Auteur : Michel de Montaigne
Traducteur : Alain Legros
Date de saisie : 16/01/2006
Genre : Philosophie
Editeur : Alternatives, Paris, France
Collection : Grand pollen
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-86227-467-6
GENCOD : 9782862274676
«Je...», dit Montaigne, qui m'autorise à faire de même ici après une longue étude des inscriptions peintes au plafond de chêne de sa bibliothèque, celles qu'on connaissait déjà et celles que j'ai trouvées ; ou plutôt réveillées, belles au bois dormant qui m'ont changé en prince d'un jour. Voyageur, il aimait, lui aussi, à relever celles qu'il rencontrait, gravées en belles capitales sur des monuments antiques. Tous les lettrés de son époque cultivaient ce goût. Ils avaient aussi celui des petites phrases, bien senties, bien frappées, qu'ils recueillaient au cours de leurs lectures.
La nôtre a celui, ni similaire ni tout à fait étranger, de la calligraphie. Oui, cette belle écriture, déliée, experte, libre, inventive, les inscriptions choisies par Montaigne l'appelaient, et d'abord pour notre plaisir. Avec elles, on entre un peu dans les «Essais», et en tout cas dans cet ouvroir où Montaigne «s'essaya», dictant et écrivant, toujours plus ou moins en passant. Lieu réel d'une «librairie» aménagée un peu après 1570 au deuxième étage d'une tour périgourdine ; lieu mental consacré à soi-même autant qu'à l'amitié, sous un ciel de quelque soixante-dix sentences grecques et latines, voix d'outre-tombe et cependant toujours vivantes, si proches aujourd'hui encore pour qui prend le temps d'écouter.
Lecteur, si je parle à la première personne, permets que je te tutoie (ainsi fait aussi Montaigne), car je t'invite à parcourir à ton tour, avec les dessinateurs, mes complices, et dans le plus grand désordre possible, ces textes écrits sur des poutres et solives il y a plus de 400 ans, phrases tirées de la Bible, des sceptiques et des poètes, par lesquelles l'hôte des lieux se rappelait à lui-même la vanité de toute science et l'excellence d'une sagesse à mesure d'homme. Ces phrases, je les ai traduites au plus près, mais j'ai voulu qu'elles claquent, comme il sied à des sentences; puis j'ai suivi leur cheminement dans le grand livre, pour que la citation allonge leur saveur. J'ai surtout voulu offrir au plus grand nombre ce résultat d'un long travail d'épigraphie. Les calligraphes ont fait le reste, tout le reste, pour leur plaisir et pour le tien.
Alain Legros, traducteur de l'ouvrage
Au plafond de son cabinet de travail, sa "librairie", Montaigne avait orné poutres et solives d'inscriptions grecques et latines, soixante-cinq au moins, réparties sur deux couches. Ces sentences sceptiques, bibliques, souvent poétiques, railleuses parfois, toujours hostiles à l'orgueilleux, au savant et au sage autoproclamé, rappellent que la science offerte par les livres n'est que vanité, amas d'incertitudes, et qu'à défaut de s'instruire, du moins peut- on "s'essayer" à penser.
Ce florilège de courtes phrases, traduites et présentées par Alain Legros, ouvre de façon peu commune sur l'intimité d'un penseur, éclairant de l'intérieur les textes des Essais, et permet d'approcher différemment un philosophe qui allait de "la plume comme des pieds" et qui, s'il aspirait à la sagesse, la voulait "gaie et sociale".
Stéphanie Devaux, Denise Luc et Jean-Marie Dommeizel ont pris des cours de calligraphie auprès de Laurent Pflughaupt. Les élèves et "le maître" ont décidé de mettre en commun leur talent pour donner ici, chacun à leur tour ou ensemble, leur interprétation des sentences choisies par Montaigne.
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Extrait de la présentation :
««JE...», dit Montaigne, qui m'autorise à faire de même ici après une longue étude des inscriptions peintes au plafond de sa bibliothèque, celles qu'on connaissait déjà et celles que j'ai trouvées ; ou plutôt réveillées, belles au bois dormant qui m'ont changé en prince d'un jour. Voyageur, il aimait, lui aussi, à relever celles qu'il rencontrait, gravées en belles capitales sur des monuments antiques. Tous les lettrés de son époque cultivaient ce goût. Ils avaient aussi celui des petites phrases, bien senties, bien frappées, qu'ils recueillaient au cours de leurs lectures.
La nôtre a celui, ni similaire ni tout à fait étranger, de la calligraphie. Oui, cette belle écriture, déliée, experte, libre, inventive, les inscriptions choisies par Montaigne l'appelaient, et d'abord pour notre plaisir. Avec elles, on entre un peu dans les Essais, et en tout cas dans cet ouvroir où Montaigne «s'essaya», dictant et écrivant, toujours plus ou moins en passant (seulement un millier de pages en vingt ans). Lieu réel d'une «librairie» aménagée un peu après 1570 au deuxième étage d'une tour périgourdine, lieu mental consacré à soi-même autant qu'à l'amitié, sous un ciel de quelque soixante-dix sentences grecques et latines - aucune française, pas même le célèbre «Que sais-je ?» -, voix d'outre-tombe et cependant toujours vivantes, si proches aujourd'hui encore pour qui prend le temps d'écouter. Mais visitons, comme au premier jour...»
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