Passion du livre - tout sur le livre : Au diable vauvert. Alatyr

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Au diable vauvert. Alatyr

Couverture du livre Au diable vauvert. Alatyr

Auteur : Evgueni Zamiatine

Traducteur : Jean-Baptiste Godon

Date de saisie : 20/01/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Verdier, Lagrasse, France

Collection : Poustiaki

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-86432-458-4

GENCOD : 9782864324584


  • La dédicace de l'auteur

Le diable n'existe pas, chacun sait cela.
Vauvert n'est plus qu'une plaque en pierre sur les remparts de la place d'Enfer.
Satan, Prince du Monde, qui occupait jadis le Château de Vauvert et l'imaginaire des peuples a déguerpi la Terre, ne demeure plus à ces adresses. Il est pourtant des petits hommes pour l'ignorer, pour se damner, ficher le camp au bout du monde, tomber d'amour, écrire des livres et de plus sots encore pour les traduire.
A quoi bon ?
Voici l'histoire d'Au diable vauvert : un long voyage, quelques beuveries, un meurtre, un duel, un rire, un bal, puis un amour colossal qui finit par sombrer dans un ennui poisseux et une poésie folle.
Vient ensuite Alatyr : un conte tendre et joyeux où des filles à marier se disputent un beau prince attardé, où Kostia, un jeune homme graphomane, attribue au Malin ses amours contrariées, où le pope du diocèse apprécie tout autant l'Evangile, la boisson, les cancans, les démons.
La Russie de Zamiatine est celle d'hier et d'aujourd'hui : une paroisse déglinguée dont les ouailles acculées chantent à tue-tête nos petits malheurs et nos menus péchés. Ces deux récits colorés sont mes premières traductions, j'y ai mis tout mon coeur, ma candeur et mon temps. On n'y trouve ni fourche, ni corne, ni queue pointue mais le diable en personne dont le plus grand talent est de nous faire croire qu'il n'existe pas.

Jean-Baptiste Godon, traducteur de l'ouvrage



  • La présentation de l'éditeur

... Attendu... que le récit [de Zamiatine] en son entier est manifestement contraire aux bonnes moeurs tant par son contenu que par son énoncé ; attendu qu'il est impossible d'en isoler les passages manifestement indécents en raison de leur multitude..., le Tribunal de District... déclare saisi... le troisième numéro du journal Préceptes en date du mois de mars 1914.»
Ainsi le récit d'Evgueni Zamiatine «Au diable vauvert» est-il interdit dès sa parution et son auteur assigné à résidence en Carélie pour outrage aux bonnes moeurs.
Les deux récits présentés ici, Au diable vauvert (1914) et Alatyr (1915), offrent le tableau d'une Russie provinciale, burlesque et colorée, à la veille du cataclysme de la première guerre mondiale pour l'un, et de l'apocalypse révolutionnaire pour l'autre.
Historiquement daté - les allusions à l'Alliance franco-russe permettent d'en situer l'action entre 1892 et 1914 -, Au diable vauvert est dépourvu d'indications topographiques précises. Il évoque le quotidien d'un détachement militaire quelque part aux environs de la frontière chinoise, du côté de la mer du Japon, en un lieu accessible uniquement par la mer. La Censure devait interpréter ce récit comme une «image profondément insultante des officiers russes».
Alatyr, ville inventée dont le nom est aussi celui de la pierre légendaire des contes russes, vient compléter l'exploration imaginaire de l'ancienne Russie effectuée par l'auteur. Paradis originel qui, bien souvent, s'apparente à un enfer, la cité d'Alatyr est peuplée de bates craintives ou sauvages. La Censure reprochera à Zamiatine d'y avoir campé des personnages «qui n'ont pas figure humaine».
Evgueni Zamiatine est perçu par nombre de ses contemporains, dès la parution de ses premiers récits, comme un nouveau Gogol, ce qui ne doit rien au hasard. En effet, à travers le rire gras des soldats d'Au diable vauvert ou les rêves des jeunes filles d'Alatyr, Zamiatine fait rire, de même que Gogol dans Les Ames mortes. Mais l'auteur qui, de son propre aveu, souffre d'hérésie chronique et tient la vie pour une tragédie, rappelle à la fin de chaque récit que son rire est avant tout une politesse du désespoir.





