Auteur : François Jullien
Date de saisie : 20/01/2006
Genre : Philosophie
Editeur : PUF, Paris, France
Collection : Libelles
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-13-055143-0
GENCOD : 9782130551430
Philosophe et sinologue, François Jullien présente ici une conférence qu'il a prononcée auprès de chefs d'entreprise et dans le milieu du management. D'un côté, la conception européenne de l'efficacité est liée à la modélisation comme à la finalité et revendique l'action jusqu'à l'héroïsme ; de l'autre, la pensée chinoise de l'efficience, indirecte et discrète, s'appuie sur le potentiel de situation et induit des "transformations silencieuses", sans éclat ni même événement. Par-delà cet écart, il s'agira d'interroger la nature de l'effectivité ; ou comment l'intervention humaine réussit à se brancher sur la propension des choses et s'y laisse intégrer. Ce propos se garde donc de séparer tant soit peu l'art d'opérer sur des situations et l'exercice de la philosophie ; en résultent des effets de lecture portant sur l'histoire du XXe siècle ainsi que la géopolitique - et géoéthique - à venir.
François Jullien est professeur à l'Université Paris 7 et directeur de l'Institut de la pensée contemporaine. Les PUF publient parallèlement un ouvrage collectif autour de son travail : Chine/Europe, Percussions dans la pensée (Coll. "Quadrige").
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Après la Propension des choses et le Traité de l'efficacité, le philosophe et sinologue François Jullien revient sur la question de l'efficacité. Cette fois de manière on ne peut plus concise et pédagogique : cette conférence était destinée à des chefs d'entreprise français. Toutes les voies sont bonnes pour ce coutumier du détour, qui n'a eu de cesse de travailler (et non de creuser) l'écart entre philosophie grecque et pensée chinoise, c'est-à-dire de faire passer de l'intelligible entre ces deux visions du monde. Le management n'échappe pas au besoin de dialogue. Et Jullien n'entend pas philosopher ex cathedra. L'«empirie» est une des originalités marquantes de sa démarche,...
Retrouver du jeu, telle est l'entreprise. C'est la mise en mouvement, le «branle» cher à Montaigne. La dynamique est double : il s'agit de restituer quelque chose de l'hétérotopie qu'est la Chine en même temps que d'interroger notre propre pensée au prisme de cet «ailleurs loin de nos références»... Les Chinois, eux, s'intéressent au potentiel de situation, à ce qui est «porteur», comme on dit d'un marché qu'il est porteur. Et Jullien d'expliciter : «Toute l'initiative ne vient pas de moi, en tant que sujet, auteur, projetant mon plan sur le monde, à la fois prenant des risques et me dépensant ; mais que, en repérant des facteurs favorables au sein de la situation, je peux me laisser porter par eux.» Car la pensée chinoise ne se préoccupe guère de la finalité des choses, de telos, cette «fin» comme devenir et terme... Cette souplesse s'explique par le fait que,... la Chine antique ne se pose pas la question fondatrice du ti esti, du «qu'est-ce que c'est ?». La question de l'essence. Tout n'est qu'affaire de condition et de conséquence... Le grand stratège chinois ne brille pas... Ce qu'il travaille est le discret, l'indirect, le latent. A «l'éloge atavique de la difficulté» occidental (il nous vient de l'épopée héroïque), substituer «l'éloge de la facilité» chinois, tel est le conseil de François Jullien aux managers. Il emploie le verbe «surfer» pour traduire l'idée de suivre le tao, cette voie «par où ça passe». Oublier le telos et par là même l'idée de progrès, pour ne se concentrer que sur le procès, le processus, la raison des choses, li, «le profit». Une vraie leçon de capitalisme.
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