Auteur : Norbert Rouland
Date de saisie : 14/08/2006
Genre : Droit
Editeur : Presses universitaires d'Aix-Marseille, Aix-en-Provence, France
Collection : Isegoria
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 978-2-7314-0486-9
GENCOD : 9782731404869
Rien de grand ne s'est jamais accompli sans passion : c'est un propos célèbre de Hegel. Mais la passion peut aussi faire souffrir (la Passion du Christ). Dès lors, que faire avec ses passions, notamment la passion amoureuse ? Je suis à la fois juriste, historien et passionné par les arts. Dans cet ouvrage, qui couvre essentiellement la période des XVIIe et XVIIIe siècles français, j'ai tenté de mettre en parallèle l'histoire des passions dans les arts et le droit, sans oublier la philosophie. Ma conviction est en effet qu'à toute époque, il y a un «esprit du temps» dont on peut saisir les manifestations dans des domaines a priori différents.
Sous l'Ancien Régime, les artistes n'ont pas le rôle que leur donnera plus tard le romantisme : on leur demande moins d'exprimer leurs angoisses et leurs espoirs que de satisfaire à des commandes des puissants : l'Eglise, les dirigeants politiques. Les juristes aussi sont souvent au service des représentants de ces milieux : les légistes ont fait carrière à l'ombre de la royauté, dont ils servaient les buts. Au début de notre période, les jugements sur les passions sont sévères : la passion, surtout amoureuse, est trompeuse et éphémère. En philosophie, mais aussi chez certains membres éclairés du clergé, on assiste cependant progressivement à une valorisation des aspects positifs de la passion envisagée comme source de dynamisme, et au XVIIIe siècle à une valorisation du plaisir. Les scènes mythologiques ou de bataille cèdent aux portraits de l'intimité familiale, notamment aux maternités. On réclame aussi une musique plus simple : au temps de Mozart, Jean-Sébastien Bach est au purgatoire. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les juristes n'apparaissent pas comme les censeurs les plus rigoureux des passions. Au contraire, une longue tradition chez les pénalistes trouve des excuses à ceux qui agissent sous le coup des passions (le crime passionnel a bénéficié longtemps d'un traitement de faveur) ; de nos jours, en matière sexuelle, tout est permis pourvu qu'il s'agisse d'adultes consentants (il n'y a juridiquement rien de répréhensible à ce qu'un père commette l'inceste avec sa fille majeure consentante). Les femmes ont longtemps été excusées plus facilement que les hommes : on estime en effet qu'elles ont moins de raisons qu'eux, moins de moyens «naturels», de lutter contre leur passions et leurs impulsions. C'est pourquoi, jusqu'à une époque récente, les femmes mariées ont été tenues juridiquement pour des incapables, puisqu'elles avaient besoin d'être protégées contre elles-mêmes. Pour autant, leur sensibilité plus grande ne suffit pas à les prédisposer à la carrière artistique : la maîtrise d'une technique exige des capacités rationnelles dont, croit-on, elles sont moins pourvues que les hommes : les premières femmes n'apparaissent dans les classes de composition du Conservatoire de Paris qu'à la fin du XIXe siècle. De même, les carrières féminines chez les peintres sont rares : dans la seconde partie de cet ouvrage, j'analyse celle d'Anne Vallayer-Coster, qui connut à la fin du XVIIIe siècle un succès plein d'ambiguïtés tenant justement à sa condition féminine.
Norbert Rouland
Sommaire:
- LES PASSIONS A L'AGE BAROQUE : DES ARTS AU DROIT
- Des mots en souffrance : étymologie des passions
- Un couple qui s'est trouvé : l'individu et la passion
- Insaisissables passions : controverses philosophiques
- Un couple mal assorti : le juriste et la passion
- Bien le dire : rhétoriques
- LES FEMMES PEINTRES A LA FIN DU XVIIIe SIECLE : UNE RESISTIBLE ASCENSION
Extrait de la présentation :
«1765 : Jean-Jacques Rousseau vient de publier L'Emile et Le contrat social ; en Allemagne commence la période du Sturm und Drang. Rien de tout ceci ne transparaîtra dans l'exécution de la commande que confient alors les Messieurs du Parlement de Rouen à Louis Jacques Durameau (1733-1796) : Le triomphe de la Justice. Il entrera l'année suivante à l'Académie. C'est un artiste encore jeune (trente-trois ans en 1765), mais assez vite on le considérera comme un homme du passé. A sa mort, tous l'avaient oublié. Son tableau ne connaît pas un meilleur sort. D'abord placé dans la Chambre criminelle du Parlement de Rouen, on l'attribue par erreur en 1842 à un autre peintre, J.-B. Deshays. On le retrouve en 1969, en mauvais état, dans le couloir du premier étage du Palais de Justice. Il est restauré en 1974 et se trouve aujourd'hui dans la salle des Audiences correctionnelles du Tribunal de grande instance de Rouen.
Convenons qu'il n'est pas inoubliable : une oeuvre simplement moyenne. Assistée à sa gauche par la Force, la Justice s'apprête à couronner l'Innocence, qui foule aux pieds la Cruauté et l'Envie. En 1767, Diderot porte sur l'oeuvre un jugement mitigé : la Justice est trop raide, l'Innocence bien fade ; les passions vaincues sont plus réussies, mais l'ensemble fait un peu fatras...»
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