Ariane / Passion du livre

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.. Ariane

Couverture du livre Ariane

Auteur : Anne-Marie Simond

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ed. du Héron, Lausanne, Suisse

Prix : 22.00 €

ISBN : 978-2-88486-005-5

GENCOD : 9782884860055

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  • La dédicace de l'auteur

Me poserait-on la question : «Pourquoi écrivez-vous ?», je répondrais : «Pour l'écriture elle-même et pour chercher, dans les grands mythes, les ressorts de l'âme humaine, ses passions et les situations extrêmes auxquelles celles-ci peuvent pousser l'être humain, et en cherchant bien, pour trouver quelques mécanismes auxquels on ne penserait pas, habitués que nous sommes à ces représentations devenues immuables» - c'est ainsi que je m'étais attachée à découvrir le secret de Don Juan, dans LE SÉDUCTEUR.

Lorsque j'ai commencé ARIANE, je m'intéressais à un double mythe de la mythologie grecque, «Ariane et Thésée» et «Phèdre et Thésée» - on oublie souvent qu'Ariane et Phèdre étaient soeurs -, et je me demandais pourquoi Thésée avait aimé deux soeurs, avait séduit et abandonné l'aînée, puis épousé la cadette au retour de ses aventures... Piquée par la curiosité, j'ai reconstitué dans une famille moderne, dans notre monde moderne, la constellation des personnages des deux mythes, dont j'ai changé les noms, à l'exception de celui de la narratrice ; c'est donc Ariane, mariée à Lucien et mère de deux enfants, jadis amante de Constantin, qui raconte, après plusieurs années de séparation, dans le huis clos de la maison familiale à la campagne (l'action commence un vendredi en fin d'après-midi et se termine le dimanche soir), ses retrouvailles avec sa soeur Odette revenue en France avec Constantin, son amant, celui-ci de retour en Europe avec son fils Ivan, après vingt-deux ans passés en Australie ou en Nouvelle-Zélande, on ne sait ; et sa narration est à la mesure du bouleversement provoqué par ces retrouvailles, les deux soeurs ayant déjà des relations difficiles du fait de leurs liens enfantins d'amour et de haine provoqués par la jalousie, l'envie et la compétition pour la possession affective des parents.

Et me demanderait-on : «Comment écrivez-vous ?», je citerais partiellement Ariane décrivant l'art baroque au jeune Ivan - et c'est ainsi que je définirais la structure de l'écriture : «Vous croyez d'abord vous trouver dans un lieu bien déterminé, vous voyez partout des autels, des colonnes torses, des tentures, des nuages en plâtre et de faux rayons de soleil, vous pensez vous trouver dans un endroit simplement surchargé de décorations... comme l'esprit se trouve encombré de tout ce que nous voyons jour après jour... mais derrière ce fouillis décoratif, on ne s'en aperçoit pas tout de suite, s'ouvrent d'autres espaces, par des voûtes et des fenêtres intérieures, des coupoles, des chapelles, des couloirs... de même que l'esprit garde ouverts des passages vers des souvenirs cachés... et les lieux merveilleux et leurs habitants, peints en trompe-l'oeil au-dessus de vous, représentent ce que l'imagination apporte à l'esprit pour lui permettre de lutter contre le désespoir et la laideur...», et : «On croit se trouver dans un monde d'exubérance et de joie, où il n'y a que la vie, rien que la vie... mais on découvre que la mort s'y trouve toujours, cachée dans une fresque, derrière une broderie ajourée ou un tulle orné de perles».

