Auteur : Jean-Jacques Marie
Date de saisie : 20/01/2006
Genre : Histoire
Editeur : Fayard, Paris, France
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-213-62605-5
GENCOD : 9782213626055
Le 1er mars 1921, 15 000 marins et soldats de Cronstadt, à l'ouest de Petrograd, se dressent contre le gouvernement du Conseil des commissaires du peuple, le pouvoir issu de la Révolution d'octobre 1917. Ces fils et frères de paysans, las des réquisitions de vivres destinées à nourrir (de plus en plus mal) les villes et l'armée engagée dans une guerre civile qui a ruiné le pays, dénoncent, à la quasi-unanimité, la politique du parti communiste au pouvoir et stigmatisent sa mainmise sur les soviets dont ils exigent le renouvellement immédiat, à travers une élection à bulletins secrets. C'est le premier pas d'une insurrection qui rassemblera 27 000 marins et soldats et s'achèvera, dix-sept jours plus tard, dans de sanglants corps à corps. Près de 7 000 insurgés s'enfuiront alors en hâte. Ils se traîneront, affamés, épuisés et transis sur la mer gelée pour rejoindre la Finlande voisine, où les attendaient trois camps de concentration, leurs barbelés, les poux, la gale et la faim. Et ils décideront, finalement, pour la plupart, de revenir en Russie soviétique. Cette insurrection n'a cessé de susciter les interprétations les plus contradictoires : complot monarchiste visant à renverser la Révolution pour les uns, révolte antibureaucratique pour les autres, émeute de marins excédés par le "communisme de guerre a au nom d'une révolution que certains d'entre eux avaient pourtant contribué à faire trois ans plus tôt. Le débat s'est longtemps alimenté aux mêmes documents, et les intervenants ont inlassablement ressassé les mêmes arguments. L'ouverture récente des archives soviétiques (auxquelles Jean-Jacques Marie a puisé la matière largement inédite de ce livre) permet aujourd'hui de jeter sur cette insurrection, où Lénine voyait un éclair qui a illuminé la réalité plus vivement que tout", une lumière nouvelle qui dissipe les voiles de la légende.
Sommaire :
° 1917 : Cronstadt la rouge
° L'agonie du communisme de guerre
° Les premières lueurs de l'incendie
° Les premiers signes de l'orage
° Chronique d'une révolte annoncée
° Un cocktail explosif
° Au bord du Rubicon
° Les "privilèges des commissaires"
° Le passage du Rubicon
° Les balbutiements de l'insurrection
° Les ouvriers de Petrograd et l'insurrection
° Qui sont les insurgés ?
° L'attente
° Le comité révolutionnaire provisoire
° Premier branle-bas de combat
° L'assaut manqué
° Cronstadt et l'émigration
° Lénine, Cronstadt et le X° congrès de parti communiste
° Une "troisième révolution" ?
° Vers l'assaut final
° Le comité révolutionnaire en action
° L'assaut final
° Les raisons de l'échec
° La répression
° Reprise en main et réorganisation
° L'exil finlandais
° Nouvelles alliances
° Le commencement de la fin
° Derniers soubresauts
° Fin de partie
° Interprétations
Agrégé de l'université, Jean-Jacques Marie est l'un des meilleurs spécialistes français de l'ex-URSS. Depuis les Paroles qui ébranlèrent le monde (1968), il a publié, entre autres, un "Que sais-je ?" consacré au Goulag (1999), une biographie de Staline, ouvrage de référence salué par la critique unanime (Fayard, 2001), un Lénine (Balland, 2004) et La Guerre civile russe. 1917-1922 (Autrement, 2005). Il collabore régulièrement à la revue L'Histoire.
Certains livres échappent à leurs auteurs. Ils illustrent une thèse, mais c'est une autre qui s'impose dans l'esprit du lecteur. Cette mésaventure vient d'arriver à Jean-Jacques Marie, historien trotskiste et néanmoins scrupuleux, qui nous raconte la dramatique histoire des marins de Cronstadt révoltés contre le pouvoir bolchevique pendant la révolution... Jean-Jacques Marie conte en détail, de la manière la plus honnête et précise, le déroulement de cette affaire tragique où la révolution écrase ses enfants les plus valeureux au nom de la raison d'Etat. Mais par une série de remarques et d'arguments soigneusement distillés, il défend aussi une thèse : aussi sympathiques soient-ils, explique-t-il, les marins de Cronstadt voulaient rétablir un début de propriété privée et mettre fin à la dictature bolchevique en instaurant les libertés publiques. Ces mesures, suggère-t-il avec insistance, auraient fait avorter la révolution communiste radicale portée par le parti bolchevique. Autrement dit, Lénine ne pouvait pas céder à la révolte, sauf à abandonner la «dictature du prolétariat», qui était au coeur de son projet historique. Les marins, donc, ont mérité leur sort.
C'est là que le capricieux lecteur, soudain, échappe à l'auteur. Car les revendications des marins, consignées dans un texte magnifique voté au début de la révolte, dessinent un projet politique alternatif à celui de Lénine qui aurait épargné aux peuples de Russie les immenses souffrances du communisme tyrannique... Bref, la révolte des marins de Cronstadt ouvrait la porte de l'histoire sur un socialisme en liberté, pluraliste en politique, pragmatique en économie. Tel était le véritable danger couru par les bolcheviques : voir émerger non la contre-révolution mais une autre conception de la révolution. Perspective insupportable pour l'esprit fanatique de Lénine et de Trotski. A la satisfaction de Jean-Jacques Marie et à la tristesse de son lecteur, ces héros du socialisme libre n'ont eu en récompense de leur courage que les balles de l'Armée rouge et les poteaux d'exécution de la Tcheka.
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