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Une vie divine

Couverture du livre Une vie divine

Auteur : Philippe Sollers

Date de saisie : 06/01/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-07-076831-8

GENCOD : 9782070768318


  • La présentation de l'éditeur

"Ludi est une merveilleuse menteuse. C'est d'ailleurs la phrase que je me suis murmurée au bout de trois ou quatre rencontres : "merveilleuse menteuse". Mère en veilleuse, très bonne menteuse. Il suffit de la voir, là, bien blonde épanouie aux yeux noirs, cheveux courts, avec sa robe noire moulante, sur la terrasse de cet hôtel, en été. Elle est fraîche, bronzée, elle sait qu'elle se montre, elle laisse venir les regards vers elle, elle s'en enveloppe comme d'une soie. Oui, je sais, elle vous dira qu'elle a pris deux kilos et que c'est dramatique, mais non, justement, elle est parfaite comme ça, rebondie, ferme, ses seins, son ventre, ses cuisses évoquent aussitôt de grands lits ouverts. Ah, ce croisement de jambes, ses fesses lorsqu'elle va au bar, sa façon de sortir et de rentrer et de ressortir et de rerentrer son pied de son soulier gauche -la cheville, là, en éclair -, et puis de rester cinq secondes sur sa jambe droite, et de recommencer, rentrer-sortir, rentrer-sortir, comme pour dire j'ai trouvé chaussure à mon pied, et c'est moi, rien que moi, venez vous y frotter si vous croyez le contraire. Son corps se suffit à lui-même et elle n'a pas à s'en rendre compte. Il dit tout ce qu'il y a à dire, mais elle ne pourrait pas le parler."



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  • La revue de presse Jean-Paul Enthoven - Le Point du 19 janvier 2006

Dès qu'il se lance d'un pas allègre à la conquête de nouvelles sensations, Philippe Sollers, cet Ulysse bordelais, se choisit d'ordinaire un excellent compagnon de voyage. Vivant Denon, Mozart, Casanova, Voltaire furent ainsi de ses précédentes odyssées. Comme des équipiers ? Disons, plus exactement, comme des tuteurs autour desquels le romancier s'enroulait, tel un lierre, afin de suggérer - puis d'insinuer, puis de clamer, puis de hurler - sa vision d'un monde enjoué, vénitien, léger, vivant. Cette fois, l'équipier-tuteur en impose : c'est un génie fragile, moustachu, marcheur, danseur mental, sain d'esprit jusqu'au jour fatal où, à Turin, il perdit la raison en se prenant pour un cheval. A quoi bon, d'ailleurs, dissimuler son nom (Nietzsche), puisque, depuis la sortie de cette «Vie divine», Sollers ne cesse de le brandir, ici ou là, comme un totem indispensable par temps de «France moisie»... Donc Nietzsche ? Eh oui ! Avec tout le tintouin d'usage : Zarathoustra, la moraline, la mort de Dieu, le surhomme, l'Engadine, l'Antéchrist, le Gai Savoir, la Grande Santé, l'Aurore, le Crépuscule... Pourtant, le nietzschéisme sollersien est infiniment plus subtil et charmeur qu'une pesante leçon de métaphysique. Et c'est avec grâce, par touches précises, par dosage musical, qu'il nietzschéise - comme on vocalise - son propos... ce roman est globalement dingo, quoique localement épatant. Je laisserai volontiers au nouvel évangéliste ses pitreries de conférencier, sa poétique de la palinodie, ses excès paranoïdes, ses coups de bonneteau, ses enthousiasmes convenus - et on ne m'ôtera pas de l'idée qu'il faut être un peu désespéré pour faire ainsi, comme Sollers, l'éloge de la joie. Mais penchez-vous sur le coeur de ce livre. Sur ses pages magnifiques où il décrit quelques instants intenses (le réveil, la faim, une peau, des lèvres...). Et vous vous aviserez sans peine qu'un souffle superbement dionysiaque gonfle cette prose sèche et vibrante. Avec cette «Vie divine», Sollers est au sommet de son talent et de sa charmante loufoquerie...


  • La revue de presse Daniel Rondeau - L'Express du 12 janvier 2006

Friedrich Nietzsche est l'un des personnages du dernier roman de Philippe Sollers, Une vie divine. Pourquoi pas ? Le romancier est son seul maître et il est toujours stimulant de se frotter à un génie. Le Nietzsche de Sollers circule librement dans le temps, tel un homme qui enjamberait les siècles et les passions sur de grandes échasses. A Turin, il achète du raisin noir à une marchande de fruits, dans la rue, fait une apparition dans le boudoir d'un bordel parisien sous l'Ancien Régime, il dîne seul au Grand Véfour, assiste à des soirées spéciales, lit les Mémoires de Saint-Simon à la Bibliothèque nationale. Sa présence dans notre époque, exprimée par de nombreuses citations, est celle d'un «spectre réel».

