Auteur : Gérard Unger
Date de saisie : 27/11/2005
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Biographies
Prix : 27.00 € / 177.11 F
ISBN : 978-2-213-62339-9
GENCOD : 9782213623399
Aristide Briand (1862-1932) est à la fois célèbre et méconnu. En dépit de la multitude de rues qui portent son nom, du prix Nobel de la paix qui lui a été décerné en 1926, et de sa popularité dans les dernières années de sa vie, il n'occupe pas dans la mémoire nationale la place qui lui revient. Comme si les insultes de l'Action française et l'inimitié de certains ténors de gauche et de droite brouillaient toujours son image ; comme s'il avait bien été l'inculte et paresseux politicien opportuniste, l'anticlérical à tous crins et sur ses vieux jours le pacifiste bêlant livrant la France à l'Allemagne que ses adversaires ont dépeint. Quelle injustice ! Voilà au contraire un homme parti de positions extrémistes (la grève générale...) et venu aux affaires afin de concilier les inconciliables. Sans lui, qui fut le rapporteur de la loi de séparation des Églises et de l'État en 1905, la question religieuse aurait pu tourner à la guerre civile : il a su amener les protagonistes à se ranger à un texte de compromis toujours en vigueur. Avant et pendant la Grande Guerre, il fut un bien peu pacifiste ministre et président du Conseil, élaborant en 1913 la "loi des trois ans", imaginant en 1915 l'expédition de Salonique afin de prendre les empires centraux à revers et menant une diplomatie au service de la victoire, notamment au moment de Verdun. Une fois la paix revenue, il tente avec lucidité et fermeté de tirer le meilleur parti du nouveau système international (SDN) pour contraindre l'Allemagne à jouer le jeu. Toujours pour assurer la sécurité de la France, sa préoccupation première, il se fait le "pèlerin de la paix" et promeut un projet d'union européenne qui ne verra le jour qu'à la fin des années 1950. Ce parlementaire à la belle longévité (1902-1932), cet orateur hors de pair sachant convaincre, ce grand homme d'État (de multiples fois président du Conseil et ministre des Affaires étrangères), cet esprit libre (il ne s'est pas longtemps accommodé des lourds et dogmatiques appareils politiques) s'est voué à la chose publique exclusivement, délaissant une carrière d'avocat qui s'annonçait brillante et ne sacrifiant guère à la vie privée - célibataire, il eut de nombreuses aventures et quelques amours durables (parmi lesquelles la comédienne Berthe Cerny et Marie Bonaparte). Il était nécessaire de remettre Aristide Briand dans la galerie des hommes illustres de la République. Gérard Unger y est parvenu avec science et talent.
Président de régies publicitaires du groupe Publicis, Gérard Unger est l'auteur de plusieurs ouvrages et articles historiques, en particulier d'une biographie de Lamartine poète et homme d'Etat (1998).
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Partons d'un étonnement. Qui s'attachera à dénombrer les noms de rues qui honorent les figures de la IIIe République dans toutes les communes de France trouvera sûrement Briand en haut de la liste, non loin derrière Gambetta et tout près de Ferry, de Clemenceau et de Poincaré. Pourtant, n'importe quel sondage improvisé autour de soi montre combien sa mémoire, soixante-treize ans après sa mort, est affadie et s'efface. On sait gré donc à la biographie ample et sagace que publie Gérard Unger de restituer pour nous les couleurs vives du personnage et de nous aider à comprendre pourquoi elles ont tant pâli.
A première vue, toute l'histoire d'Aristide Briand devrait le maintenir haut parmi la phalange de nos héros les plus positifs. Il illustra la méritocratie républicaine : fils d'un cabaretier de Saint-Nazaire, son intelligence ductile, son éloquence, sa capacité rare de persuasion, le hissèrent jusqu'aux plus hauts rôles, au point qu'il fut, record absolu, onze fois chef du gouvernement. Avocat, il combattit pour le socialisme avec vaillance et générosité, au côté de Jaurès, dans le prétoire, dans les congrès, dans les meetings, dans la presse, empêché par là, jusqu'à 40 ans, d'être élu à la Chambre. Il fut ensuite, comme rapporteur, le principal auteur en 1905 de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, habile, tolérant, persévérant : les louanges qui entourent de nos jours, cent ans après, un texte devenu sacré devraient retomber davantage sur lui... Comment s'expliquer dans ces conditions une pareille infortune posthume ? L'analyse de l'auteur est assez fine et équilibrée pour éclairer cela...
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