Auteur : Denis Guedj
Date de saisie : 27/11/2005
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : R. Laffont, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-221-09395-5
GENCOD : 9782221093955
"Obeid détacha la croûte d'argile, le visage apparut étonnamment détendu. Traits délicats, nez droit et fin, longs cils emmaillotés d'une gangue roussâtre. Et, surprise, des lèvres minces auburn retenant un sourire qui n'en finissait pas. Ce fut d'abord la main qui s'ouvrit. Occupé à guetter le frémissement des paupières, Obeid n'y prit pas garde. Aémer ne perçut qu'une masse sombre bordée d'un halo lumineux, qui lui cachait le soleil. Un homme au visage invisible lui tripotait le front. Le fracas de l'avion, la course en zigzag, le feu dans la poitrine, le souffle au ras du sol, le saisissement de se sentir projetée - rien en deçà : elle ne se souvenait ni d'où elle venait ni où elle allait. Elle tourna la tête, aperçut le petit cône d'argile au creux de sa main. En se baissant pour le saisir dans le cratère, elle avait échappé aux bombardements américains. Son sourire brutalement interrompu explosa. Un calculus sumérien de plus de cinquante siècles venait de lui sauver la vie." Mésopotamie-Irak : une même terre. Une terre qui a construit notre passé, et qui ébranle notre présent. Là, durant cinq mille ans, se déroulent les cinq vies d'Aémer, une femme habitée par une absence impossible à combler, que traverse l'histoire de l'invention du zéro.
Denis Guedj est mathématicien et professeur d'histoire des sciences et d'épistémologie. Il a écrit de nombreux romans et des essais, parmi lesquels : La Méridienne (Robert Laffont, 1997), Le Théorème du perroquet (Le Seuil, 1998), Les Cheveux de Bérénice (Le Seuil, 2002), L'Empire des nombres (Gallimard, 1996), Le Mètre du monde (Le Seuil, 2000).
Tout est affaire de position. Pour l'archéologue comme pour le mathématicien. Selon qu'il figure l'unité, la dizaine ou la centaine, le chiffre 1 prend une valeur totalement différente ; selon qu'on le prélève sur un site intact ou qu'on le récupère au lendemain d'un pillage, pièce brassée d'un trésor amassé sans souci de classement ni rigueur scientifique, le vestige des civilisations disparues livre ou non plus que lui-même, selon qu'il est, ou pas, "orphelin de la chronologie".
C'est sur ce principe simple que Denis Guedj, professeur d'histoire des sciences et d'épistémologie à Paris-VIII... Est-ce le martyre de la terre d'Irak, sol mésopotamien où fut inventée l'écriture, qui a décidé le romancier à emprunter autant à la fable qu'à l'histoire - l'évocation s'ouvre sur la miraculeuse survie d'une jeune femme ensevelie sous les débris lors des bombardements du printemps 2003 et la remise à jour d'un calculus, petit cône d'argile en usage à Sumer cinq millénaires plus tôt, porteur de cette mémoire qui fuit l'archéologue miraculée ? Sur le mode du conte oriental, Guedj explore ainsi la lente traversée du temps qui conduit à l'adoption du zéro, signe de l'absence rendue présente dans la mémoire écrite des hommes... Le fil rouge est assuré par la superbe Aémer, prêtresse d'amour à Uruk, prostituée à Ur, orinomancienne à Babylone, voleuse au souk le jour et danseuse de cabaret la nuit à Bagdad, archéologue enfin en quête d'un cénotaphe où honorer ses parents disparus dans un tremblement de terre. Une femme-mémoire qui "ne se souvient pas de ce qui (lui) est arrivé il y a sept jours" mais est "capable de réciter mot pour mot le poème entier du Déluge"... L'absence comme forme particulière de présence, comme la mort, n'est qu'une forme particulière de la vie. Apaisement de l'angoisse du vide comme de l'anéantissement. L'enjeu, moins philosophique que transcendant, méritait la grâce de la fable que Guedj lui octroie.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli