Auteur : Jack-Alain Léger
Date de saisie : 06/01/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Roman français
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-207-25289-5
GENCOD : 9782207252895
Ultime tour de piste d'un écrivain définitivement exclu du spectacle et à qui n'est resté que sa petite musique. Assemblage, assortiment des premières pages de livres abandonnés en chemin faute de temps, autrement dit faute d'argent, le nerf de la guerre pour qui vit de sa plume. Vestiges d'une oeuvre à venir qui demeurera donc inachevée. Avec, en prime, de très brefs essais réunis ici comme autant de coups de chapeau aux artistes révérés : Mozart, Shakespeare, Büchner, Rossini, Strauss, Vélasquez, Cervantès, Hofmannsthal, Pouchkine et quelques autres. "Vous serez un grand écrivain posthume", me prédit un éminent éditeur il y a déjà vingt ans de cela. J'en accepte aujourd'hui l'augure en publiant, comme l'avait décidé avant moi Musil, "l'oeuvre posthume de mon vivant". Je n'étais pas fait pour le cirque moderne. J'ai trop cru en la littérature, trop peu sacrifié à l'image. Franc-tireur isolé, j'ai perdu la guerre... Hé bien ! la guerre.
Figure du rock underground des années 70 et écrivain aux multiples masques, Jack-Alain Léger, né en 1947, fascine par son ubiquité littéraire. Ayant connu aussi bien le succès mondial que les tirages confidentiels, il est à ce jour l'auteur, sous ce nom ou d'autres (Dashiell Hedayat, Melmoth, Paul Smaïl), de trente-cinq ouvrages parus, pour la plupart des romans.
De la fureur et des pleurs, du bruit et des silences, de la tragédie et du grotesque, des fragments et des fresques, de l'érudition et de la vulgarité, des imprécations et des confidences... Il y a de tout dans ce sublime bout à bout raté, ce théâtre baroque et cabossé, ce coup de gueule, ce coup de sang, ce hurlement de douleur et de terreur. Depuis quelque quarante ans qu'il est entré en écriture, avec trente-huit romans et cinq pseudonymes, on aime ou on déteste Jack-Alain Léger, ses détestations, ses provocations, ses grossièretés. Son style furibard ou délicieusement mozartien, perpétuellement insaisissable et imprévisible... Dans la grande tradition française des écrivains gueulards du XIXe... Mais derrière les coups de griffes de sale gosse, Hé bien ! La guerre est sans doute, est surtout une ode à l'art, à l'artiste, qui peut, qui doit encore tout oser...
La parution de Hé bien ! la guerre, un récit incendiaire de Jack-Alain Léger, est l'occasion de s'arrêter sur la vieille tradition française de l'écrivain en colère. En leur temps, Léon Bloy, Georges Bernanos et Louis-Ferdinand Céline attaquèrent les hommes autant que les idées. A l'heure d'Internet, l'invective littéraire a trouvé de nouveaux canaux. Et à lire certains brûlots contemporains, il semble que cette vieille dame ait encore de beaux jours devant elle...
C'est l'année Mozart, pourquoi ne pas commencer par en faire l'année Léger ? Ecoutez la musique : «Ne pas subir la nécessité : la vouloir. Faire comme si, du moins. S'y abandonner mais pour la tourner à son avantage. Comme le funambule quand, cessant de se raidir contre, il commence à l'accompagner : que dans sa danse et son désir contraire d'un sol solide, il trouve piano piano l'accord, affermit peu à peu ce réel trop souple, en apaise le roulis, le stabilise, et bande alors le fil sous ses pieds, dirait-on, le cire, le durcit, le tire à volonté, l'élargit enfin aux mesures d'une planche jetée au travers du vide, le change en parquet à danser par la seule force de son imaginaire.»
Cette cadence, au début d'Hé bien ! La guerre, son nouveau roman, reviendra sans cesse d'une manière ou d'une autre. D'emblée, et comme presque toujours chez l'auteur, tout est déclaré, c'est-à-dire écrit, c'est-à-dire joué comme un thème sur lequel viendront se greffer fugues et variations... Hé bien ! La guerre, Léger l'avait annoncé depuis longtemps dans de précédents romans. L'expression est le post-scriptum que, dans les Liaisons dangereuses, la marquise de Merteuil adresse au vicomte de Valmont qui lui demandait de choisir entre guerre et paix. Léger s'assimile donc à Merteuil : dans le roman de Laclos, l'écrivain, c'est elle, et l'ennemi de la société, c'est elle aussi. Ce que Merteuil ne supporte plus en Valmont, c'est la complaisance à soi-même et au monde. Léger déclare, lui aussi, la guerre à cette complaisance. Mais, amateur de Diderot et des vieux baroques espagnols, il le fait à sa façon : il étale la mise en scène du livre en train de se faire ; il la déplie, la surjoue, la redouble ; il indique sans fin le sens du jeu. Rien ici ne va sans dire, ni sans montrer comment et pourquoi c'est dit. Le livre devient l'immense didascalie d'une pièce qui n'existe pas. Son unique centre et sujet est l'auteur lui-même... Léger réinvente sur la page tous les moments de joie qu'il a voulu vivre...
Mais non, Jack-Alain Léger n'a pas "perdu la guerre", contrairement à ce qu'il dit en publiant ce nouveau livre, justement titré Hé bien ! la guerre. Il le mène magnifiquement, ce combat perpétuel des écrivains contre les littérateurs et certains critiques - les "tocards" se permettant "de donner des leçons de style, et, plus pénible encore, des leçons de morale" à leurs contemporains. On voudrait pouvoir citer de longs extraits du texte donnant son titre au livre, tant il est férocement réjouissant... Jack-Alain Léger n'est pas près de rendre les armes, et il mérite qu'on le suive dans sa colère et à travers toutes les facettes de son amour de l'écriture.
58 ans, quelque 35 livres, 5 pseudonymes : Jack-Alain Léger a beaucoup de bagages et se dit fatigué, voire brisé par cette guerre sans fin. Pourtant, il donne en ce début d'année un texte fou, pluriel, provocateur, et magnifiquement stimulant. Le kaléidoscope d'une oeuvre en mouvement, de projets non aboutis, d'hommages à des artistes, des héros, des livres qui ont accompagné son parcours. Un kaléidoscope de lui-même aussi : il joue avec ses doubles, avec divers moments, diverses humeurs - humour, jugement sévère sur soi, rage, et, parfois, un ressentiment qu'il conteste, pour éviter l'aigreur. Tout cela soutenu par une unique passion, celle de mettre le monde en mots.
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