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L'imitation du bonheur

Couverture du livre L'imitation du bonheur

Auteur : Jean Rouaud

Date de saisie : 06/01/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-07-077623-8

GENCOD : 9782070776238


  • La présentation de l'éditeur

En 1871, une Constance Monastier, jeune épouse d'un maître soyeux des Cévennes, n'a a priori rien à partager avec un Octave Keller, proscrit de la Commune de Paris, réchappé de la semaine sanglante et de ses 30 000 morts. Tout les oppose : leur milieu, leurs convictions, et cette interprétation de l'insurrection parisienne au sujet de laquelle la jeune femme, dans la diligence qui la ramène à Saint-Martin-de-l'Our, en aura entendu des vertes et des pas mûres. Tout les oppose, et pourtant c'est bien cette Constance qui profitera d'un incident de parcours pour fausser compagnie aux autres voyageurs, et fuir à travers les monts cévenols avec ce vagabond fiévreux trouvé blessé sur le chemin. Octave aura trois jours pour donner à la jeune femme une autre image de ceux qu'on appelle les communeux. De quoi évoquer la haute figure de l'Admirable, autrement dit d'Eugène Varlin, de quoi la convaincre que la justice et la générosité font un très honnête programme, de quoi le réconcilier, lui, hanté par les visions du massacre, avec le meilleur de la vie, de quoi découvrir ensemble que l'amour n'a pas déserté, alors que tout autour le monde ancien bascule dans la modernité, que le cheval cède devant le train, que le cinéma s'annonce, et que le roman en aura bientôt fini avec ce genre d'histoires. Mais Constance Monastier, la plus belle ornithologue du monde, dont une pierre gravée sur le mont Lozère porte le souvenir, valait bien qu'on renoue avec certaines pratiques romanesques...





  • La revue de presse Daniel Rondeau - L'Express du 19 janvier 2006

Qu'est-ce que L'Imitation du bonheur, de Jean Rouaud ? Un roman, vraiment ? Le scénario commenté d'un film ? Des variations sur le thème de la Commune de Paris et «la nostalgie d'un avenir meilleur» ? Un rêve qui ne finit pas ? Disons pour commencer que c'est l'histoire d'une vie peut-être trop romanesque pour être racontée de façon ordinaire. Une jeune femme aux cheveux rouges voyage en diligence à travers les montagnes des Cévennes...

Fille d'un jardinier, Constance a épousé un maître soyeux des Cévennes qui l'a recueillie à la mort de son père. La jeune femme se repose de l'inconfort de la route, de la chaleur et de la promiscuité avec des compagnons de voyage plus ou moins agréables en regardant par la fenêtre...

A ce moment-là, l'auteur se prend à rêver. Et aussitôt il en avise ses lecteurs. C'est d'ailleurs l'une des nombreuses singularités de L'Imitation du bonheur :... Tout à coup, Constance aperçoit par la vitre de la diligence la silhouette d'un vagabond qui vient de tomber et dévale la pente en roulant entre les broussailles. «La suite, chacun en détournant son regard pourra le lire. C'est le récit de vos cicatrices intérieures. Mais ce qu'il faut dire aussi, c'est que si cet homme était fou, ce fut d'abord de vous, fou de votre beauté, de vos fines taches de son sur votre gorge, de votre grâce longiligne, du balancement de votre robe quand vous vous faufilez entre les fauteuils du salon...», etc.

Très beau passage que celui de ce télescopage de deux âmes. L'Imitation du bonheur ne manque d'ailleurs pas de réussites...


