Auteur : Brian Ascalon Roley
Traducteur : François Happe
Date de saisie : 20/01/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-267-01797-7
GENCOD : 9782267017977
Américain par son père et Philippin par sa mère, Tomas vit à Los Angeles avec sa mère, maintenant divorcée, et son jeune frère Gabe. Renvoyé de son lycée pour brutalité, Tomas élève et dresse des chiens d'attaque qu'il revend à de riches clients. Rebelle et violent, mal à l'aise dans son statut de métis, il se fait passer pour un Mexicain.
Gabe, le narrateur, adolescent sensible et obéissant, nous raconte ses aventures au cours de la période difficile qu'il va traverser lorsque, étouffé entre un aîné tyrannique et une mère trop protectrice, il vole les deux choses auxquelles son frère tient le plus : son chien préféré, qu'il vend à un acteur de série de télévision, et sa vieille Oldsmobile. Sa fuite sur les routes de Californie, contrairement au schéma classique du voyage, et bien qu'initiatique à certains égards, ne consacre pas véritablement l'émancipation du jeune narrateur, comme le confirme, après son retour peu glorieux, la fin du récit, ouverte et ambiguë.
Dans une prose simple, d'une limpidité poétique, Brian Ascalon Roley livre un roman tendre et violent à la fois, prenant et déchirant, dans lequel il jette un regard lucide, sans concession mais sans outrance, sur l'Amérique d'aujourd'hui, en particulier cette Californie multiculturelle, dure et matérialiste, et qui pourtant incarne toujours pour beaucoup le rêve américain. Loin de toute caricature, les personnages sont d'une complexité et d'une densité qui les rendent profondément humains.
«Roley écrit avec assurance, grâce et profondeur, il joue de manière experte avec nos perceptions et nos attentes. Roley est un jeune écrivain avec quelque chose d'important à dire : il a mélangé une histoire d'adolescent avec une variation sur la saga de l'immigrant américain ; le résultat est à la fois explosif et lumineux.» (Jonathan Kirsch, LA Times Book Review).
- Elu Meilleur livre 2001 par le Los Angeles Times.
Le premier chapitre d'American Son a été publié dans la revue du programme de 2003 du California Council for the Humanities. Cette revue inclut également des textes de Joan Didion, John Steinbeck, Maxine Hong Kingston.
Né en 1966 à Los Angeles, d'origine Filipino-Américaine, Brian Ascalon Roley a étudié à l'Université de Wesleyan, l'Université de Londres, à Cornell et à la faculté de droit de UCLA. Il est actuellement éditeur aux Miami University Press. Il a enseigné à Cornell, à l'Université de Miami à Oxford, dans l'Ohio où il fait partie du département de «creative writing». Il habite à Cincinnati, avec sa femme et ses fils.
Même si l'Amérique est, par excellence, le pays où cohabitent des émigrés du monde entier, les derniers arrivés, en particulier ceux qui une couleur différente et pas assez de dollars pour le faire oublier, ont du mal à s'y sentir acceptés. La mère de Gabe et de Thomas est venue des Philippines après avoir épousé un Américain.
Le mari disparu, elle élève seule ses deux fils à Los Angeles. Thomas, l'aîné, est brutal voire violent... C'est Gabe qui raconte l'histoire.
Gabe qui dit dans la simplicité d'une écriture qui frôle la transparence son mal de vivre, sa honte d'être différent, l'amour de sa mère, qu'il renie un jour comme Pierre a renié Jésus...
American Son est le roman du déchirement identitaire, le récit apparemment naïf d'un garçon qui vit entre deux mondes, deux langues, deux religions... Brian Ascalon Roley ne théorise rien. Il fuit grands principes et grands sentiments.
Il se borne à raconter le quotidien le plus banal : une fête de famille, un incident de sortie d'école, un repas, une messe, une dispute. Une drôle de petite musique de vie s'élève de sa narration...
Une mère célibataire élève seule ses deux fils. L'aîné arrête ses études, et travaille pour aider à l'entretien du foyer. Le plus jeune va encore au lycée. A la maison, il participe aux travaux ménagers et sert d'assistant à son frère. Réduit à son squelette, le scénario d'American Son, premier livre de l'américain Brian Ascalon Roley, pourrait être celui de n'importe quel roman édifiant. Pour peu que la mère méritante subisse des humiliations (c'est le cas) et que le fils aîné, celui qui nourrit en partie la famille, se trouve confronté à la rudesse de la loi (il n'en est pas loin),...
Oui, mais... Mais Ika est une Philippine, qui a émigré en Californie pour que ses fils soient américains, comme leur père... American Son est un livre étrange, qui contient deux romans en un. Le premier, c'est l'histoire des deux frères et de leur mère, l'histoire de l'amour qu'ils lui portent, et du mépris qu'ils lui vouent parce qu'elle se laisse humilier. Le deuxième, c'est une sorte de road-movie, la fuite de Gabe adolescent au volant de la voiture pourrie de son frère... Ce road-movie qui tourne court est le meilleur du livre, une longue nouvelle à l'intérieur du roman, la découverte du monde extérieur par un adolescent paniqué devant la liberté qui est soudain la sienne...
«Tomas, c'est le fils qui aide à payer les mensualités de la maison en vendant des chiens d'attaque à des gens riches et à des célébrités. C'est le fils qui donne du souci à notre mère et lui fait passer des nuits blanches. C'est le fils qui la met mal à l'aise en venant à des réunions de famille où tout le monde peut voir ses muscles couverts des tatouages de la bande à laquelle il appartient, son crâne rasé et ses yeux injectés de sang à force de fumer du hasch. Il est moitié Blanc, moitié Philippin, en fait, mais il s'habille comme un Mexicain, ce qui tourmente beaucoup notre mère. Elle ne comprend pas pourquoi, s'il veut vraiment être ce qu'il n'est pas, il n'essaie pas plutôt d'avoir l'air d'un Blanc. C'est aussi le fils qui dit que si sa petite amie critiquait notre mère, ou lui manquait de respect, il lui flanquerait une bonne raclée. Moi, je suis le fils tranquille, celui qui ne pose aucun problème, et j'aide notre mère dans les tâches ménagères.
Le client est un type qui travaille dans le cinéma. Il va arriver d'un instant à l'autre. Tomas lui montre comment dresser le chien qu'il a acheté pour protéger sa maison. Ce matin j'ai aidé mon frère à laver et à faire travailler ses chiens. Aux gens à qui il les vend, il dit que ce sont des «chiens de garde», mais il faudrait plutôt les appeler chiens d'attaque, parce que nous utilisons des méthodes qu'il a apprises grâce à des amis à lui, qui sont flics dans la police de LA. Chaque fois que j'arrive devant la cage, ils s'agrippent au grillage rouillé et se ruent sur le treillis en aboyant pour attirer mon attention. Toute la semaine j'ai été occupé à remplacer les vieilles planches de bois pourries que les chiens ont presque fini par casser à force de se jeter dessus de tout leur poids. Malgré tous mes efforts, la planche se plie et menace de céder, de se casser net sous leur masse. La porte enfle vers l'extérieur, comme si la cage avait pris une profonde inspiration. Je tire le verrou en aluminium et je la laisse s'ouvrir de quelques centimètres, puis je l'arrête avec mon pied...»
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