Il n'y a pas que des fantômes dans cette Vie divine. Le lecteur rencontre divers personnages, tous entraînés dans la ronde de l'éternel retour... Philippe Sollers disposait pour affronter une telle ambition romanesque de sa gaieté et de sa culture. Mais à l'épreuve des pages, bien trop vite, sa gaieté renarde...


  • La revue de presse Jean-Baptiste Harang - Libération du 5 janvier 2006

Page 524, il ne reste plus qu'une page à lire, avant les annexes et quinze pages blanches où se reposer, le temps de multiplier par 34 les cahiers de 16 pages, page 524 donc, le livre commence par ces mots : «Le pape est très convenable dans Mozart, et Ingrid et lui jouent parfois autre chose ensemble. Un pape, Mozart, une violiste, que vouloir de plus ? Assis dans un coin, M.N., pensif, les écoute. On se croirait, au début du 21e siècle, dans un roman de Sollers.» C'était donc ça, cette puce dans l'oreille, du Sollers, depuis le début on se doutait de quelque chose, cette ironie, ce bagout, ce goût, cette évidence à ne pas se payer de mots mais de les délivrer comme de l'or, cette vraie modestie qui nous épargne la fausse, cette manie et ce talent de citer l'autre pour ne pas fatiguer de soi, de se contenter de peu parce qu'on ne résiste pas à un mauvais bon mot («Le philosophe (...) garde son Kant à soi», page 125), et exiger beaucoup parce qu'on en a les moyens, exiger des lecteurs, exiger beaucoup de ses lecteurs : «L'ennui est une ivresse. Je ne comprends pas sa mauvaise réputation», page 225. Du vrai, du bon Sollers...


  • La revue de presse Frédéric Beigbeder - Le Figaro du 5 janvier 2006

... Je commence Une vie divine. Comme d'habitude, c'est un roman qui n'en est pas un. Comme d'habitude, Sollers alterne des pages parfaites, limpides, alertes, et d'autres banales, répétitives, meublées de citations...

Une vie divine est le journal intime d'un philosophe qui couche avec une vendeuse blonde (Ludivine) et une philosophe brune (Nelly), avant de se prendre pour la réincarnation de Friedrich Nietzsche. Souvent, Sollers s'est pris pour quelqu'un d'autre : Sade, Casanova, Vivant Denon, Mozart...

J'ai fini le livre cette nuit. Ma phrase préférée : «Le monde n'ayant aucun sens, autant le considérer comme gratuit.» A 69 ans, Philippe Sollers n'a plus rien à perdre ni à prouver. C'est très agréable pour le lecteur, un auteur qui se fait plaisir, virevolte, fait des pieds de nez. Il est libre, il respire, il regarde Julie Lescaut, se moque de Foucault et Schopenhauer, il a une intelligence électrique, mais aussi une capacité à s'émerveiller, à transmettre le virus de la littérature, une gourmandise intacte pour chaque détail du corps des femmes, un désir de poésie, un amour de la nature, une humanité jamais résignée : voici l'écrivain le plus vivant du monde. Lisez-le ou vous êtes morts.


  • La revue de presse Marc Fumaroli, de l'Académie française - Le Monde du 6 janvier 2006

... Une vie divine commence en fanfare par le portrait de deux adorables Parisiennes, Vénus et Diane d'un François Boucher très "tendance", toutes deux méritées et honorées parallèlement par le narrateur sollersien : elles conjurent de leur voluptueux allegro vivace, tout au long du roman, le post-coïtum triste du "Schopenhauer des classes moyennes". Première "vengeance par le bonheur".

La "guerre du goût" se veut désormais guerre totale, prenant les proportions d'une nouvelle lutte des classes, individus aristocratiques contre "plèbe" massifiée, tandis qu'au ciel des idées s'affrontent deux éons métaphysiques, le Mauvais Ange qui dit non à la vie et la Vérité qui lui dit oui. Entre les combattants terrestres, les lits et les adresses n'ont pas le même nombre d'étoiles, les intercesseurs philosophiques non plus. Le petit Tintin surmené de Houellebecq ne peut évoquer que furtivement son Méphisto, un Schopenhauer défaitiste et niveleur. Alors que, dans les intervalles de délicieuses "séances" en galante compagnie, à Londres, Paris ou Venise, le gentilhomme philosophe d'Une vie divine a tout loisir, dans son propre "Journal", pour noter et commenter les abondants extraits de ses vastes lectures.

Cette Vie divine, c'est la vraie biologie génétique, celle qui fait par élection de son héros bien né, sang d'encre plutôt que sang bleu, un Nietzsche redivivus, le Nietzsche d'un "Eternel retour" qui ne serait pas la triste duplication dégénérative et égalitariste, de clone en clone, selon Houellebecq, mais une spirale inspirée qui, revenant sur elle-même, ne va pas, d'une réincarnation à l'autre, sans accroissement de lumières. Notamment dans l'ordre de Vénus, où le Nietzsche initial, né puritain, était resté un apprenti. Seconde vengeance par surabondance d'intelligence et d'illuminations...


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