de ses premiers textes et des adaptations théâtrales et musicales de ses oeuvres, réalisées ou projetées. C'est l'occasion de préciser ses rapports avec Milhaud ou Barrault. Tout cela, entrecoupé par des lectures appliquées de l'hommage à Giraudoux et de plusieurs poèmes récents. Un Claudel au naturel ? Certes. Il reste que «le Claudel qui va vous parler n'est pas un Claudel en pantoufles. C'est le Claudel de tous les jours, mais chaque jour pour lui est le jour de Pâques ; chaque instant celui de la Résurrection» (Madaule).



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  • La revue de presse Nicole Casanova - La quinzaine littéraire, 15 décembre-31 décembre 2005

«On ne trouvera pas ici une correspondance solennelle entre deux écrivains mondialement célèbres, l'un académicien, l'autre prix Nobel, mais l'assaut de poings furibonds semblables aux fureurs de Jéhovah, contre une conscience paisible, souple et amusée, forte de bien d'autres convictions.»

«Disons tout de suite que l'intérêt de Une visite à Brangues consiste surtout dans la voix de Claudel qui l'accompagne.

Claudel et Rolland firent connaissance en 1882, dans la khâgne du lycée Louis-le-Grand, «lui vétéran et moi bizuth», dira Claudel. Paul était né en 1868, Romain en 1866. Ils partageaient la même passion pour la musique de Wagner, allaient au concert ensemble. En 1885, Claudel quitta le lycée pour entrer à «Sciences Po», Rolland intègrera le rue d'Ulm l'année suivante. Chacun dès lors suivit sa voie et ils se perdirent de vue, tout en réagissant aux oeuvres de l'autre. Si, en 1913, Romain Rolland consacrait un article magnifique et enthousiaste à L'Annonce faite à Marie, cela ne l'empêchait pas de juger l'oeuvre de Claudel difficile et factice. Quant à Claudel, il ne manifestait pas la moindre estime pour «cet affreux personnage, ce Romain Rolland au jus de chique que je ne connais que trop...».

«Le Claudel est un animal très dangereux...»

«C'est une jeune femme russe, ex-bolchevique, Maria Koudacheva, dite Macha, qui provoqua ce que Romain Rolland appela leur «retrouvance». Seconde épouse de Romain Rolland, elle avait perdu ses illusions politiques lors de la signature du pacte germano-soviétique du 23 août 1939 et s'était tournée vers la religion. Elle admirait l'oeuvre de Claudel et eut l'idée de s'adresser à lui, poussée aussi par un sentiment quasi amoureux pour le poète chrétien. Celui qui n'était pas encore son mari lui avait pourtant écrit en 1929 : «Le Claudel est un animal très dangereux, si on l'ampute de son génie. Il a de l'intelligence et de la force, - mais un fond de grosse et brutale sensualité.» Après une correspondance rondement menée par Claudel que la femme n'intéressait guère, mais qui fonçait sur toute âme à prendre, Macha abjurait la religion orthodoxe le 10 février 1940. Claudel et Rolland se rencontrèrent finalement à Paris, le 17 mars 1940. Entre ces deux septuagénaires, les ardeurs mystiques et sentimentales de Macha ne tiraient pas à conséquence : «Il s'excuse avec embarras d'avoir pu faire intrusion dans mon ménage... Il ne laisse pas d'être un peu gêné à mon égard...» Rolland suivra avec une affection ironique les élans claudéliens de sa femme, et il la consolera des rebuffades qu'elle ne manquera pas de subir. Anticipons tout de suite en citant une lettre de Claudel à Françoise de Marcilly, du 20 janvier 1945, après la mort de Rolland : «Sa femme est une Franco-Russe, ancienne bolchevique, qui s'est convertie, en grande partie, je crois, pour obtenir mon amour ( ! ! !) Vous n'imaginez pas ce que j'ai eu à souffrir avec cette timbrée depuis six ans !» Difficile d'être plus mufle, mais c'était dans son caractère...»


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