  • La revue de presse Patrick Kéchichian - Le Monde du 20 janvier 2006

Si l'on devait classer les romans en fonction de l'énergie qu'ils contiennent et de la confiance dans le genre romanesque qu'ils manifestent, L'Imitation du bonheur devrait être au plus haut. Mais à ce livre débordant et généreux, qui aligne avec aisance ses 600 pages, une préface était nécessaire. Elle se trouve déjà écrite et publiée, sous la forme d'un autre livre, le précédent, L'Invention de l'auteur (Gallimard, 2004). Eclairant pour mesurer le projet, et surtout le désir de l'écrivain, ce livre n'est évidemment pas un préalable indispensable à la lecture de L'Imitation du bonheur. Avant cet adieu à une certaine forme de création, qui était en même temps (et surtout) une belle déclaration d'amour à tous les possibles de la littérature, il y a avait eu cinq romans publiés chez Minuit, dont le premier, prix Goncourt en 1990, Les Champs d'honneur. Tous appartenaient à la veine autobiographique et familiale... Pour manifester la toute-puissance de la fiction et de l'imaginaire, Jean Rouaud met en oeuvre plusieurs techniques, joue de multiples instruments. L'histoire du cinéma, celle de la photographie sont sollicitées, mises en parallèle avec les pouvoirs et privilèges de la littérature. L'écrivain dialogue avec son personnage, Constance, l'interpelle, tombe presque amoureux de ses "yeux couleur de grisaille atlantique". L'omniprésence de Rouaud tout au long de son propre livre est la conséquence directe du basculement du genre dans la "modernité". Comme si l'innocence était désormais interdite, qu'il fallait sans cesse se justifier, s'expliquer, se regarder agir et écrire. Cela a pour effet d'alourdir l'énergie et le rythme du livre. A force de se distribuer en mille digressions, bifurcations et apostilles, cette énergie se perd, se dilue. Et on peine, non à retrouver le fil, mais à conserver l'intérêt et, surtout, le sentiment d'intense bonheur que l'auteur sait si bien, en beaucoup de pages, nous procurer.


  • La revue de presse Jacques-Pierre Amette - Le Point du 12 janvier 2006

... «L'imitation du bonheur» - étrange titre trompeur - est un roman qui reprend la majeure partie des mécanismes narratifs du «nouveau roman». On y retrouve l'exploration minutieuse et à la loupe des cartes postales et des plaques photographiques stéréoscopiques chères à Claude Simon. On y multiplie les changements de ton, les faux raccords, les emboîtements, les apartés, les réflexions annexes, les protestations et les corrections de l'Histoire (toujours trop sympa avec la bourgeoisie), les décadrages du réel, le vouvoiement à quoi on reconnaît à la fois Butor et Barthes. Une prolifération d'incises, de parenthèses, de mises en abyme, de bifurcations du commentaire sur le commentaire qui est la tendance théorique 1960...

Il n'y a aucune puissance affective, mais l'inusable ennui d'un exposé culturel dont les pages ont volé dans une cage d'escalier. Bien sûr, on invoquera la construction circulaire des fugues de Bach, l'espace ouvert boulézien, le machinisme industriel des structuralistes des années 60, le minimalisme narratif, le débobinage beckettien, tout ce qui a concouru à la nuit du 4-août du roman balzacien. Mais la diligence de Rouaud, faute de mouvement, devient une charrette fantôme et un voyage au bout de l'ennui...


  • La revue de presse Patrick Grainville - Le Figaro du 5 janvier 2006

Jean Rouaud, dont on connaît les romans finement tricotés sur son père, sa mère et tout le saint-frusquin consanguin, cette dentellière des napperons de famille sort du grenier et passe à l'épopée ! Une grande histoire d'amour avec pour toile de fond la Commune, flamboyante comme l'affiche d'Autant en emporte le vent ! Le coup de foudre entre la plus belle ornithologue du monde et un rescapé de la semaine sanglante. Mais il faut une bonne partie du roman pour assister à la collision sacrée de ces astres ! Car rien ne les dispose à la conjonction. Constance est apparemment une bourgeoise riche, sorte d'Emma Bovary belle et huppée qui, montée à Paris, s'en retourne d'abord en train puis par la diligence vers sa province cévenole où l'attend son mari, le manufacturier Monastier, son aîné de quarante ans. Octave Keller, lui, a réchappé par miracle aux exécutions à la mitrailleuse des communards dans le jardin du Luxembourg. Blessé, il fuit à travers les mêmes Cévennes, espérant rejoindre le Sud et franchir la Méditerranée. Cette chronique d'un télescopage annoncé usera de mille détours et correspondances concentriques avant de nous offrir au sommet de la pièce montée : les amants totémiques !

Rouaud reprend les faits depuis Homère, il faut ce qu'il faut !... Un récit de près de six cents pages, hardi les gars ! D'une remarquable diversité d'angles et de jeux narratifs, imbriquant sa marqueterie de parenthèses tarabiscotées et de raccords malicieux. Le romancier est omniscient, furieusement libre, encyclopédique et affabulateur rusé, débridé...


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