Auteur : Roberto Esposito
Traducteur : Nadine Le Lirzin
Date de saisie : 16/11/2005
Genre : Politique
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : L'Ordre philosophique
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-02-059007-5
GENCOD : 9782020590075
L'actuelle aphasie du langage politique, son incapacité à représenter la réalité, ne naît pas simplement des changements qui ont caractérisé le siècle. Elle vient d'une difficulté qui investit la catégorie même de "représentation", aussi bien au sens, théologico-politique, de la représentation-image du Bien par le pouvoir, qu'au sens, moderne, de la représentation-délégation du plus grand nombre par une instance souveraine unique. Aussi la perspective "impolitique" n'est-elle pas une attitude apolitique ou antipolitique. L'impolitique est le politique considéré depuis sa frontière extérieure. Il est sa détermination, au sens où il en définit les "termes" - les mots et les confins. Selon cette acceptation, tout le grand réalisme politique, c'est-à-dire la pensée non théologique sur la politique, aura donc été impolitique.
Roberto Esposito est professeur de philosophie auprès de l'Istituto italiano di Scienze Umane à Florence et à Naples. Il est membre du Collège international de philosophie. Traduit en plusieurs langues, il a notamment publié en français Communitas, Origine et Destin de la communauté (PUF, 2000).
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... Catégories de l'impolitique illustre parfaitement la démarche d'Esposito, puisque l'impolitique chez lui n'est pas la négation du politique, mais son bord extrême, ce qui reste en dehors de la représentation qu'on la prenne dans l'acception de mandat ou d'image du pouvoir. En effet, cette question de la représentation est au coeur du politique moderne dans sa double forme antagoniste de délégation du peuple au souverain, selon Hobbes, ou d'expression de la souveraineté de Dieu sur les sociétés humaines, selon la tradition théologico-politique. Or l'impolitique commence là où cette représentation politique perd de son évidence, voire ne fonctionne plus. Né en 1950, membre du Collège international de philosophie, Roberto Esposito enseigne la philosophie aux universités de Naples et de Florence... En dépit du titre de son livre, l'impolitique est pour Esposito non pas une catégorie, à savoir un concept accompli, mais plutôt une perspective, la modalité d'un regard porté sur le politique. Aussi peut-on l'appréhender comme une vision à double focale : le point où converge le politique quand sa propre représentation vient à défaillir ou, à l'inverse, le point extrême, en son bord, d'où son vrai sens se laisse embrasser. Par exemple, qui plus que Carl Schmitt a oeuvré pour que l'Eglise catholique garde le monopole de la représentation, c'est-à-dire cette capacité de fonder le politique sur une Idée, liant la décision, comme il dit, au Bien ? Pourtant, Schmitt est tout à fait conscient, dit Esposito, que ce discours théologico-politique n'est plus qu'un reste, un fossile historique, depuis que l'économie et l'Etat, bref la modernité, sont passés par là, avec leur extraordinaire puissance dépolitisante. D'où le désespoir et, sans doute, le fourvoiement de Schmitt, dont la théologie politique, dans son obsession unitaire, prend alors des allures impolitiques...
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