Auteur : John Berger
Traducteur : Katya Berger Andreadakis
Date de saisie : 06/01/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-87929-483-4
GENCOD : 9782879294834
A Lisbonne, au détour d'une rue, John Berger rencontre sa mère, pourtant morte depuis quinze ans. Elle l'accompagne le temps d'une balade parmi les azulejos colorés et lui raconte son premier amour. A Cracovie, dans le dédale d'un marché, il aperçoit Ken, son "passeur", l'homme de trente ans son aîné qui lui a tout appris - à peindre, à tricher aux cartes, à boire - lorsqu'il était adolescent. A Madrid, c'est son vieux professeur d'école qui réapparaît. D'ici là se fonde sur le pouvoir de l'imagination littéraire et le don d'ubiquité de l'écrivain : être à la fois ici et là-bas, parmi les vivants et les morts, dans le présent et dans le passé. En convoquant celles et ceux qui ont fait de lui l'homme et l'artiste engagé qu'il est, ce roman dessine en creux le portrait de son auteur.
John Berger est né à Londres en 1926 et vit en France, dans un village de Haute-Savoie, depuis le début des années 70. Ont paru aux Editions de l'Olivier Qui va là ?, King, Photocopies, et G.
Lisbonne, Cracovie, la grotte Chauvet, Genève, Madrid. Une maison en Pologne, dans la forêt. La mère de John Berger, sa fille, son père, son instituteur de l'école primaire, un ancien camarade d'études, un jeune ami polonais et sa femme. Jorge Luis Borges.
On ne peut comprendre «D'ici là», le nouveau livre de l'auteur de «G.», qu'en commençant par essayer d'énumérer les lieux mais aussi les personnages, morts pour la plupart, certains encore vivants, qui le parcourent - qui le hantent.
Ni roman, ni recueil de souvenirs d'un écrivain presque octogénaire, ni impressions de voyage, il s'agit plutôt d'une suite d'esquisses... «D'ici là» est aussi un hymne à la sensualité du quotidien. John Berger parle magnifiquement de l'odeur d'une soupe à l'oseille, de la texture d'une peau de pêche, des azulejos de Lisbonne, de la corne servant à fabriquer un couteau de poche : il est attentif au grain de l'existence, à son parfum.
Son livre est un précis d'existence, et de sérénité.
On ne s'est peut-être pas aperçu que, comme tant d'auteurs britanniques, John Berger (né à Londres en 1926) était aussi un travel writer : ce Savoyard d'adoption, dont les romans sont des histoires de migrations et de transhumances, n'écrit que pour bourlinguer. Et ce ne sont pas les paysages qui l'attirent, mais les êtres qui les façonnent, les âmes qui les habitent : pour Berger, l'éternel frontalier, le voyage est bien plus qu'une invitation à l'exotisme ; c'est un art de vivre, une éthique, une manière d'être un citoyen du monde.
Mêlant vagabondages spirituels et souvenirs autobiographiques, D'ici là raconte huit histoires qui sont autant de périples, autant de rencontres à travers une Europe peuplée d'amis retrouvés et, parfois, de revenants...
Chaque fois, c'est un être, une couleur, un parfum, une musique qui l'interpellent. Chaque fois, l'écriture saisit l'éphémère pour aller au coeur des choses : Berger est un braconnier de l'essentiel,...
