Les buveurs de lumière / Passion du livre

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.. Les buveurs de lumière

Couverture du livre Les buveurs de lumière

Auteur : Jenni Fagan

Traducteur : Céline Schwaller

Date de saisie : 02/10/2017

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Métailié, Paris, France

Collection : Bibliothèque écossaise

Prix : 20.00 €

ISBN : 9791022606875

GENCOD : 9791022606875

Sorti le : 24/08/2017

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  • La présentation de l'éditeur

2020. le monde entre dans l'âge de glace, il neige à Jérusalem et les icebergs dérivent le long des côtes. Pour les jours sombres qui s'annoncent, il faut faire provision de lumière - neige au soleil, stalactites éclatantes, aurores boréales.
Dylan, géant barbu et tatoué, débarque au beau milieu de la nuit dans la petite communauté de Clachan Fells, au nord de l'Écosse. Il a vécu toute sa vie dans un cinéma d'art et essai à sono, il recommence tout à zéro. Dans ce petit parc de caravanes, il rencontre constance, une bricoleuse de génie au manteau de loup dont il tombe amoureux, et sa fille Stella, ex-petit garçon, en pleine tempête hormonale, qui devient son amie. Autour d'eux gravitent quelques marginaux, un taxidermiste réac, un couple de satanistes, une star du porno. Les températures plongent, les journaux télévisés annoncent des catastrophes terribles, mais dans les caravanes au pied des montagnes, on résiste : on construit des poêles, on boit du gin artisanal, on démêle une histoire de famille, on tente de s'aimer dans une lumière de miracle.
Dans ce roman éblouissant au lyrisme radical, peuplé de personnages étranges et beaux, Jenni Fagan distille une tendresse absolue qui donne envie de hâter la fin du monde.

«Féroce et lucide [...], Fagan est autant poète que romancière, et ses images de cet hiver intempestif sont saturées de lyrisme.»
New York Times

Jenni Fagan est née en Écosse en 1977 et vit à Édimbourg. Elle a publié de la poésie et gagné de nombreux prix littéraires. Son premier roman, La Sauvage, publié dans neuf langues, a été unanimement salué par la critique et les lecteurs.





  • La revue de presse Sophie Joubert - L'Humanité du 28 septembre 2017

Roman d'apprentissage, voyage intime dans de vastes étendues, les Buveurs de lumière regarde le monde à travers les yeux de Stella, 12 ans, l'adolescente au corps en mutation, en proie aux regards hostiles...
Entre réalisme et merveilleux, les Buveurs de lumière s'inscrit dans une tradition de la littérature écossaise hantée par les métamorphoses  : « C'est un moyen de ne pas limiter l'imagination. Nous vivons dans un monde potentiellement extraordinaire, pas magique mais extraordinaire. » Dans une langue magnifique, Jenni Fagan transfigure la peur de la catastrophe climatique dans un roman puissant, l'un des plus beaux de cette rentrée.



  • Les premières lignes

1

Ils sont parfaitement clairs sur le sujet. Ils emploient des phrases déclaratives courtes. Des majuscules. De l'encre rouge. Certains points sont soulignés. En somme : ils veulent tout. C'est la fin. Dylan utilise des ciseaux à ongles pour tailler les poils rebelles qui dépassent de sa barbe, il se penche au-dessus d'une rangée de lavabos dans les toilettes pour dames et s'asperge le visage. Il a joué de nombreux rôles devant ces miroirs : Jedi, Goonie, zombie, ado télékinésique vengeur - un gamin de Soho ayant grandi dans un cinéma d'art et d'essai : il se couchait sur la scène en pyjama pour regarder les étoiles glisser sur le plafond pendant des heures. Sa grand-mère disait qu'ils étaient les gardiens d'un conclave, un endroit où les gens venaient pour se sentir un moment en sécurité, pour se rappeler qui ils avaient été autrefois - une chose si souvent ignorée (à l'extérieur) mais ici à l'intérieur : lumières, caméra, action !
Dylan enfile son pull et se dirige vers le foyer désert. Le guichet de la billetterie sent le renfermé. Une traînée de verres de gin vides mène jusqu'à sa cabine de projection. Il se rappelle brièvement avoir trinqué à Tom et Jerry, Man Ray, Herzog et Lynch, Besson et Bergman, aux filles du peep-show d'à côté, à Hansel, Gretel et tous leurs amis. Il prend à nouveau la lettre. Même si elle le lui avait dit, il n'aurait rien pu faire. Le compte est vide. Il y a moins que rien. Le déficit affiche tellement de chiffres qu'il cesse de compter. Un tas de factures impayées est soigneusement rangé dans la boîte à couture d'époque de Vivienne et en rentrant du crématorium il a trouvé une enveloppe contenant un acte de propriété pour une caravane parquée à 930,6 kilomètres de là, avec un post-it rose et ses pattes de mouche : Payée en espèces - aucune trace dans nos livres de comptes. Bises. Maman.
Qu'est-ce que c'est que ces mots d'adieu, au juste ?
Il froisse le post-it, le jette à la poubelle. C'est du Vivienne tout craché - sa mère : la pleureuse, chaque phrase prononcée comme une oraison funèbre. Cette femme avait porté des bottines pointues toute sa vie et jurait que l'état de l'eau le plus pur était le gin; son doigt glissait sur les pages de leur énorme encyclopédie de médecine (la bible familiale) en espérant y trouver une maladie rare, incurable, quelque chose qui la pénétrerait jusqu'aux os et ne la quitterait jamais.
Il s'était écoulé moins de six mois entre les deux décès.
Gunn était partie la première.
Vivienne ensuite.
Il sait à présent quelque chose qu'il ignorait avant : le silence a quelque chose d'absolu. Ça lui fait mal aux os.
Son corps a ses habitudes. Il est entraîné à guetter les bruits de pas dans l'escalier du grenier chaque matin. Ses yeux s'égarent vers l'égouttoir, s'attendant à y trouver des tasses dépareillées. Le frigo contient encore certainement des tranches de citron dans des tupperwares en prévision d'une longue soirée gin. Il remplit suffisamment la bouilloire pour trois tasses. Les disques empilés à côté du gramophone de Gunn n'ont toujours pas été rangés dans leur pochette. Leurs mégots (ou ceux de Vivienne tout au moins) se trouvent encore dans le cendrier. C'est presque comme s'il croyait qu'en ne rangeant pas l'endroit pendant suffisamment longtemps, elles seraient tellement furax contre lui qu'elles reviendraient.
L'absence a quelque chose d'impénétrable.
(...)


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