Auteur : Hélé Béji
Date de saisie : 14/02/2006
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Arléa, Paris, France
Collection : Essai
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-86959-725-9
GENCOD : 9782869597259
Je viens d'un pays de culture musulmane, j'y vis, et ayant eu la chance d'avoir été élevée avec une grande liberté, et une absence de conformisme religieux, j'ai pu observer, sans en souffrir, la tradition islamique. Cette expérience m'a semblé exemplaire pour toutes les femmes, qu'elles soient d'Orient ou d'Occident. J'ai éprouvé le besoin de m'élever contre l'idée fausse qui les opposait. En fait, j'ai découvert que ce qu'on appelle «orientalité» est une composante intime de la féminité, et ce qu'on appelle «occidentalité», une composante intime de la liberté. Personnellement je vis ce paradoxe comme une force, et non comme une faiblesse. A travers cette réflexion autobiographique, je redécouvre le sens de ma liberté et de ma vie intellectuelle.
Je suis persuadée que la femme ne doit pas penser contre son être archaïque, mais avec lui. C'est à ce prix que l'obscurantisme religieux sera vaincu. Deux histoires cohabitent dans la femme contemporaine, son être domestique et son être politique, son sexe et son esprit, son passé et son présent, dans une dualité que je vis comme une richesse. Car c'est dans cette tension intime que gît le secret de son humanité. La femme actuelle (musulmane ou pas) qui voudrait rejeter loin d'elle cette femme «antérieure» perdrait de vue sa propre généalogie, la force de sa future liberté créatrice.
La femme traditionnelle était la gardienne de la demeure. La femme moderne a heureusement brisé ses chaînes, et gagné l'égalité, mais n'a-t-elle pas aussi égaré son «lieu», la faculté d'animer le quotidien, sa vocation spirituelle, sa relation au monde ? A l'aube du XXI° siècle, dans le déracinement de la modernité, comment retrouver le sens d'une nouvelle «demeure», quand la destruction de celle-ci est la blessure inguérissable de la femme «moderne» ?
Les femmes qui croient n'être que les représentantes de leur sexe manquent l'essentiel de leur être. Faut-il haïr les hommes seulement parce qu'ils sont hommes, comme les femmes étaient méprisées parce que femmes ? Non, l'esprit de justice passe par la neutralité de son sexe. La vertu de la femme n'est pas son identité féminine, mais son humanité féminine.
Au-delà de la question de la femme, c'est la question de l'humain qui se pose pour moi. Car la question de la femme dit autre chose qu'un discours exclusivement féminin. Elle porte avec une intensité particulière le destin de notre époque : la confrontation de la tradition et de la modernité. Elle dit le tout de l'humain, l'épreuve de la solitude, la domestication moderne, la perte de la demeure, l'enjeu de l'Islam et de l'Occident, la difficulté de concilier l'ancien et le nouveau, et la façon dont l'homme supporte ou détruit le trésor de sa mémoire.
Hélé Béji
Née dans une société musulmane, élevée dans une famille libérale et tolérante, Hélé Béji a pu observer les traditions sans en subir les contraintes ni les interdits. Elle y a découvert un monde spirituel où s'est forgé l'itinéraire de sa liberté.
«Serais-je une femme archaïque ?», se demande l'auteur face au malaise de la femme moderne. Non, car l'expérience du passé lui a révélé avec une lucidité plus aiguë le sens de la modernité.
Si la femme traditionnelle nous dévoilait le trésor du quotidien dans le «souci de la demeure», la femme moderne, elle, a gagné de haute lutte sa place dans la société. Mais aurait-elle perdu sa relation au monde ?
Pour affirmer et enrichir sa liberté nouvelle, la femme doit repenser cette «force qui demeure». Au-delà de son identité féminine, saura-t-elle affirmer son humanité féminine ? «La grandeur de la femme, dit Hélé Béji, ne doit pas se bâtir sur la misère de l'homme.»
Agrégée de lettres modernes, Hélé Béji a enseigné la littérature à l'université de Tunis. Elle a travaillé à l'UNESCO et a fondé en 1998 le Collège international de Tunis.
«Je suis à la maison. Déjà le crépuscule ? Par la fenêtre, au bord du ciel, une ligne poudrée de craie bleutée irradie un long, un immense bain de particules roses arrachées aux reflets rougissants de la terre, tissées d'horizons effleurant les toits, tout exaltés de leur contact. C'est la fantaisie du visible qui se retourne sur l'invisible c'est déjà sa face nocturne levant le voile sur les sources du rêve.
La rumeur de la ville me parvient comme un ruisseau impalpable qui rafraîchit l'atmosphère de son écho familier et humain. La ville est là, tout près, un murmure dont la compagnie est indispensable au silence. Est-il jamais si doux et si profond qu'habité par le léger tintement des gestes invisibles de la foule inconnue ? Je regarde la lumière se découper sur les vieux meubles ; une douceur fragile éclaire les objets sous la coquille de l'air.
Je pense à ma mère, à ce qui peut émaner d'un être au long de son existence, ce que nous en recevons dans le mystère de nos dispositions morales, l'orientation qui nous place sur le chemin de notre vie, la perspective qui se dessine en nous dans le pastel de l'amour maternel...»
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