Lire John Berger n'est pas une action habituelle parce qu'il écrit avec ses cinq sens, pas moins... L'homme de lettres usuel table essentiellement sur deux des cinq sens : la vue et l'ouïe. Il note ce qu'il voit, ce qu'il entend : «Le drapeau va au paysage immonde, et notre patois étouffe le tambour» (Rimbaud). Tout ce qui est paroles est entendu, c'est l'oreille. Tout ce qui est portrait, paysage, nature morte est vu, c'est les yeux. John Berger met en jeu les trois autres sens, goût, toucher, odorat. Ce qu'il perçoit l'est sous tous les angles, par toutes les ondes. Il faut qu'il passe à l'action, il doute, il questionne, il ne peut pas laisser dans l'ombre un passé et un futur, un proche et un lointain, il traque les valeurs, les qualités, les manques, le dessous des cartes de tout ce à quoi il s'attache... «D'ici là» est le nouveau livre de John Berger. Vous allez faire du chemin. Passer des peintures rupestres de la grotte Chauvet à la santé du pape Karol Wojtyla, du ghetto juif de Kraków dans l'automne 1941 au film des Marx Brothers «Une nuit à l'opéra». Londres, Dakar, Lisbonne, la tombe de Jorge Luis Borges à Genève... Lisez les pages claires et vivantes du globe-trotter John Berger, et d'ici là patience !
«Ecris ce que tu trouves et aie la courtoisie de nous mentionner», murmure la mère de John Berger dans les rues de Lisbonne, où tous deux se promènent, des rives du Tage au Barrio Alto. Elle glisse son bras sous celui de son fils, évoque avec lui des moments heureux, des instants essentiels qui fondent toute une vie. Elle est impertinente comme une jeune fille de 17 ans puis, soudain, usée comme une vieille dame. Et qu'importe qu'elle soit morte depuis quinze ans, elle est venue ordonner à son fils de ne rien oublier et de réinventer ceux qui lui apprirent à devenir un homme et un créateur. D'ici là est un magnifique voyage littéraire et le portrait en creux de l'artiste au fil du temps, des rencontres et des expériences... C'est un tendre récit universel sur la mémoire et la création. En parlant de lui, en révélant les «passeurs» qui lui donnèrent les clés pour peindre et tricher aux cartes, John Berger parle de chacun d'entre nous, choisissant les mots les plus sensuels, les instants les plus prégnants. Evoquant son meilleur ami, Ken... Une belle leçon de vie, d'amour et d'intelligence partagée ; une oeuvre d'intellectuel qui sait tendre la main.
En cette année 2006, John Berger va avoir 80 ans. Difficile de penser que le temps de la mémoire n'est pas venu. Mais on imagine mal cet artiste protéiforme - romancier, poète, critique d'art, essayiste, scénariste... - écrivant une autobiographie conventionnelle. Les conventions, il les a toujours refusées... Son nouveau livre, D'ici là - désigné ni comme roman ni comme récit - et dont sont extraites ces phrases -, est, en huit chapitres, suivis d'un "8 ½", une affirmation magnifique des pouvoirs de la littérature sur le temps, qui perd son horizontalité chronologique et devient vertical, faisant resurgir, au présent, ce qu'on croyait enfermé dans le passé. Ainsi, à Lisbonne, qui "entretient un rapport avec le monde visible qu'aucune autre ville ne partage", John Berger retrouve sa mère, morte depuis quinze ans. Ils se promènent ensemble dans la ville et dans leur rêve. Elle évoque un amour de jeunesse, redonne ses conseils pour "respecter la vie". Elle prévient son fils, avec humour : "On dirait quelqu'un qui écrit son autobiographie. Arrête ! (...) Tu vas forcément te tromper." En encourageant cependant son projet : "Ecris ce que tu trouves et aie la courtoisie de nous mentionner."... D'ici là n'est pas seulement ce brillant exercice de remémoration, ce jeu avec les villes, les moments, les personnes, cette autobiographie en fragments et en creux. Son constant bonheur de lecture tient aussi au regard de John Berger, à sa présence à la nature, aux objets, à son goût des matières, des couleurs. Ainsi sa description des fruits, des légumes, des fromages du marché de Cracovie. Ou ce bref et délicieux chapitre, le quatrième, "Quelques fruits tels que s'en souviennent les morts", où "pinsons, rouges-gorges, mésanges, moineaux et, parfois, une pie voleuse" viennent se poser sur les branches des pruniers...
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