Auteur : Jean-Yves Le Naour
Date de saisie : 03/02/2006
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Hachette Littératures, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-01-235958-1
GENCOD : 9782012359581
De 1917 à 1922, une épidémie de lettres anonymes s'abat sur la ville de Tulle. Glissés dans les paniers des ménagères, abandonnés sur les trottoirs, les rebords des fenêtres et jusque sur les bancs des églises, ces centaines de courriers qui dénoncent l'infidélité des uns, la mauvaise conduite des autres alimentent toutes les conversations. Peu à peu, une atmosphère de suspicion empoisonne la ville : quel est donc ce mystérieux anonyme ? Que recherche-t-il ?
Quand un greffier de la préfecture, troublé par la réception d'une missive, perd la raison et meurt au cours d'une crise de démence, l'enquête policière s'accélère et la presse nationale se précipite à Tulle. Les feuilles à scandale ne se trompent pas : l'affaire se révèle machiavélique et l'instruction riche en rebondissements.
Une fois le coupable identifié, ce fait divers qui a défrayé la chronique aurait pu être oublié s'il n'avait servi de source d'inspiration à Henri-Georges Clouzot pour réaliser Le Corbeau en 1943, chef d'oeuvre du cinéma des années noires. Si le film a durablement éclipsé l'histoire dont il est issu, l'affaire des lettres anonymes de Tulle méritait d'être sortie de l'oubli car la réalité, surprenante, diabolique, dépasse sans doute la fiction.
Jean-Yves Le Naour, historien et spécialiste de la Première Guerre mondiale et de l'entre-deux-guerres, a déjà publié chez Hachette Littératures Le Soldat inconnu vivant (1918-1942) (2002), La Honte noire (2004) et La famille doit voter (2005). Avec Le Corbeau, il livre une histoire du fait-divers, de la rumeur et de la délation - le roman vrai du film de Clouzot.
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Qui se souviendrait d'un étrange fait divers, survenu à Tulle au tournant des années 1920, si Henri-Georges Clouzot n'en avait tiré la matière du Corbeau ? L'histoire de ce flot de lettres anonymes qui bouleverse la préfecture endormie de Corrèze méritait d'être restituée tant elle nous renseigne sur la société provinciale française au sortir de la Première Guerre mondiale mais, surtout, tant elle met en scène l'étonnante permanence des mécanismes de production des rumeurs dont se repaît l'opinion publique... la presse nationale, enfin, s'empare du sujet, alors, le fait divers qui défraie la chronique est constitué. Dans son long développement qui court de 1917 à 1922, il aura mis au jour, par ailleurs, des protagonistes qui nous paraissent encore très actuels : une presse qui parle sans savoir, un juge d'instruction qui l'instrumente et qui s'égare en utilisant tour à tour les services d'un hypnotiseur et ceux d'un expert graphologue aussi vaniteux qu'incompétent...
En 1943 sort sur les écrans français Le Corbeau, film d'Henri-Georges Clouzot, d'après un scénario de Louis Chavance datant de 1937... C'est depuis ce film qu'un délateur anonyme est appelé en France un «corbeau». Parce que le véritable «corbeau» était une femme habillée en grand deuil. Entre 1917 et 1921, elle a mis le feu à la ville de Tulle (Corrèze) avec des centaines de courriers signés «l'Oeil de tigre» et abandonnés un peu partout. Démasquée, condamnée à une peine légère, Angèle Laval était une vierge folle et mythomane qui n'avait pas supporté d'être éconduite par son chef de service à la préfecture. Elle en avait conçu une «rage concentrée»... Le minutieux travail de l'historien Jean-Yves Le Naour reconstitue cette affaire. Le livre se lit à toute vitesse, mais pas comme un roman : la matière est sèche; les personnages demeurent lointains ; la détresse des acteurs reste impalpable. Les manières révolues du langage de l'époque théâtralisent le fait divers, le tirant vers une comédie à la Feydeau...
Extrait de l'introduction :
««Ceci est une histoire à la Balzac. Le grand écrivain de La Comédie humaine se serait penché, cette fois, avec son incomparable talent d'analyse aiguë, sur une ville exaspérée au suprême degré par un crime lent, secret et terrible, qui y est perpétré dans l'ombre.» Le mystérieux crime dont parle Le Petit Marseillais empoisonne effectivement la ville de Tulle depuis 1917, mais ce n'est qu'en décembre 1921, avec la première victime recensée, que la presse s'intéresse finalement à cette affaire peu banale...»
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