Auteur : Joyce Carol Oates
Traducteur : Edith Ochs
Date de saisie : 18/01/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : J'ai lu, Paris, France
Collection : J'ai lu. Policier, n° 7853
Prix : 6.00 € / 39.36 F
ISBN : 978-2-290-35001-0
GENCOD : 9782290350010
Weymouth, New Jersey. Agent immobilier le jour et photographe la nuit, Matt McBride semble heureux. Qui se douterait qu'il n'a pas oublié le cadavre atrocement mutilé de Marcey Mason, découvert jadis dans un ravin ? Aujourd'hui encore, il est certain que ce meurtre aurait pu être évité s'il avait été moins indifférent au charme de la jeune fille. Aussi, quand il apprend due son amie Diana Zwolle a récemment disparu, impossible de ne pas lier les deux affaires. À croire que Matt porte malheur et qu'il a raison de se sentir coupable. Même s'il est innocent. Ce qui n'est pas évident à prouver. Surtout à la police, qui le soupçonne d'être le tueur qu'elle recherche. Comment expliquer que culpabilité et innocence sont parfois affaire de nuances ?
Joyce Carol Oates
Née en 1938, professeur à l'université de Princeton, elle est l'auteur d'une trentaine de romans, d'essais, de pièces de théâtre, de poèmes. Elle a reçu le prix Femina étranger 2005 pour Les chutes.
«Elle n'était pas morte là où on l'avait retrouvée. Cela, on finirait par le savoir. Des landes marécageuses à la lisière du rivage, au sud du New Jersey, à l'orée des Pine Barrens. La marée montante soulève le corps, le maintient à flot puis le cède de nouveau au marais, l'abandonne à chaque fois un peu plus. Il doit lui sembler qu'elle dort, à la jeune morte. Ce rythme lent du flux et du reflux, le flux et le reflux de la marée qui la berce. Telle une respiration. Un vent nord-est, cinglant, venu de l'Atlantique et qui s'enfonce entre les joncs, les zostères. Nuit et jour, au crépuscule comme à l'aube. Un vent incessant, un ciel gorgé de pluie. Même le jour, le marais est d'ombres. Quand la marée revient, le corps paraît s'éveiller, flotter à nouveau dans l'eau saumâtre peu profonde, qui a gelé à la surface et fond à présent, d'un éclat sombre aussi ténu que le verre le plus ténu. Une surface en pointillé dans laquelle des filaments de nuages s'étirent confusément. La nuit, une pleine lune éblouissante. Des nuages fractionnés qui filent à toute allure, comme si une partie du ciel s'était détachée et se trouvait poussée d'un pôle à l'autre. Toujours le vent, toujours la marée ! Tandis que le corps nu, brisé, est allongé sur le dos dans la position du dormeur. La tête curieusement tournée sur le côté. La bouche est ouverte sur un cri muet, un cri paralysé. La bouche est un trou béant couronné de sang, le nez fracturé, les mâchoires fracassées. Les yeux sont vides dans leurs cavités noircies, aveugles. De longs cheveux emmêlés qui ondulent comme des algues avec le ressac. La marée remonte toujours, deux fois par jour, en un flux pressé, bouillonnant. Le soleil brûle à travers la brume, le corps est dévêtu. Un cadavre est une chose brisée parmi une multitude de choses brisées. Des souches d'arbres morts, des ceps morts. Le corps brisé, nu, secoué par la marée montante, semble s'éveiller, revenir à la vie. Mais écumant de sang coagulé. Des taches sombres maculent le corps, telles des traces de goudron. Les poignets et les chevilles minces ligotés avec du fil de fer. La gorge lacérée ligotée avec du fil de fer enfoncé si profondément dans les chairs qu'il est invisible. Les mouettes qui descendent en piqué dans le ciel, foncent, frappent avec leur bec pointu et recourbé. Leurs cris perçants, excités. Qui à présent aimerait ce corps, rêverait de ce corps ? Qui à présent toucherait à ce corps ?...»
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