Auteur : Philippe Delerm
Date de saisie : 13/01/2006
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-7152-2547-3
GENCOD : 9782715225473
Léautaud n'est pas un misanthrope par défaut, par échec, rebuffade ou déception. Il est avant tout amoureux profond et sincère de la solitude. Léautaud n'a pas besoin de confort, de raffinement technologique. Mais il n'a pas non plus besoin des autres. Ce qu'il est convenu d'appeler gentillesse, dévouement, n'est pour lui que faiblesse suspecte. II n'est pas étonnant que ses derniers mots aient été "Maintenant, foutez-moi la paix !". Philippe Delerm a une connaissance approfondie de Paul Léautaud. Par petites touches, il aborde tous les aspects de l'homme et de cette oeuvre tour à tour caustique, féroce ou émouvante. Un bel hommage rendu à un maître de la littérature.
Ce furent les derniers mots de Paul Léautaud avant qu'il ferme définitivement sa grande gueule, le 22 février 1956 : «Maintenant, foutez-moi la paix !» Si la sortie a de l'allure, doit-on croire les écrivains lorsqu'ils réclament l'oubli ? Pas sûr, en particulier si le bonhomme s'appelle Léautaud, compte parmi les meilleurs diaristes du XXe siècle et laisse derrière lui des milliers de pages aussi merveilleuses qu'odieuses, éructantes qu'intelligentes, où, moderne Saint-Simon, il peint sans fioritures sa vie, son monde. Et son époque.
Cinquante ans après sa mort, on a tellement foutu la paix à Léautaud qu'il n'est presque plus lu,... Philippe Delerm a donc rédigé cet hommage. Une petite gorgée de bonheur où, en 12 chapitres et autant de thèmes - la mère, l'amour, les animaux, la politique, etc. - l'adepte des plaisirs minuscules retouche à sa manière, toute personnelle, le portrait d'un solitaire brillant dans l'ombre, d' «un anarchiste par l'esprit» jamais embarrassé de sa vérité, même lorsqu'il se fourvoie. D'un égotiste dont la féroce lucidité s'applique à tous, à commencer par lui-même...
Philippe Delerm, depuis le succès de «La première gorgée de bière...», multiplie les livres. Miracle, ce poète en prose ne nous déçoit jamais. C'est que, comme un bon marcheur, il sait donner son effort, enfiler les bonnes chaussures, tracer les bons chemins. Voici un hommage à Léautaud («Maintenant, foutez-moi la paix !» furent les dernières paroles de l'auteur du «Petit ami»)et une fugue dans l'enfance des rêves enfuis («A Garonne», qui retrouve la douceur du fleuve)...
Un beau jour de novembre 1898, Paul Valéry dédie un bref conte à son ami Paul Léautaud : «Il était une fois un écrivain - qui écrivait.» Fin du conte. A-t-on jamais mieux résumé la vie et l'oeuvre de l'auteur du Petit ami ? Un écrivain. Peut-être serait-il temps, en effet, cinquante ans après sa mort, le 22 février 1956, d'oublier l'encombrant folklore Léautaud - les chats, le cabas, la plume d'oie, les bougies, le chapeau bosselé et les glapissements radiophoniques - et de se plonger dans son Journal littéraire. Pour ceux qui hésiteraient à s'attaquer d'emblée aux dix-neuf tomes de l'édition originale, le Mercure de France, son éditeur historique, a la bonne idée de rééditer l'excellente anthologie jadis publiée par Pascal Pia et Maurice Guyot. Une goutte d'eau, à peine mille pages...
Cinquantenaire de la mort oblige, signalons la parution de Maintenant, foutez-moi la paix !, un essai signé Philippe Delerm sur l'ermite de Fontenay-aux-Roses. Une première gorgée de Léautaud, qui pousse à plonger dans le Journal littéraire, cette promesse de bonheur infini.
Quand un gentil collectionneur de «plaisirs minuscules» fait l'éloge d'un méchant misanthrope, ça donne un bon livre...
