Auteur : Alain Girard
Date de saisie : 26/01/2006
Genre : Histoire, Géographie
Editeur : la Mirandole, Pont-Saint-Esprit, France
Collection : Images et histoire
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-909282-97-8
GENCOD : 9782909282978
Une personne âgée qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle, dit-on souvent et c'est vrai, me semble-t-il. Depuis plus de quarante ans, je récolte des anecdotes sur ma ville natale et ses habitants auprès de vieux Spiripontains, témoins oculaires et de surcroît héritiers des traditions du pays. J'ai accumulé des faits en apparence anodins. Je les ai consignés, après avoir pris le soin d'en vérifier soigneusement la véracité, à partir de diverses sources comme la presse et les archives les plus variées. Dans la durée du siècle, j'ai vu apparaître les luttes souvent âpres entre les clans, notamment avec la montée de l'anticléricalisme. Jamais victoire ne fut définitivement acquise et défaite irrémédiable. Et, toujours, l'union sacrée se reconstituait lorsqu'il était question du Rhône, notre fleuve divinisé. Réduite à l'état de souvenirs, la vie resurgissait au fil des anecdotes et les monuments de la ville en gardaient fidèlement la mémoire. La démarche a donné le sous-titre de l'ouvrage : Derrière la pierre, l'homme.
Mais comment mettre en scène une telle documentation et faire oeuvre d'historien ? Conservateur des musées du Gard, j'ai dans les collections que je gère une formidable documentation inédite. Les photographies anciennes et les cartes postales m'ont fourni le fil conducteur et le prétexte à exhumer une telle masse de documents. J'ai écrit le livre très vite, en un mois à peine. À la publication, j'ai vu non sans une profonde émotion que nos pères avaient transmis à leurs enfants le flambeau de l'amour de leur ville. L'ouvrage a ranimé leur flamme. Face à l'incurie des hommes, on se prend à espérer, afin qu'hier prépare des lendemains qui vaillent. J'ai le sentiment d'avoir fait oeuvre utile, en parfaite complicité avec l'éditrice, également de Pont-Saint-Esprit.
Alain Girard
Ville portuaire bâtie sur un rocher à l'entrée de la Basse vallée du Rhône. Pont-Saint-Esprit a eu au cours des siècles une histoire événementielle exceptionnellement remplie, l'articulation entre la voie d'eau et les routes ayant fait sa fortune. Depuis la construction du pont au XIIIe siècle, le commerce basé sur le sel et les céréales y est florissant. C'est aussi une ville de charité qui accueille les pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle. C'est enfin une place militaire qui régule ou verrouille les liaisons nord-sud et entre la Provence et le Languedoc.
En témoigne un riche patrimoine constitué par des hommes aux ambitions diverses. La lutte a toujours été vive pour le pouvoir entre le seigneur-prieur de Cluny et les officiers du roi de France, attisée par une bourgeoisie commerçante aux velléités d'autonomie non dissimulées.
La Révolution a désorganisé l'équilibre des forces en présence dans cette ville qui se releva lentement au cours de la première moitié du XIXe siècle. Renaissent alors les tensions entre ceux qui prônaient le retour de l'Ancien Régime et une bourgeoisie ouverte sur le progrès social. L'alternance du pouvoir conduit à remodeler le cadre urbain à partir du port. Puis lentement mais inexorablement le fleuve échappe aux Spiripontains. La période 1850-1950 permet de retracer l'histoire d'une ville au passé glorieux qui refuse la fatalité et entend rester maîtresse de son destin. Les images apportent un témoignage précieux pour rendre présents cette histoire et les hommes qui l'ont écrite au fil des jours.
Alain Girard, docteur d'État ès Lettres et Sciences Humaines, est conservateur en chef du patrimoine. Il est directeur de la conservation départementale des musées du Gard. Ses nombreuses publications concernent essentiellement le Moyen Âge, en particulier la place de l'image dans la construction du discours religieux. Il travaille également sur l'histoire de l'ordre des chartreux et co-dirige la revue internationale Analecta Cartusiana.
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Extrait de «Suivez-moi...» :
«C'est à partir de photographies et plus particulièrement de cartes postales que cet ouvrage vous propose de pénétrer dans l'espace spiripontain des années 1850-1950. Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de cette démarche. Regarder le passé et vouloir en conserver la mémoire ne signifie pas vivre dans le passé. Il ne faut pas s'y tromper. Le réel actuel ne peut pas seulement vivre d'une célébration dévote des transcendances d'hier, mais sans pour autant rompre complètement avec le faux réel des références culturelles anciennes.
Jusqu'au milieu du XIXe siècle, la peinture, le dessin et la gravure ont constitué les sources majeures de la connaissance du cadre de vie de nos pères, avec la part d'interprétations, d'erreurs ou de tromperies qu'ils peuvent véhiculer. Le pont, plus que la ville et ses habitants, a surtout intéressé les artistes de l'Ancien Régime. Désormais, la photographie fournit un contingent d'images qui paraissent objectives et semblent ne pas pouvoir mentir. L'affirmer serait aller un peu vite en besogne. De plus, fixé par l'objectif, l'instant éphémère prend l'accent du définitif. Ainsi en va-t-il de ce pont de bateau qu'emprunta le général Belhague, inspecteur général des troupes du Génie, le 10 mars 1934....»
Extrait de «Retour sur images...»
Le corpus d'images que l'on va découvrir est antérieur à l'expansion industrielle et à la pénétration d'une culture nationale. Pont-Saint-Esprit y apparaît dans son aspect monumental et déjà contemporain. C'est devenu un gros village.
Derrière la pierre, l'homme. S'y cache la réalité sociale remise en cause en 1789 mais qui n'est effectivement remodelée qu'au cours des décennies 18301840. Elle oscille entre nostalgie et modernisme.
Un exemple est particulièrement significatif. Des édifices ont été désaffectés et se pose le problème de la réutilisation de ces grands corps sans vie. C'est le cas des bâtiments conventuels du monastère clunisien. Qu'on ne laisse plus subsister les moines, frelons de la société..., avait-on noté sur le cahier des doléances du Tiers État de Pont-Saint-Esprit. Augustin de Villeperdrix, maire royaliste de 1826 à l 830, voulut conserver les souvenirs de l'histoire glorieuse de la ville sous l'Ancien Régime. Il projeta de les réinsérer dans la vie quotidienne. Le monastère Saint-Pierre était le siège du seigneur-prieur. Le maire royaliste se sentit dépositaire de cet ancien pouvoir. Il se substituait à lui. Aussi voulut-il y transférer l'Hôtel de Ville et profiter de l'occasion pour installer les frères des écoles chrétiennes dans des locaux spacieux. Ce serait l'école officielle qui dispenserait une éducation axée sur les valeurs ancestrales, dans le respect des principes religieux bien malmenés dans les dernières décennies. Telle est l'époque de la Restauration. Au même moment, de Villeperdrix supprime des témoins encombrants. Il fait enlever l'arbre de la liberté, un tronc de peuplier ébranché et peint. Il s'en sert de poutre pour soutenir le toit du hangar de sa calèche...»
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