  • La revue de presse Jean-Pierre Thibaudat - Libération du 2 février 2006

Il est toujours réjouissant de voir traduit et publié un récit d'Evgueni Zamiatine, le plus grand peut-être des écrivains russe méconnus. Bolchevique de la première heure, il connut les geôles tsaristes. Après la révolution d'Octobre, il fut très vite critique. Si bien qu'il aura été l'un des rares écrivains à la fois censuré par les services du tsar et, plus tard, interdit de publication par la censure soviétique. Réfugié dans la pédagogie, cet ex-ingénieur forma les écrivains du futur, mais, las ne de plus pouvoir être lu, demandera, dans une lettre à Staline, qu'on le laisse partir à l'étranger,... On publie donc Au diable vauvert, un récit de 1914 inédit en français dont on aurait pu traduire le titre par «Au bout du bout» ou, pour reprendre une expression plus russe que française, «au-delà de la géographie». L'histoire racontée est celle, collective, d'une poignée de militaires confinés dans un port du Pacifique et vivant en relative autarcie. Comme une version du Désert desTartares aux confins de la Russie et trempée dans l'encre de la vodka. On boit évidemment beaucoup dans ce cul du monde où les guéguerres intestines tiennent lieu de combat homérique. Tout y est dérisoire et drôle, tout tient dans l'art qu'a Zamiatine de décrire ses personnages, de les mettre en scène. L'intrigue, forcément relâchée, donne au récit une allure joliment débridée... Un des moments les plus hilarants nous concerne : l'arrivée d'officiers français venus inspecter sans prévenir l'état des troupes alliées. Je ne vous dis que ça.


  • La revue de presse Sébastien Lapaque - Le Figaro du 19 janvier 2006

Il faut lire tout Zamiatine...

L'entrée véritable de Zamiatine en littérature date de 1912, année de la publication de Province, peinture pittoresque de la vie russe où se lit l'influence de Gogol et de Remizov, qui reconnut l'auteur comme un pair. En 1914, Zamiatine publia Au diable vauvert, un récit mettant en scène le quotidien d'un détachement militaire à la frontière chinoise.

Cette satire gorgée de trouvailles et d'inventions langagières fut jugée antimilitariste par le tribunal du district de Saint-Pétersbourg. La censure n'apprécia pas davantage Alatyr, publié l'année suivante, où l'écrivain mettait déjà en place un univers contre-utopique, avec des animaux chargés de traduire les sentiments des hommes...



  • Les premières lignes

Extrait de la présentation de Jean-Baptiste Godon :

«Zamiatine est un illustre inconnu. Après sa mort en exil, celui qui fut l'un des plus célèbres écrivains des années vingt a été oublié, à dessein, par la Russie - depuis vingt ans alors - soviétique. Son roman anti-utopiste Nous autres et le scandale littéraire qu'il a provoqué, l'année du «grand tournant», ont longtemps occulté le reste de sa prose. Si certains de ses récits et nouvelles ont été republiés à la chute de l'Union soviétique, il n'existe pas, à ce jour, d'édition intégrale de ses oeuvres en Russie.
Les récits les plus fameux ont été traduits de son vivant: Nous autres, La Caverne, L'Inondation... D'autres traductions sont parues dans les années soixante-dix et quatre-vingt : Les Insulaires, Province, Le Pêcheur d'hommes... Deux longs récits restaient inédits en français : Au diable vauvert et Alatyr. On y trouve, dans la langue truculente de ses débuts, une description ironique et tendre de l'ancienne Russie, et une nouvelle facette de l'oublié Zamiatine.
«Je laisse rarement les gens entrer chez moi. Et, du dehors, vous ne verrez pas grand-chose», disait-il. Entrons voir !...»


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