Comme l'auteur de «la Première Gorgée de bière» est un garçon bien élevé, il ne mégote pas sur la bienséance et même il raffine dans le prétexte : c'est une vraie «vie de Léautaud» qu'il nous donne là. Les apparences sont sauves. Mais qui sera dupe de la procuration ? «Je suis bien persuadé qu'il aurait détesté ce que j'écris, et cette sévérité virtuelle n'est pas sans rapport avec mon engouement», confesse humblement son biographe. Voyeur pervers, zoophile, infréquentable fouineur d'agonies, Léautaud n'est pas un misanthrope par défaut, par provocation ou par choix esthétique : c'est le champion du monde en titre. «Lorsque l'enfant paraît, je prends mon chapeau et je m'en vais.» Comment le gentil Delerm, qui vit dans la religion de l'enfance, a-t-il pu succomber à ce charme noir ?...
Dans un petit livre sagace et amical, «Maintenant, foutez-moi la paix !», l'auteur dit tout ce qu'il faut dire de Léautaud en évitant le romanesque dont on barbouille le personnage...
Léautaud est comme il est. Tout est simple à condition d'effacer cette satanée sentimentalité qui gâte tout. Il est vrai, dans son style et dans sa vie, comme on n'ose plus l'être. Philippe Delerm attrape bien cette vérité, évite la morale, le jugement, la leçon, et, plus encore, à propos de la mère, la psychanalyse, ce qui donne à sa biographie portative un charme certain. Après l'avoir lu, on peut entrer chez Léautaud sans frapper à la porte. Il vous recevra, car les solitaires sont souvent accueillants. Et puis, il a la sombre et tonique gaieté des misanthropes. Il faut se dépêcher de les lire. Du train où vont les choses, ils finiront en prison pour crime contre l'humanité, et on brûlera leurs livres. Pourtant, quoi de plus tonique qu'une ligne de Léautaud ou de Chamfort ? C'est une liqueur dont on ne se lasse pas.
«Proust et Léautaud sont mes deux écrivains. Je ne dirai pas mes écrivains préférés. Je n'ai pas eu à les choisir. Ils restent là, en haut des piles, à portée de main, et je ne les abandonne jamais plus de deux ou trois semaines. Pour Proust, c'est évident. Après m'avoir dégoûté d'écrire - tout était fait - il m'a rendu ce droit, puisqu'on peut dire que le désir de trouver le sommeil vous réveille, que la sonorité du mot Brabant est mordorée, ou que le couvre-lit de la tante Léonie a une odeur poisseuse et fruitée.
Pour Léautaud, c'est différent. Adolescent, on m'offrit un choix de pages du Journal, édition cartonnée vert pois cassé avec le portrait stylisé dessiné par Rouveyre en blanc sur la couverture. Approche picoreuse, sans plus. Puis lecture du Petit Ami en poche, et début de l'inoculation. Quelques volumes du journal trouvés en solde, dans l'édition en vingt volumes. Quelques cassettes des Entretiens avec Robert Mallet. Peu à peu, les trous se remplissent. On reprend tout par le début. Là aussi, il y a de quoi vivre. Sujet, verbe, complément : une écriture svelte, pas le moindre empâtement, l'ironie pardessus, la rêverie et l'émotion tout en dedans. Quand j'ai commencé à lire et à relire Léautaud, j'étais déjà écrivain. Bien persuadé qu'il aurait détesté ce que j'écris, et cette sévérité virtuelle n'est pas sans rapport avec mon engouement. Léautaud n'avait pas lu Proust. Il exécrait les adverbes, et il avait raison. Il vomissait les adjectifs. Il avait tort. L'odeur du couvre-lit de la tante Léonie est poisseuse et fruitée.
Je n'ai pas de sympathie particulière pour l'homme Proust et l'homme Léautaud. Certaines afféteries du premier dans sa correspondance, certaines idées politiques du second me sont insupportables. Mais les rites lénifiants de la chambre de liège, mais le foutoir invraisemblable du pavillon de Fontenay sont une forme d'absolu. La vie devenue livre. La vie en haut des piles, à portée de la main...»
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