Auteur : Muriel Tenne
Date de saisie : 19/01/2006
Genre : Education, Pédagogie
Editeur : Ellipses, Paris, France
Collection : Pratiques littéraires
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 978-2-7298-2251-4
GENCOD : 9782729822514
Enseignant le français, j'ai constaté que les élèves "entraient" facilement dans l'étude des textes biographiques mais j'ai aussi perçu que les éléments de l'analyse, pour rassurants qu'ils soient, ne permettaient pas toujours de faire émerger le caractère profondément littéraire, poétique, au sens de ce qui est constitutif du caractère littéraire d'un texte. Pour éviter que les élèves succombent facilement à la tentation de vérifier la "vérité", la "sincérité" d'un texte, notions qui n'ont en elle-même qu'une portée limitée, il m'a paru utile d' aborder l'enseignement du biographique autour de la notion de la constitution d'un sujet par l'écriture. Ce qui a le mérite de contourner l'exclusion, à mes yeux injuste, de la poésie de ce champ littéraire. Certes cette démarche conduit à une rupture avec la familiarité que les élèves croient avoir avec ces textes mais elle replace au centre de la réflexion la question de la littérarité.
Muriel Tenne
Enseigner le biographique c'est d'abord constater que les élèves entrent facilement dans ce domaine : «l'écriture du moi» leur semble effectivement moins étrangère que de nombreux autres textes, de plus la réflexion universitaire a fourni des outils d'analyse facilement réutilisables et par conséquent rassurants. Ce livre prend appui sur cette impression de «familiarité», de façon à conduire vers la notion de littérarité : toute écriture biographique n'est pas littéraire et l'élève de lycée doit pouvoir mettre au jour les aspects poétiques d'un texte et donc distinguer dans les écrits la nature de l'écriture mise en jeu.
Muriel Tenne est professeur agrégée de lettres modernes, docteur ès lettres. Elle enseigne en classes préparatoires aux grandes écoles au lycée Claude Fauriel à Saint-Étienne. Elle est l'auteur de nombreux articles sur la poésie contemporaine ainsi qu'un livre sur le secret.
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«Le parcours historique du champ biographique a souvent été présenté, nous pouvons renvoyer pour une étude plus exhaustive au livre de J. Lecarme et E. Lecarme-Tabone1. Ne sera donc proposé ici que le rappel des grandes étapes nécessaires à la réflexion. Cependant nous ne chercherons pas à indiquer un point zéro, une origine du champ biographique, adhérant en cela au propos de Philippe Lejeune : «Il existe une seconde illusion de perspective : celle de la naissance du genre, après laquelle le nouveau genre, né d'un seul coup, se maintiendrait conformément à son essence.»
Dès l'Antiquité, «le récit de vie» est présent et la tradition veut que l'on cite L'apologie de Socrate comme oeuvre emblématique. La vie «racontée» est alors présentée comme un modèle, une référence unanime. Avec le développement du christianisme, les vies de saints remplissent une fonction similaire, il s'agit effectivement de retenir ce qui dans la vie d'un individu singulier lui confère un caractère exemplaire en vue de l'éducation et de l'édification des autres, à savoir les lecteurs. La fonction d'exemplarité semble donc première historiquement, indiquant comme un des fondements de l'écriture biographique la relation qui doit être établie entre d'une part l'individuel, le singulier et d'autre part le collectif, l'universel. C'est donc à l'aune de cet élargissement vers le collectif et l'universel, de cette relation spéculaire, que nous étudierons le biographique, de façon notamment à le distinguer de l'intime.
Saint-Augustin déplace ensuite la perspective avec ses Confessions, dans la mesure où s'il maintient la volonté d'édification du lecteur, ce n'est plus par le récit extérieur d'une vie, mais par l'histoire d'une conscience. L'écriture se tourne alors vers l'expression intime, selon la tradition chrétienne de l'examen de conscience. Il inaugure ainsi le récit d'une vie selon l'angle de la foi, à savoir le récit d'une relation de l'homme à Dieu. Par la confession s'établit un lien entre l'écriture de soi et une volonté apologétique qui passe par la reconnaissance du péché pour aboutir à la glorification divine, à la manifestation de la grandeur de Dieu...»
Extrait de l'introduction :
««Je me suis toujours été un autre.»
Cette formule étonnante de Romain Gary, dans Vie et mort d'Émile Ajar, condense toute la complexité à l'oeuvre dans l'entreprise de représentation du sujet, que celui-ci cherche à se dire lui-même ou pas. Si la forme verbale composée autour de la voix passive et de la pronominalisation permet de mettre en relief le double statut d'objet et de sujet de la première personne, c'est essentiellement pour dire cette distance de soi à soi qui justifie le sentiment d'altérité que Romain Gary présente à de nombreuses reprises comme un des fondements de l'écriture. Par son affirmation volontiers provocante, R. Gary mêle donc de manière fort pertinente la transformation-création du sujet par lui-même - «Je est un autre.» -, la perception du sujet par lui-même et l'association d'activité et de passivité qui le caractérise. Cette formule possède donc le mérite de synthétiser en une énonciation percutante les différents enjeux de la représentation du sujet...»
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