Anne-Marie Simond



  • La présentation de l'éditeur

«[...] il tira sa chemise hors de son pantalon, la déboutonna, en rejeta un pan sur sa hanche et exhiba son torse nu, sans poils, dont la forte musculature restait apparente sous la chair, «En plus, je suis un bon baiseur et je sais te faire jouir.» - «C'est vrai.» ; je me redressai sur un coude pour embrasser sa bouche de statue, ourlée et gonflée dessus et dessous, son menton rasé de si près qu'on y sentait à peine les poils de la barbe, puis je mis ma figure dans le col ouvert de sa chemise, contre la peau tendre de son cou, étonnamment fraîche malgré la chaleur, plus hâlée que le reste de son corps à cause du soleil de juillet, et je respirai son odeur âcre contrastant avec sa nature de blond, mélangée à son eau de toilette très riche qui évoquait toujours pour moi les palais florentins à larges bossages et hautes fenêtres géminées, je me soûlai à respirer ces parfums, pour me pénétrer de tout ce qu'ils représentaient d'heureux dans ma vie [...]»

Deux soeurs se retrouvent après des années de séparation, et le passé sera revécu par les acteurs de cette tragédie qui nous rappelle les mythes d'Ariane et de Phèdre ; la vie reprendra cependant le dessus.
L'expérience du théâtre, de la peinture et du dessin a donné à Anne-Marie Simond la capacité de voir et de décrire avec une richesse baroque et une grande rigueur. Ce livre très charnel, magnifiquement écrit, est rempli de beauté, de haine et d'amour.

Anne-Marie Simond, née en 1941 à Lausanne, fit ses études à l'École des Beaux-Arts de Lausanne et commença sa carrière avec le dessin de mode et le graphisme. Dès 1968, elle travailla pour le théâtre (décors, costumes et projets de scénographie) et, simultanément, exposa peintures et dessins en Suisse, en Allemagne et en France. Pour des revues et des quotidiens suisses et français, elle créa dans les domaines de l'illustration, du dessin politique, de la bande dessinée et du comic-strip, elle écrivit également des chroniques et des nouvelles. Le Séducteur, son premier roman, parut chez Olivier Orban, Paris. Les Éditions du Héron, Lausanne, ont publié son étude, Louis Soutter & Madge Fursman, in Louis Soutter, Crayon, plume & encre de Chine, ainsi qu'un recueil de ses comic-strips, La Petite Alice.





  • Les premières lignes

Vendredi, en fin d'après-midi.

[...]

Exaspérée, je me débarrassai de mes socques en les envoyant, l'un contre le montant de la baignoire, l'autre au fond de la salle de bains, je pris un verre sur la tablette du lavabo, le jetai de toutes mes forces sur le carrelage, où il se fracassa bruyamment, ce qui fit s'éparpiller de tous côtés les menus morceaux, et pieds nus, me moquant bien d'avoir mal, je marchai sur les pointes de verre, «Oui, je change d'avis au dernier moment : si j'avais 40° de fièvre, on n'irait pas à Champs, alors considérons que mes pieds ont une fièvre de cheval et restons à Paris...»
«Ariane, cette comédie est indigne de toi.», Lucien avait haussé le ton, et son regard coléreux et le mouve­ment qu'il fit pour rejeter de côté une mèche qui lui était tombée sur le nez le firent tout à coup ressembler au Lucien de jadis, malgré ses cinquante ans, ses pattes d'oie et le début de poches sous les yeux ; faisant crisser le verre cassé sous ses semelles, il piétina pour m'attra­per, réussit à me prendre par-dessous les fesses, et malgré mes efforts pour lui échapper, m'emporta dans la chambre, me déposa sur la moquette, s'accroupit, me saisit solidement par une cheville pour m'empêcher de m'enfuir, et avec le pouce enleva les débris qui s'étaient incrustés dans mon talon et dans le gras du pied, prenant soin, malgré tout, d'appuyer sa paume sur les blessures pour les empêcher de saigner ; il fit la même chose avec mon autre pied, se releva, me saisit par les poignets, et le corps tendu, les muscles du cou saillants, me secoua, «Tu oserais me dire la vérité, me donner la raison de cette soudaine décision ?» - «Je te l'ai déjà dit, c'est pour nous.», je me dégageai, il me rattrapa aussitôt, «Tu mens.» - «Non.», j'essayai de me libérer en abaissant mes mains de toutes mes forces par surprise, mais Lucien me serra plus fort les poignets, et je ne réussis qu'à me faire mal ; je criai : «Lâche-moi !»


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