Auteur : Eric John Hobsbawm
Traducteur : Dominique Peters, Yves Coleman
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Ramsay, Paris, France
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-84114-762-5
GENCOD : 9782841147625
Eric Hobsbawm, le plus grand historien contemporain, pose, à quatre-vingt-huit ans, un regard implacable sur son époque, la plus extraordinaire, sans doute aussi la plus révolutionnaire et la plus meurtrière de toutes. Né en 1917, d'une mère autrichienne et d'un père anglais, le jeune Eric quitte Vienne pour Berlin à l'été 1931, aux dernières heures de la république de Weimar. Quand Hitler arrive au pouvoir, Eric Hobsbawm, tout juste âgé de quinze ans, se convertit au communisme. A vie, il s'engage passionnément pour la révolution mondiale. 1933 marque son retour en Angleterre, contrée natale mais inconnue. De ses premières années dans la capitale britannique, il retient son engouement pour le jazz, son entrée à l'université de Cambridge et, bien sûr, son adhésion au Parti. Alors que beaucoup se résignent, il choisit d'agir. Le marxisme occupe une place prépondérante dans sa vie. Comme tous les adhérents, il se dévoue totalement à sa cause, reste convaincu qu'ils sauveront le monde. Aux lendemains de la guerre, dans Londres détruite par les bombes, il inaugure sa carrière de professeur à Birkbeck College, où il enseignera jusqu'à sa retraite. Au fil de ce récit, où anecdotes savoureuses et méditations historiques s'entrecroisent avec virtuosité, l'auteur revient sur son enfance, ses années de formation, ses convictions politiques, ses nombreux voyages, en France, en Amérique latine ou encore aux Etats-Unis. Il se rappelle ses entrevues avec les Cambridge Four (Philby Burgess, MacLean et Blunt), sa rencontre avec le Che à La Havane, sa bagarre sur l'intervention soviétique de 1956 avec un Koestler ivre et de méchante humeur, sa mémorable soirée avec Mahalia Jackson, la Gospel Queen... Avec érudition et passion, avec humour et humanité, Eric Hobsbawm cherche à cerner les événements majeurs qui ont changé la face du monde.
Eric Hobsbawm, membre de la British Academy, de l' American Academy of Arts and Sciences et des Académies de sciences hongroises et japonaises, est professeur émérite de l'université de Londres et de la New School for Social Research de New York. Actuellement, il est le président du Birkbeck College (université de Londres). Il est notamment l'auteur de L'Ere des empires, Nations et Nationalisme depuis 1780, L'Ere des révolutions, L'Age des extrêmes : Le Court XXe siècle (1914-1991). Ses ouvrages historiques ont été traduits en une trentaine de langues.
Les regards malveillants peuvent être instructifs. En publiant ses mémoires en 2002, l'historien anglais et marxiste impénitent Eric Hobsbawm s'est attiré les foudres des revues néoconservatrices. Le Weekly Standard y a vu le syndrome d'une gauche incapable d'admettre que Staline fut aussi grand criminel qu'Hitler. Dans The New Criterion, David Price-Jones a dénoncé en Hobsbawm un historien de propagande tenté d'absoudre le communisme et de diaboliser l'Amérique. Les deux articles convergeaient pour dénoncer la «froideur» de l'auteur, son «inhumanité», son «absence de gratitude» envers ses parents, son comportement de «juif honteux». Un renégat, en somme. Un mauvais fils... Qu'Hobsbawm restât membre du Parti communiste jusqu'en 1989, l'intéressé en parle longuement. Pour se justifier, mais surtout pour donner à comprendre le bonheur qu'il eut à être communiste. Dans un passage étonnant, il décrit la dernière manifestation légale du Parti communiste allemand, à Berlin, le 25 janvier 1933, et la sensation d'extase physique qu'il en a gardée soixante-dix ans plus tard : «Avec le sexe, la seule activité combinant l'expérience corporelle et une émotion intense au plus haut degré est la participation à une manifestation de masse à un moment de grande exaltation politique», écrit-il en ajoutant que, «contrairement à l'orgasme», le plaisir de manifester peut être prolongé pendant des heures. Tout son récit découle de cette matrice... Cet historien marxiste contempteur de «l'idéal individualiste» de 68 se révèle au final comme un indécrottable et merveilleux égotiste, une sorte d'hédoniste de l'Histoire : Interesting Times, dit le titre original. Offense suprême, il a eu une vie agréable et le dit : «Je me suis bien amusé.» Froideur ? Ou plutôt volonté farouche de résister aux identités et aux lamentos, y compris à propos de l'Amérique empêtrée par sa nouvelle toute-puissance...
Dans un essai polémique paru au printemps 2005 et intitulé La Pensée tiède (Seuil, 140 p., 11 euros), le politologue britannique Perry Anderson s'indignait du sort réservé par la France à son compatriote et ami, l'historien Eric Hobsbawm. Il y voyait même l'un des symptômes les plus alarmants de la "décomposition générale" de notre paysage intellectuel : un pays qui "n'a même pas pu trouver un éditeur pour traduire Ages of Extremes (L'Âge des extrêmes, coédité par l'éditeur belge Complexe et Le Monde diplomatique) risque de faire figure d'arrière-garde dans l'échange international des idées", notait-il.
Du moins pourra-t-il se réjouir que, deux ans à peine après sa parution en Grande-Bretagne, l'autobiographie d'Hobsbawm, présentée par son auteur lui-même comme "le revers de L'Age des extrêmes", soit déjà disponible en français. Avec humour et tendresse, l'historien y retrace son itinéraire, lequel se confond largement avec un "court XXe siècle" dont il a naguère restitué le souffle, et dont il a également partagé quelques illusions...
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