Auteur : Claude Meunier
Date de saisie : 12/01/2006
Genre : Poésie
Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France
Collection : Poésie
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-915695-51-9
GENCOD : 9782915695519
Par chez nous, c'est pourtant facile à comprendre, on ne compose que des itinéraires, on n'écrit qu'avec ses pieds.
La nature se tait (rien à dire, ce qui l'occupe beaucoup et nous avec) seule la ville parle (et mieux encore, toutes les langues : le poldève et l'ouzbec) (et mieux encore, de Paris le seul bon bec) seule la ville écrit on ne lit donc qu'en ville, c'est pourtant facile à comprendre.
Dans ces conditions, le poète est une sorte de porte-enseigne, le genre de type à trouver que, quand on passe de la rue de Leningrad à la rue de Madrid, ça se réchauffe, vous voyez ce que je veux dire. À s'engager de dos rue des Reculettes, pour voir, pour rire (c'est un des effets appréciables de la poésie que d'éprouver cette sorte d'amusement). À chercher des pissenlits rue Racine. A relever dans ses livres et plans que la rue de Léningrad s'est poussée du col, elle aussi, changée en rue de Saint Pétersbourg. On voit bien que le désappointement guette notre poète arpenteur des noms de la ville. Déception ! Spleen ! Zone !
Regrets ! On voit bien que Paris n'est pas ce qu'il devrait.
Claude Meunier
«Cratyliques regrets. Pas de pissenlits rue Racine (J'ai vérifié. À chaque fois que j'y passe, c'est machinal, rien, pas d'pissenlit, ça fait des années, rien à faire. Pour mes salades parisiennes, c'est préjudiciable).
Pas de soucis rue Cadet.
Pas de tonneau rue La Fontaine,
C'est sûr, Paris n'est pas ce qu'il devrait
mais c'est pas grave, c'est insigne
tant qu'on s'en va rue de la Santé,
tant que la rue Lecourbe est bien rectiligne pour se consoler
Hier (19 novembre 2001) j'étais énervé, fatigué, pas brillant, place des Ternes.
Explication : j'avais couru toute la journée (Place d'Italie-Villejuif-Beaubourg-Ternes), à cause de marna
de ma machine en berne.
C'est sûr, Paris n'est pas ce qu'il devrait
mais c'est pas grave, c'est insigne
tant qu'on s'en va rue de la Santé,
tant que la rue Lecourbe est bien rectiligne pour se consoler
Jamais bayé rue Corneille,
en sortant du théâtre
ou pleuré à la Madeleine, au débouché de notre belle ligne 14 Mais pas flambard, jamais, rue de Berne...»
Paris de Villon, d'Apollinaire, de Fargue, de Queneau, de Roubaud : la promenade dans Paris est une forme de la déploration classique. À la fin, toute déambulation (on compte sur ses pieds) y compose (on compte sur ses doigts) des Regrets où la ville n'est pas ce qu'elle devrait.
Surtout de Queneau, d'ailleurs.
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